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15 janvier 2013

Mali : The Long Con

Le mot con en anglais, qui n'a rien à voir avec l'anatomie féminine, est l'abréviation de confidence trick, qu'on pourrait traduire par abus de confiance, et désigne en fait une arnaque pratiquée par un escroc à la grande ou à la petite semaine, le con artist. Deux catégories : le short con, escroquerie vite faite bien faite, comme par exemple embrouiller sur la monnaie rendue à la caisse d'un magasin, et le long con, escroquerie raffinée à plusieurs étages et à gros rapport, où l'escroc n'hésite pas à engager ou perdre un peu d'argent dans l'espoir de rafler beaucoup à la fin, et où surtout il parvient à persuader le pigeon qu'il est lui-même le plus malin, comme dans le film L'arnaque. Le spectacle auquel nous assistons au Mali depuis ce week-end appartient évidemment à la deuxième catégorie : un long con.

Car les fripouilles islamistes, coupeurs de mains et lapidateurs fanatiques, ramassis de quelques milliers d'hommes tout au plus, pour beaucoup venus d'autres pays, Algérie, Libye, Nigeria, etc... armés dans les arsenaux de Kadhafi, et financés par les pétromonarchies du golfe Persique, se soucient au fond du Mali, et des Touaregs dont ils ont usurpé le combat, comme de leur premier tapis de prière. Peu leur chaut d'avoir pu hier botter les fesses à une armée malienne en capilotade. Peu leur chaut aujourd'hui de se faire éparpiller par quelques tirs de missiles d'hélicoptères ou de Rafale. Leur vraie victoire, c'est d'avoir entraîné dans ce conflit l'armée française, perçue comme l'armée coloniale de la Françafrique.

Vous reprendrez bien un petit peu de désert ?
Quelle meilleure justification du djihad, quelle meilleure propagande, quelle meilleur argument pour convaincre et recruter demain de nouveaux partisans, que cette opposition frontale avec l'Occident chrétien ? Sur l'échiquier mondial du djihad, le Mali n'est qu'un pion qui peut être sacrifié pour remporter d'autres victoires demain. Les brillants stratèges qui, eux, ne risquent pas leurs vies dans les dunes du Sahel, n'ont pas pour horizon une campagne de quelques semaines, mois ou même années. Ils comptent leur temps en dizaines d'années, s'efforçant de le faire jouer en leur faveur.

Toutes les rodomontades occidentales, les coups d'épée dans l'eau, les mouvements de menton, les déclarations de guerre au terrorisme, au demeurant un peu ineptes, toute acceptation du conflit dans les termes posés par les djihadistes eux-mêmes, doivent, espèrent-ils en tout cas, les servir à plus ou moins long terme.

Mais alors, vous direz-vous à la lecture de cette pénétrante analyse, comment se fait-il que les dirigeants français, politiques comme militaires, qui ne sont pas complètement idiots et ne prennent pas leurs leçons de géopolitique en lisant ces colonnes, soient tombés tête la première dans le panneau ? Mais tout simplement parce qu'ils n'avaient pas le choix. Eux qui réclamaient depuis des mois une intervention armée pour reconquérir le nord du Mali, comment pouvaient-ils laisser prendre Mopti, puis tomber Bamako ? On voit par là la qualité de l'entourloupe, où l'escroc islamiste garde la parfaite maîtrise des rouages de son machiavélique mécanisme, pour ne laisser aucune échappatoire au pigeon. Du travail d'artiste.

5 décembre 2010

Prenons la fuite

Wiki : terme hawaïen signifiant rapide. Leak : mot anglais pour fuite, comme en plomberie. Mais vu que wiki a pris le sens de "site ouvert aux contributions des internautes", il faudrait donc accorder au terme Wikileaks le sens de "fuites contributives".

