Affichage des articles dont le libellé est Si vous avez manqué le début. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Si vous avez manqué le début. Afficher tous les articles

18 octobre 2013

Envoyé spécieux

L'émission de reportages de la rédaction de France 2, Envoyé spécial, vingt-trois ans d'âge, s'est livrée hier soir à un exercice particulièrement périlleux : quarante-quatre minutes sur la guerre au Mali, commentées par un journaliste de la rédaction, mais dont les images avaient la particularité d'avoir été entièrement fournies par nul autre que l'armée française elle même. Armée française qui, après avoir bien entendu contrôlé les prises de vues, et pour cause puisque aucun journaliste n'était admis à proximité des zones de combat, imposait encore une condition à l'utilisation de ses images : qu'aucun combattant, français, allié ou ennemi, ne soit vu perdant la vie.

Ah que la guerre est donc jolie ! Zéro mort ! On nageait en pleine propagande : un ballet de techniciens surentraînés, spécialistes de la spécialité trop occupés à "devenir eux-mêmes" pour penser à mourir. Quelques coups de soleil, tout au plus.

Allo Rémy Pflmlin ? Devine d'où je t'appelle !
Il est absolument sidérant de voir des journalistes qu'on croyait chevronnés, qui plus est sur le service public, se livrer à une telle mascarade. En se prêtant au petit jeu de la com' militaire, en acceptant les conditions inacceptables de l'armée, qui par ailleurs avait verrouillé, pour ne pas dire interdit, toute couverture journalistique indépendante du conflit réel, la rédaction de France 2 se tire une balle dans le pied et déshonore toute la profession en semblant ainsi entériner la négation de son propre rôle de journaliste, de témoin indépendant, de quatrième pouvoir. Au lieu de protester contre l'attitude de l'armée, France 2 devient son supplétif.

Voilà le vrai journalisme engagé : engagé volontaire !

27 juin 2013

Soprano Lamentoso

Tony Soprano est mort. Enfin pas tout à fait Tony Soprano, mais James Gandolfini, l'acteur qui s'était si génialement imposé en mafioso dépressif en incarnant pendant six saisons le boss du New Jersey qui s'évertuait à vivre sa double vie dans ses deux familles. James Gandolfini n'avait pas eu une carrière éblouissante avant d'être révélé par ce rôle, se faisait plutôt discret depuis la fin de la série, mais qui pourrait nier que si d'évidence le rôle a fait l'acteur, inversement Gandolfini a donné à Tony Soprano un corps exceptionnel, à l'embonpoint en croissance exponentielle, au point qu'il paraît difficile d'imaginer que Tony Soprano ait jamais pu avoir un autre visage ?



Tout a été dit, écrit et lu sur la disparition de l'acteur, à Rome à l'âge de cinquante-et-un ans mais cette cyber-gazette, qui renâcle rarement à enfoncer les portes ouvertes, en profite pour revenir un peu sur la série Les Soprano, jusqu'ici évoquée de façon injustement brève en ces colonnes.

La série de David Chase, créée en 1999, n'a pas inventé la série télévisée, ni même la série policière, elle a seulement réinventé la façon d'écrire pour la télévision. Produits par la chaîne a péage étasunienne HBO, Les Soprano se sont affranchis des contraintes des objectifs d'audience pour atteindre une liberté de ton et de propos jamais vue jusqu'alors, faisant tomber les barrières en termes de violence, profanités, sexe et nudité. Rien pourtant de racoleur, au contraire, chaque scène et chaque dialogue soigneusement pensé visant seulement à servir une ambition beaucoup plus large. Chase a donné vie à une très balzacienne comédie humaine du New Jersey, brassant des thèmes universels du pouvoir, des rapports de force, de l'organisation sociale, de la cellule familiale, aptes à trouver un écho en chacun de nous. Le succès mondial de la série est venu récompenser ce pari fait par HBO et Chase sur l'alliance de la liberté et de l'intelligence créatrices.

En six saisons, Les Soprano ont dressé le portrait d'une société contemporaine engagée irrémédiablement dans un cycle sans fin de violences et d'angoisses qui se nourrissent mutuellement, où l'apparence du succès masque en réalité une profondeur de vide insondable, un échec global impossible à assumer ni collectivement ni surtout individuellement.

James Gandolfini aura été la figure de proue de ce projet artistique hors du commun dans l'histoire de la télévision. Il est et restera à jamais Tony Soprano.

27 janvier 2013

La guéguerre du feu

Silex and the city d'après Jul, chaque soir sur Arte.