Dans le dernier cas d'espèce qui vaut à l'organisation Wikileaks un regain de gloire mondial, un seul contributeur aurait été identifié, Bradley Manning, un pauvre gamin de 23 ans servant sous la bannière étiolée (ce n'est pas une faute de frappe) en qualité de spécialiste du renseignement (de ce côté là c'est assez réussi) qui en pianotant au petit bonheur la chance sur son ordinateur, aurait mis la main sur 250 000 (à la louche) télégrammes diplomatiques du département d'Etat étasunien, les aurait téléchargés aussi sec sur sa clé USB, et les aurait transmis à Wikileaks pour être rendus publics urbi et orbi. Mais bien sûr.

De deux choses l'une. Ou bien on se fiche de nous maintenant, et ces informations ne fuitent pas très innocemment, qui qu'elles servent. Ou alors on se fiche de nous le reste du temps en nous faisant croire que les Etats-Unis sont une hyper puissance technologique naviguant à des années-lumière devant le reste de la techno-planète, quand le premier geek venu peut mettre à plat toutes ses cyber-défenses en trois clics, auquel cas je serais Al-Qaida, j'embaucherais séance tenante une armada de Bradleys Mannings. A moins qu'on ne se fiche de nous en général, ce qui ne peut pas être totalement exclu.

Un sérieux problème de robinet à résoudre.

Evidemment vexés, pour le moins, non tant par les révélations d'un intérêt très relatif contenues dans ces câbles (Qui vous savez est petit et énervé, Berlusconi aime les putes, Merkel s'endort chaque soir à 16h30, etc...), que par le fait de s'être fait prendre par plus petit que soi, les gouvernements quasi unanimes, à commencer par ceux des supposées démocraties, dont le nôtre, à l'unisson avec ceux des pays les plus progressistes comme la Russie ou la Chine, ont sonné l'hallali contre Wikileaks.

A vrai dire, la réaction ulcérée des chancelleries mondiales paraît mystérieusement disproportionnée rapportée à la valeur assez anecdotique, quoiqu'historiquement intéressante, des télégrammes révélés. On voit par là que Wikileaks a dû toucher un nerf, bien plus douloureusement que lors des précédentes campagnes de publications de documents militaires US consacrées notamment à l'Irak ou à l'Afghanistan. C'est un système mondial, vieux comme le monde, de relations diplomatiques, contenant sa juste part d'hypocrisie, qui se trouve mis à nu et ridiculisé, tout comme est rendue ridicule l'incapacité du département d'Etat à protéger ses petits secrets.

Et la contre-attaque est fulgurante, et tous azimuts. Tout d'abord contre Wikileaks et son porte-parole, l'énigmatique Australien Julian Assange. Le premier étant l'objet de tracasseries multiples visant à le rayer de la carte du net, le second étant traîné dans la boue avec de fort suspectes accusations de viol en Suède. Bon, à la rigueur, c'est au moins dans la logique des choses. Notons au passage comment en France même un illustre ministre de l'Industrie se prend pour Anastasie en réclamant la censure technique du site. Je suis bien naïf, me rétorquera-t-on, mais les bras m'en sont tombés. Voilà pour qui croyait vivre dans un Etat de droit, si ces mots ont encore un sens.

La seconde phase, qu'on commence à sentir poindre, est, à travers de Wikileaks, une mise en accusation d'Internet tout entier en tant que tel, et un appel à sa mise sous tutelle étatique (voir notamment l'effarant projet du Sénat étasunien COICA, qui fait écho à notre Hadopi que le monde entier nous envie). Au nom bien sûr de la protection des citoyens. Dont, que je sache, Wikileaks a occis moins que les services diplomatiques acharnés à sa perte. Irresponsables, dangereux, totalitaires, sont les savoureux qualificatifs qu'on entend revenir en boucle dans la bouche des gens respectables aux affaires ou aspirant à y revenir, comme si les services secrets, bras armés des nations, n'étaient que Bisounours responsables, inoffensifs, et adeptes de l'autogestion coopérative décentralisée. Un peu comme le 11 septembre avait permis de justifier l'invasion de l'Irak, l'affaire Wikileaks permettrait de museler Internet, bien qu'il n'y ait guère plus de lien entre le cablegate et Internet qu'il n'y en avait entre l'Irak et le 11 septembre.

Car Wikileaks serait le pur produit d'Internet, ce qui est factuellement parfaitement faux. Wikileaks a procédé ni plus ni moins à un travail journalistique basique : la vérification, l'analyse, et la publication de documents intéressant l'opinion publique. Comme le fait tout journaliste d'investigation en presse écrite en publiant par exemple les déclarations de revenus de personnalités ou des PV d'auditions dans des procédures judiciaires traitant d'affaires politiques. Personne alors ne demande la mise sous tutelle ou la saisie des imprimeries et des stocks de papier. Personne alors n'accuse les journalistes de viol ou de pédophilie. Quoique. Le seul tort de Wikileaks serait donc de vivre avec son temps et de changer d'échelle grâce à la technologie en mettant à la disposition d'un public mondial des sommes de documents jamais vues.

On en vient à soupçonner que finalement le plus insupportable pour nos chers dirigeants et grands leaders, si unanimement indignés, c'est de se retrouver, arroseurs arrosés, soudain nus dans le feu des projecteurs, quand ils n'aspirent qu'à l'ombre. A tous les citoyens dans l'œil des caméras de surveillance omniprésentes, soumis à des contrôles d'identité, à des palpations de sécurité, suspects permanents, ne répètent-ils pas qu'il n'ont rien à craindre s'ils n'ont rien à se reprocher ? Voilà la formule retournée contre ses auteurs.

Wikileaks, dont le fonctionnement peut parfois paraître énigmatique, doit être remercié quand ce ne serait que pour ça.

2 juin 2010

Françafrique

Nice, chef-lieu des Alpes-Maritimes, vient de recevoir la vingt-cinquième édition du grand raout franco-africain qui rassemble dans une atmosphère de franche camaraderie et de respect mutuel bien entendu l'ancienne puissance coloniale qui ne cesse assez piètrement de se faire tailler des croupières dans son ancien pré carré par d'autres puissances plus puissantes et moins coloniales, et les quelques dictatures qu'elle a le bon goût de tolérer avec bonhomie, quand elles ne les soutient pas militairement.

Et contrairement à tous les usages sportifs qui veulent que la puissance invitante soit mentionnée en premier dans l'intitulé des rencontres, ce sommet de coquins était pompeusement nommé "sommet Afrique-France". Une inversion qui ne doit rien à un quelconque ordre protocolaire, mais qui vise plutôt à épargner à nos pauvres oreilles des sonorités interdites qui se sont depuis quelques années chargées d'un sens qu'apparemment les peuplades concernées des deux côtés de la Méditerranée ne sont plus à même d'entendre. Délicieuse hypocrisie qui par une débauche d'efforts sémantiques parvient seulement à mieux souligner ce qu'elle voulait masquer.

6 mai 2010

La belgitude des choses

Ça n'est plus l'amusante et exotique scission de la Tchécoslovaquie, au lendemain de la révolution de velours, qui avait suscité à peu près autant d'intérêt qu'un crêpage de chignon entre Bela Lugosi et Boris Karloff, péripétie aussi virtuelle qu'un incident de frontière entre la Syldavie et la Bordurie. Cette fois (une de plus, faut-t-il bien concéder à ceux qui n'y voient pas matière à s'alarmer outre mesure), c'est l'un des membres fondateurs de l'Union européenne, qui abrite d'ailleurs dans la capitale les plus importantes institutions communautaires, qui s'apprête dans un moment de rage autodestructrice à se découper suivant les pointillés. La Belgique vacille.