Petite note rapide pour signaler ce programme court qu'Arte insère dans sa grille juste avant son prime time. Il s'agit de l'adaptation de la BD éponyme de Jul, où une famille d'homo sapiens préhistorique se débat dans des problèmes quotidiens qui rappellent furieusement ceux de notre époque.

Si nous prenons la peine d'en faire mention, ce n'est pas pour son étouffante drôlerie, laquelle se limite en fait à une succession ininterrompue d'anachronismes incohérents (tantôt les personnages attendent l'invention de l'écriture, tantôt ils lisent le journal), ha ha ha... mais c'est pour la qualité de sa production. En effet, alors que la bande dessinée originale se complaît dans le dessin "mal dessiné" décomplexé et assumé, la série TV parvient, avec peu de moyens, à donner un style et un sens graphique maîtrisés et plaisants, qui suffisent à rendre digestes ces trois minutes de potacheries à la graisse d'auroch.

Cadeau bonus : l'authentique voix originale de José Bové qui double son ancêtre alter-darwiniste à la moustache en folie (ah ben tiens, c'est pas un anachronisme, ça).

22 janvier 2013

You Don't Nomi

The Nomi Song d'Andrew Horn.

Merci Arte pour ce petit bijou de documentaire à la gloire des années 80, souvent facilement vilipendées et dont le retour à la mode se fait un peu attendre. Andrew Horn revient sur le destin exceptionnel et tragique de Klaus Nomi, chanteur allemand inclassable, météoritique star de la pop adulée pour son interprétation d'airs d'opéra avec une voix de fausset, disparu prématurément des suites d'une maladie nouvelle et innommable.

Petit gars de la Ruhr atterri à New-York, après un crochet par Berlin le temps de se déniaiser, Nomi, pâtissier amateur, gagnait son biscuit en vendant des Linzertorten et des forêts-noires en attendant de libérer sa passion pour l'art lyrique. Fréquentant les cabarets branchés à la mode de l'East Village, il commença à hypnotiser les foules par un mélange improbable d'opéra et de cold-wave, tout en construisant petit à petit, grâce notamment à un sens visuel développé pour les costumes et la chorégraphie, un personnage unique, excentrique, novateur, synthétisé en une silhouette d'allure un peu extra-terrestre. S'il n'avait pas à lui seul inventé les années 80, du moins peut-on lui reconnaître le talent d'en avoir donné la plus audacieuse définition. Une gloire internationale attendait Klaus Nomi, aussi intense que brève, avant qu'il ne succombe à ce qu'on appelait alors le cancer homosexuel, un mal encore inconnu et suffisamment effrayant pour que ses amis se détournent de lui et le laissent crever seul comme un chien.

Au-delà du personnage exceptionnel qui fait l'objet de ce film, il faut aussi souligner le talent du réalisateur, qui a su, à travers son regard très personnel, donner à voir de façon transparente la personnalité complexe de son sujet. Horn parvient à recréer de façon convaincante l'atmosphère bouillonnante d'un temps révolu, utilisant avec brio les documents d'archives, parfois rares, transformant la piètre qualité technique des vidéos de l'époque en atout esthétique. Et surtout, chose rare à la télévision, il a laissé à plusieurs reprises l'écran noir pendant plusieurs secondes. Les silences entre les notes sont aussi de Klaus Nomi.



Séance de rattrapage nocturne dans la nuit de vendredi à samedi à 2h10 sur Arte.

19 novembre 2012

Fuel sentimental

Diesel, le scandale français de Stéphane Manier.

Vos enfants souffrent d'asthme, votre mémé se meurt d'un cancer des voies respiratoires, ne cherchez plus, et rangez vite la voiture au garage. En France, huit véhicules vendus sur dix roulent au diesel, en raison des incitations fiscales qui le promeuvent depuis plus de trente ans, en dépit de sa nocivité avérée et démontrée par des études scientifiques. Dimanche dernier, au lieu de se vautrer veulement sur le canapé de Michel Drucker, on pouvait voir sur France 5 cet inquiétant reportage qui dénonce assez courageusement, entre deux écrans de publicité consacrés à l'automobile, une absurdité aussi bien économique (la France ne raffine pas assez de pétrole en carburant diesel et doit en importer) qu'évidemment sanitaire, et, au-delà, un complot industriel ourdi par les constructeurs français, appuyés par les politiques de tous bords, en marinière ou pas. A côté, les scandales de l'amiante ou même du tabac sont du pipi de chat.