Le prétexte au conflit actuel, c'est l'arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvorde, BHV pour les intimes. Une anomalie administrative qui unit dans une même circonscription judiciaire et électorale des territoires de deux provinces distinctes, le Brabant flamand et Bruxelles, rattachés à deux régions fédérales et linguistiques différentes, la Flandre flamingante et la bilingue Bruxelles-capitale. L'énoncé suffit à donner une idée de la complexité un rien surréaliste du mille-feuilles institutionnel belge. Le bon sens demanderait en effet la scission de ce BHV, pour que toute l'administration soit faite en Flandre par les Flamands et à Bruxelles par les Bruxellois. Sauf que toutes les bornes du bon sens ayant été franchies depuis longtemps, accéder à cette revendication des nationalistes flamands, pas si idiote en apparence, reviendrait de facto dans le climat d'intégrisme culturel actuel à transformer tout francophone vivant au delà des limites de la frontière linguistique, comme c'est le cas dans une vaste banlieue bruxelloise, en paria indésirable, en citoyen de seconde zone. En clair, les nationalistes flamands s'asseoient avec une belle impudence sur le droit européen à la libre circulation des personnes.

La Belgique de TF1, sans aucun doute.

Voilà qui augure bien, en cas de scission de la Belgique, de la fraîcheur démocratique de nouvelles nations appelées à s'asseoir dès le lendemain côte à côte autour de la table de l'Union européenne. Nulle part ailleurs qu'à Bruxelles, au demeurant ! Il est assez piquant d'imaginer les frères ennemis flamands et wallons qui la veille s'entredéchiraient au sein d'institutions nationales belges, condamnés à s'entendre dès le lendemain quelques centaines de mètres plus loin dans les cénacles européens. On n'en sera plus à un paradoxe près.

L'Union européenne, qu'on imagine rester volontiers impuissante, comme c'est sa spécialité, devant le spectacle du suicide belge, risque fort de se retrouver à devoir gérer l'ingérable en héritant du dossier de Bruxelles, la capitale, option fréquemment avancée, devenant district européen pour échapper à la convoitise des uns et des autres. Comptons sur Barroso pour régler le problème avec autant d'habileté que la crise financière grecque. Bon courage aux Bruxellois.

Parmi les conséquences fâcheuses de la disparition de l'Etat belge serait l'apparition d'une Flandre indépendante, revancharde, nationaliste, et qui abrite, les derniers scrutins faisant foi, un nombre affolant de crypto-nazis, pas spécialement adeptes de l'Hymne à la joie.

Le plus catastrophique, c'est le signal qui serait envoyé au reste de l'Europe et au monde, autrement plus grave que lors de l'épisode tchécoslovaque, sous-produit de la décomposition du communisme. Un signal disant que les Européens sont incapables de vivre ensemble, incapables de régler des problèmes politiques et institutionnels graves, un signal soulignant la ridicule faiblesse des institutions européennes elles-mêmes. Un signal enfin qui appellera tous les régionalistes bornés du continent à suivre les traces de la Flandre, en Italie du Nord, en Catalogne, en Corse, en Ecosse, en Bavière peut-être un jour... donnant le signal d'un morcellement national suicidaire, que l'Union européenne, on le voit quotidiennement, sera bien en peine de compenser.

En attendant, rions un peu en nous remémorant la devise de la Belgique : l'union fait la force.

7 octobre 2009

La rubrique vexillologique

Je signalai il y peu à notre bon ami Appollo, qui passait récemment encore ses grandes vacances chez les tortues, un bien intéressant article d'une gazette gothique concurrente sur les îles Eparses de l'Océan indien. Un article un peu abusivement intitulé Un drapeau pour les Eparses, qui a l'intéressante particularité de n'offrir aucune information quant au moindre drapeau pour la moindre île, mais entend de façon figurée le mot drapeau comme synonyme de souveraineté.

Le même Appollo, celui-là même qui, ayant échoué, malgré de méritoires efforts, à se faire trouer la peau en Angola, est allé tenter sa chance sous des cieux plus favorables à la fusillade généralisée, me signale que les îles Eparses sont néanmoins dotées d'un drapeau (celui des TAAF, Terres australes et antarctiques françaises) que le monde entier ne nous envie pas car inélégamment conçu par quelque obscur maréchal des logis un lendemain de cuite avant la corvée de guano, que doivent cependant hisser puis saluer des cohortes de tortues chaque 14 juillet, et que voici :


Moi je dis : ça manque de tortues.