Saluons au passage l'initiative de France Nature Environnement, qui a inventé le pochoir négatif pour dénoncer le scandale : de l'eau de la Seine sous haute pression qui enlève des murs parisiens l'épaisse couche de particules qui s'y est incrustée. Charmant. D'autant que le motif disparaît comme par enchantement en quelques heures seulement...
 
Rediffusion le 29 novembre à 16h35 sur France 5.

2 novembre 2012

L'anti-gang

Alma, une enfant de la violence de Miquel Dewever-Plana et Isabelle Fougère.

Alma est une charmante jeune femme dont on n'aperçoît que la moitié supérieure, la moitié inférieure n'étant plus fonctionnelle, pour les raisons qu'Alma elle-même va nous exposer au cours d'une petite heure de confession choc. Alma vit à Guatemala, capitale du Guatemala, et sa vie n'a pas été un long fleuve tranquille. Mais elle fixe tranquillement la caméra, et d'une voix posée, rarement submergée par l'émotion, raconte cette vie par le menu, n'épargnant ni à ses interlocuteurs, ni au téléspectateur, ni au final à elle-même, aucun des détails les plus crus de cette histoire de la violence. Et l'on ne sait plus très bien au bout du compte quel est le plus horrible dans cette vida loca : est-ce le passé familial, sont-ce ces années au sein d'un des gangs les plus implacables d'Amérique centrale, ou bien ce présent en apparence apaisé, mais confiné à un fauteuil roulant, hanté par les remords et les regrets ?












Ce documentaire, dont la crudité de propos n'a d'égale que la retenue visuelle, est d'une simplicité formelle frisant la perfection. Hormis le monologue face caméra, les seules autres prises de vue sont des plans fixes de l'habitat des quartiers les plus pauvres de la capitale guatémaltèque, qui permettent de relier les paroles d'Alma à la réalité, tandis que les scènes les plus dures sont illustrées par le dessinateur français Hugues Micol. Voilà un bonne petite claque à la figure pour tous ceux qui croient qu'il n'y a plus rien à voir à la télé.


Rediffusion dans la nuit du 6 au 7 novembre à 3h40 (pour les insomniaques ou ceux qui peuvent enregistrer) sur Arte, ou à toute heure le webdocumentaire sur le net.

Davantage de dessins, et une interview de Micol ici (merci Appollo).

16 octobre 2012

L'aloi des séries, épisode 9

Nous vous invitons à un petit tour du Royaume-Uni avec ces quelques productions récentes, toutes plus passionnantes les unes que les autres. Non seulement la perfide Albion, est l'autre pays des séries, mais son savoir-faire en la matière souligne cruellement le ridicule des productions françaises, en prouvant bien que des Européens peuvent tout à fait, en s'en donnant les moyens, imposer leurs thèmes et leur style dans ce genre télévisuel.

Downton Abbey.

Cette splendide série historique en costumes démarre en 1912 au moment du naufrage du Titanic, et va nous conduire, à travers le premier conflit mondial, jusqu'à l'émergence d'un nouveau monde moderne, où il faut que tout change pour que rien ne change. Cet ambitieux Guépard à l'anglaise, qui mêle le destin d'une famille noble et celui des domestiques de sa maisonnée, réunit petite et grande histoire avec une grande acuité sociale et une justesse de ton qui doit autant à la mise en scène et à l'aspect visuel remarquablement maîtrisé, qu'au talent de l'interprétation. La troisième saison est en cours de diffusion sur ITV.

Accused.

Réalisme social à nouveau, mais cette fois-ci sur le mode contemporain, avec cette série qui présente en fait des téléfilms indépendants bâtis sur le même modèle : des faits-divers emblématiques de sujets de société forts, qui partent de l'heure du verdict des accusés pour déconstruire et comprendre leur motivations, les raisons et l'enchaînement dramatique de circonstances qui les ont conduits dans le box. Le spectateur est ainsi à son insu mis dans la peau d'un membre du jury... coupable ou non coupable ? Six épisodes dans la première saison, quatre dans la seconde, tous époustouflants.

Top Boy.

Mini-série de quatre épisodes qui raconte les mésaventures d'un gamin d'une cité un peu pourrie, laissé à l'abandon par une mère malade, et pris en étau dans les manigances de gangs de dealers. Le thème a beau être un peu rebattu, la force stylistique de la mise en scène et en images fait comprendre justement ce sentiment d'abandon total éprouvé par des pans entiers de notre société, un sentiment qui n'a malheureusement rien de spécifiquement britannique...

Hit & Miss.