29 mars 2009

100 + 976 = 101

Le département Océan indien de l'IBRI rebondit sur l'article qu'Appollo a bien voulu consacrer au référendum sur la départementalisation à Mayotte, avec l'avantage sur lui de connaître depuis ce soir le résultat dudit référendum. A la surprise générale, à la question "Souhaitez-vous continuer à voyager en soute ou souhaitez-vous plutôt voyager en première avec champagne halal offert par la République ?", 62% des Mahorais (les habitants de Mayotte) ont pris la peine de répondre "en première avec champagne halal offert par la République" à 95%. J'ironise d'autant plus volontiers que bien entendu, alors que tous les partis politiques locaux sans exception avaient appelé à voter pour la départementalisation, l'issue du scrutin ne faisait évidemment aucun doute.

Et donc en 2011, Mayotte devrait ainsi, sauf coup de main vengeur orchestré depuis l'Union des Comores voisine, devenir le cent-unième département de la République française. Un certain nombre de défis attend nos futurs concitoyens, à commencer par l'état civil, base de toute administration un tant soit peu moderne, tenu de temps immémoriaux par les cadis, juges de paix musulmans, sur des Post-It® qu'on met à sécher sous la pluie en même temps que les fleurs d'ylang-ylang, principale production de l'île avec les chômeurs. Ah oui, car la quasi totalité des habitants de Mayotte, hormis le préfet blanc comme un linge, sont noirs, musulmans, avec pour langue maternelle un patois de swahili, et ont au moins un cousin à Marseille. Pour le patois, je ne suis pas sûr qu'on l'éradiquera avec la même efficacité qu'on a eu raison du breton.

Le vrai chic français.

Et la départementalisation n'est qu'une façon bien euphémique de présenter la chose, car cela va se doubler également d'une régionalisation, au sens des lois de décentralisation de 1982, l'île devenant à l'instar des autres DOM une région monodépartementale, dotée de deux assemblées pour un même territoire, un conseil général et un conseil régional, habile décalque des institutions métropolitaines dont la pertinence n'est plus à démontrer, comme la Guadeloupe en a fourni récemment l'éclatant exemple. De nouveaux fauteuils à pourvoir qui sûrement auront laissé de marbre les unanimes politiciens locaux.

Sur le plan intérieur, Mayotte a donc du boulot devant elle, avec des minima sociaux, pour certains une nouveauté, RMI, SMIC et tout le toutim qui devraient mettre vingt ans à rattraper les niveaux métropolitains. Les cadis, au demeurant stipendiés par le conseil général, vont devoir abdiquer leur rôle de notaire dans une île où la propriété foncière est encore organisée de façon traditionnellement clanique et surtout matriarcale.

Tout ça serait de la rigolade si le principal problème ne se situait sur le plan diplomatique. Car la Mayotte française est une sacrée boutade au regard du droit international, spécialité de MM. Kouchner et consorts, boutade issue d'un référendum de 1974 portant sur l'indépendance des quatre îles comoriennes alors colonies françaises, et dont la France giscardienne choisit, on se demande encore pourquoi aujourd'hui, de lire les résultats non pas globalement mais île par île. Mayotte s'étant prononcée pour le maintien sous souveraineté française, elle devint ainsi, toutes proportions gardées, notre Irlande du Nord à nous quand les trois autres îles sont devenues indépendantes en 1975 sous le nom de République fédérale islamique des Comores. Les Comores sombrent comme de droit dans l'anarchie, le chaos, la pauvreté, l'influence sud-africaine, deviennent brièvement un royaume mercenaire, avant de revenir à la relative normalité d'anarchie, chaos, pauvreté et coups d'Etat. Pendant ce temps, à Mayotte, la vie est rythmée par le séchage des Post-It® et le concours annuel de pétanque au retour des cousins de Marseille.

Aussi aujourd'hui, Mayotte est avec la Guyane le principal point noir de l'immigration clandestine en France, les Comoriens n'hésitant pas à risquer de se faire bouffer par les requins pour aller y chercher un peu de douceur française, un bon boulot d'esclave, ou un accouchement à la maternité de Mamoudzou avec peut-être des papiers pour le petit. On manque de Post-It® pour comptabiliser ces clandestins dont personne ne connaît le nombre exact, d'autant moins qu'on ne les distingue pas toujours franchement des Mahorais "de souche" dont l'état civil s'est envolé avec le dernier cyclone, sans compter que les familles ont souvent des ramifications dans tout l'archipel.

Alors voilà, bienvenue dans la République, les gars, bien joué. Bien joué le bras d'honneur adressé aux Comores, à l'Union africaine et à l'ONU. Bien joué la manipulation des politiciens métropolitains, les doigts pris dans l'engrenage de l'absurde, acculés à l'inévitable pour récompenser votre indéfectible attachement à la France. Si vous avez des réclamations concernant notre service en première classe, le caractère halal du champagne, ou sa fraîcheur, parlez en au LKP, en Guadeloupe.

20 mars 2009

Ôte-toi de là que je m'y mette !

Un nouvel organisme réunissant une belle brochette de spécialistes de la spécialité, l'Institut bourgetin des relations internationales, IBRI, nous livre en exclusivité son analyse sur la dernière crise malgache en date. Analyse particulièrement affûtée car particulièrement bien informée, attendu que les locaux de l'IBRI ont tout de même vue sur le RER.

Reprenons donc le cours des événements à Madagascar. En place, un président, Marc Ravalomanana, investi en juillet 2002, après une crise de six mois faisant suite à une élection que son prédécesseur, l'ancien dictateur communiste reconverti dans le blabla libéral-écolo-humaniste, Didier Ratsiraka, vingt ans de pouvoir, avait cru pouvoir trafiquer une fois encore. Ravalomanana avait alors été propulsé à la tête de l'Etat par un authentique élan populaire, mu par un sentiment de ras-le-bol généralisé et de vraies aspirations démocratiques, qui avait contraint l'amiral Ratsiraka à l'exil. A Neuilly-sur-Seine, soit dit en passant.

Ravalomanana lance des réformes, transforme visiblement le paysage du pays par de spectaculaires investissements dans les infrastructures routières, lutte contre la corruption, n'hésitant pas à sanctionner certains de ses affidés, et se fait réélire triomphalement en 2006 sans véritable concurrent. Là dessus, cet homme d'affaires richissime, qui a fait fortune dans le yaourt, prend le melon, et sans grande expérience politique, se voit trop beau, trop fort, trop malin, et commence à déconner sévèrement. Déjà, en lançant une nouvelle monnaie en 2003, il avait fait imprimer le logo de son parti sur les plus grosses coupures. On reproche désormais au président partisan de favoriser les entreprises de son groupe, jusqu'à créer des monopoles de fait sur le lait, l'huile, ou la farine. Miraculeusement, ses sociétés remportent appel d'offres public sur appel d'offres public. On commence à le croire plus intéressé par ses affaires que par celles du pays. Et puis deux fautes politiques viennent parachever son œuvre : l'achat d'un Boeing présidentiel à soixante millions de dollars, et surtout le sacrilège suprême au yeux des Malgaches, le projet de location de la terre des ancêtres au conglomérat coréen Daewoo en vue d'exploitation agricole intensive et sans doute pas très bio.

Parallèlement, Ravalomanana et son gouvernement se sont évertués à mettre des bâtons dans les roues du juvénile maire de la capitale Tananarive, Andry Rajoelina, ex-DJ enrichi dans la communication, élu en 2007, en qui le président se reconnaît en jeune homme pressé aux dents longues, et voit fort justement son double et donc un danger potentiel. Malheureusement, la parano de Ravalomanana, qui ferme radio et télé détenus par le maire, qu'on surnomme TGV pour souligner la vitesse de son ascension, produit l'effet inverse de celui escompté. En croyant évincer un rival, le président donne crédit à un adversaire qui se prévaut désormais de l'auréole du martyr.