Mia, tueuse professionnelle, s'appelait Ryan, a une forte poitrine, et aussi des couilles, au propre comme au figuré, puisque c'est une transsexuelle avant opération. Elle se réinvente une famille après la mort de la mère de son fils... Le postulat est assez invraisemblable, pour ne pas dire racoleur, et curieusement la réalisation est une épure tout en retenue, dont la douceur languissante n'est perturbée que par de rares éruptions de violence liées au métier de l'héroïne. Une seule saison de six épisodes. Etonnant.

Previously dans L'aloi des séries.
Besoin de sous-titres ? TVsubtitles.net.

7 février 2012

L'aloi des séries, épisode 8

Boss.

En peignant le portrait complexe d'un épouvantable maire de Chicago, tyrannique, manipulateur, corrompu, violent, sans scrupule, et rongé par une maladie dégénérative (peut-être une habile métaphore), cette série co-produite par Gus Van Sant jette plus qu'un doute sur la réalité de la démocratie étasunienne (et par extrapolation, de la démocratie en général). La révélation des dessous de l'exercice du pouvoir donne au jeu des institutions et des contre-pouvoirs l'allure d'une farce tragique au service d'une oligarchie sans visage. L'acteur principal Kelsey Grammer, également co-producteur, se retrouve à quelque distance de son personnage de gentil psychiatre radiophonique avec lequel il était devenu célèbre grâce à la sitcom Frasier. Ecrit avec acuité et justesse, avec un fond cruel pour ne pas dire féroce, Boss est a contrario filmé avec beaucoup de pondération, de façon très intellectuelle, pour ne pas dire contemplative, un ton visuel visiblement voulu et modelé par Van Sant qui a réalisé lui-même le premier épisode.

Previously dans L'aloi des séries.
Besoin de sous-titres ? TVsubtitles.net.

25 septembre 2011

Les fils de la louve

Les fauves de Patrick Rotman.

France 2 avait mis sous le boisseau depuis des années ce passionnant documentaire sur l'inimitié entre l'actuel chef de l'Etat et l'ancien premier ministre Dominique de Villepin, craignant on ne sait quelles foudres élyséennes, ce qui n'a sans doute rien à voir avec le fait que les dirigeants de l'audiovisuel public sont désormais désignés en conseil des ministres par le bon vouloir du même actuel chef de l'Etat. La chaîne a fini par se décider à le diffuser, hier lundi soir, non sans avoir obtenu des producteurs le changement de titre de ce qui s'appelait initialement et délicatement Haine pure.

Thé ou café ? Miel ou fiel ? Arsenic ou cyanure ?

Rotman, que notre rédaction avait trouvé peu inspiré en auteur de fiction pour le film La conquête, donne toute la mesure de sa subtilité et de sa clairvoyance dans le documentaire politique, en trouvant deux personnages plus riches et plus beaux que la plus fertile imagination ne saurait jamais en inventer. En faisant l'historique minutieux de cette rivalité devenue légendaire entre deux rejetons de la Chiraquie, Rotman met patiemment au jour cette évidence pas toujours biblique qu'on ne déteste personne plus cordialement que quelqu'un qui nous ressemble. Et il apparaît effectivement que malgré des personnalités et des parcours très différents, les deux protagonistes semblent obéir aux mêmes ressorts, animés par la même ambition, et tenant également la politique pour le moyen d'assouvir des pulsions dépassant parfois l'entendement.

Un point commun entre ce documentaire et la fiction, entre Les fauves et La conquête, c'est cette leçon somme toute étonnante sur la nature du combat politique. En entendant cette expression galvaudée entre toutes, combat politique, on imagine le débat d'idées, l'affrontement entre gauche et droite, la volonté de triompher de l'opposition, etc... bref, l'empoignade entre adversaires de camps opposés. Rotman a saisi que la vérité est ailleurs : le véritable combat politique, celui qui occupe vraiment les hommes et femmes politiques, a lieu exclusivement au sein de leur propre camp, de leur propre parti. Car si l'on croise à intervalles réguliers ceux de l'autre bord lors des échéances électorales, s'il faut bien ferrailler sporadiquement contre eux dans quelque débat télévisé, s'il faut bien se coltiner quelques salves à l'Assemblée, ceux que l'on côtoie quotidiennement, ceux qui menacent le plus, ceux qu'il faut éliminer avant tout car c'est avec eux que la survie se joue, ce sont bien ses propres amis politiques. Et ce n'est pas là le genre de combat qui se règle dans les urnes, d'où parfois une violence qui engendre la déraison. Rotman a une fois encore l'intelligence, comme dans La conquête où la gauche était totalement absente, de ne donner la parole qu'aux ténors de l'UMP qui ont eu à connaître de l'affaire de plus ou moins près, et qui l'évoquent avec des mines alternativement hilares ou navrées.