Amis pour la vie.

La suite devient alors pour le moins confuse. Conforté par un semblant de mouvement populaire, en réalité une poignée de chauds partisans sortis de sa manche, Rajoelina grimpe sur une caisse à savon, se proclame calife à la place du calife, et parvient, contre toute attente, à convaincre un nombre croissant d'anciens soutiens de Ravalomanana de le rejoindre, coalisant les mécontents autour de sa jeune personne. Ne réussissant que très modérément sa tentative de soulèvement populaire, TGV passe la vitesse supérieure en précipitant ses partisans à l'assaut d'un palais tenu par la garde présidentielle, et obtient précisément ce qu'il recherchait : une faute éliminatoire, la garde tirant dans le tas, une quarantaine de morts. Plus de retour possible. Ravalomanana se réveille bien seul, ses jours sont désormais comptés, l'armée balance du côté de l'opposition, et depuis mardi, c'est fini, le pouvoir est passé entre les mains de Rajoelina, après un bref transit entre celles d'un quarteron de généraux.

Difficile de croire que la seule insatisfaction populaire, chronique dans un pays parmi les plus pauvres du monde, habitué à courber l'échine sous le joug de diverses dictatures, ait suffi à faire basculer le pouvoir. Difficile de croire que Rajoelina, trente-quatre ans, inconnu voilà trois mois, soit le seul maître de son propre destin. Déjà aujourd'hui, des militaires semblent plutôt enclins à remplacer celui qui apparaît comme un simple homme de paille répondant à de mystérieux commanditaires pour qui il était sans doute l'instrument leur permettant de se défaire de Ravalomanana. Difficile de croire qu'une armée neutre n'ait basculé qu'au dernier moment dans un camp, sans aucune préparation d'au moins certains de ses éléments...

Quelle que soit la nature du nouveau pouvoir qui s'installe à Tananarive, on attend encore, après trois mois de crise, de découvrir la première de ses intentions en matière d'économie, d'organisation institutionnelle, de relations extérieures. Manifestement, il s'agit du dernier des soucis des nouveaux venus, chez qui le pouvoir pour le pouvoir semble être le seul horizon.

Un des restaus en vogue des quartiers chics de Tana s'appelle facétieusement le Kudeta. Prononcer coup d'Etat. Le menu n'est pas affiché à l'extérieur.

Question subsidiaire

Et la question est : à quoi sert l'armée malgache ? Non, je veux dire, à part soutenir ou fomenter des coups d'Etat, à quoi sert cette vénérable institution, aussi ancienne que l'indépendance du pays ? Quelle est la doctrine militaire officielle du bras armé de la nation ? Quelles sont les menaces identifiées auxquelles l'armée de terre doit répondre, avec ses chars, ses véhicules blindés, son artillerie lourde, ses casernes réparties sur l'ensemble du territoire, y compris au cœur des grandes villes en plein centre de l'île ? A part une opération aéroportée d'invasion de la part des Comores, je ne vois pas.

Sérieusement, qui voudrait attaquer Madagascar, et s'emparer de ses dix-huit millions de ventres vides, ses résurgences épisodiques de peste et de choléra, son industrie du tourisme sexuel, sa dette himalayenne, sa forêt primaire en voie de disparition, et ses trois routes ?

Amis pour la vie.

En attendant, l'armée coûte bonbon, et contribue allègrement à saigner le budget d'un Etat qui n'a pas exactement besoin de ça, en payant un personnel surnuméraire à remplir des sacs de sable, sans compter les bidasses qui arrondissent leurs fins de mois en multipliant les barrages routiers un peu partout. L'île a sans doute besoin d'une marine, peut-être d'une aviation, mais d'une armée de terre, franchement...