Jean-François Probst a de bonnes lectures.

C'est l'agrégé de lettres classiques Xavier Darcos qui, faisant involontairement de Jacques Chirac une mère louve nourricière, a le mot de la fin de cette histoire pourtant inachevée : "Quand on arrive au combat du sommet, il faut toujours que l'un des deux disparaisse, depuis Remus et Romulus".

Rediffusion sur France 2 dans la nuit de jeudi à vendredi à 00h35.

13 décembre 2010

L'aloi des séries, épisode 7

Boardwalk Empire.

C'est la nouvelle série à sensation de la chaîne étasunienne HBO, qui vient d'achever de diffuser la première saison. Coproduite notamment par Martin Scorsese, elle s'intéresse avec brio à une époque assez peu traitée à la télévision, les années 20 et le début de la Prohibition aux Etats-Unis. Inspiré d'une figure historique réelle, le personnage central est un politicien à moitié mafieux qui est le véritable maître d'Atlantic City, ville balnéaire du sud du New Jersey qui a bâti sa fortune sur le jeu et autres plaisirs plus ou moins licites, et dont le front de mer se distingue notamment par sa longue promenade de planches (boardwalk en anglais).

L'époque a beau être peu traitée, Boardwalk Empire nous fait sentir combien elle est en fait une période charnière, dans l'immédiat après-guerre, qui voit l'émergence de la société de consommation, qui accompagne la prise de pouvoir du capitalisme industriel, provoquant des changements sociétaux considérables, parmi lesquels l'émancipation féminine. Avec un luxe de détails historiques, tant scénaristiques que visuels, la série fait heureusement écho à notre époque, la guerre contre l'alcool menée pour des raisons morales se révélant aussi illusoire et vaine que la guerre actuelle menée contre la drogue. On y voit même détaillé par le menu comment la Prohibition fut en fait un coup de fouet inespéré pour les activités commerciales de la pègre, gangrenant au passage toutes les institutions démocratiques.

Scorsese s'est fait un petit plaisir en réalisant lui-même le premier épisode, se déchaînant en travellings grandiloquents, et autres angles de prise de vue invraisemblables, oubliant que la télé réclame moins d'emphase. Heureusement, les autres épisodes ont été confiés aux mains plus expertes de vieux routiers des séries dont les noms ne diront rien à personne, comme Tim Van Patten, mais qui savent plus humblement quoique sans moins de talent se mettre au service du récit.

Enfin, entre autres qualités, Boardwalk Empire vaut pour pour une interprétation remarquable jusqu'au dernier petit rôle, écrit, casté et dirigé avec soin. Mais, à tout seigneur tout honneur, il faut distinguer à la tête de la distribution Steve Buscemi, qui démontre, si besoin était encore, l'étendue de ses capacités d'acteur, et à qui le cinéma n'a pas encore donné de rôle de même envergure.

Previously dans L'aloi des séries.
Besoin de sous-titres ? TVsubtitles.net.

23 octobre 2010

Saga Africa

Afrique(s), une autre histoire du XXe siècle, d'Alain Ferrari, Elikia M’bokolo, Philippe Sainteny.

De temps en temps, entre des séries débiles, des talk-shows crétins, et des émissions de télé-réalité consternantes, on peut se dire, quand même, qu'il y a quelques bons moments qui justifient encore d'allumer sa télévision. La série documentaire Afrique(s), une autre histoire du XXe siècle sur France 5, fait partie de ceux-là.

Voilà un travail extrêmement ambitieux, à savoir tracer un portrait historique du continent, réalisé avec une grande intelligence, ne donnant la parole exclusivement qu'à des Africains, et servi par une collection d'archives exceptionnelles, dont certaines sont rarement ou jamais vues.

A la surprise générale, il ressort que l'histoire récente de l'Afrique est intimement liée à celle de l'Europe. Raconter l'histoire de l'Afrique, c'est aussi en filigrane, à bien des égards, dire l'histoire de l'Europe. Ce simple constat est en lui-même problématique, et illustre toute la difficulté des rapports entre les deux continents.

Il est à souhaiter que cette série, qui sera aussi éditée en DVD, sera largement diffusée en Afrique même, car elle porte une large part de la mémoire du continent. L'un des auteurs faisait remarquer non sans justesse que vu l'extrême jeunesse, au sens démographique, de l'Afrique, même les années 90 ressemblent à de la préhistoire pour bien des Africains.


A suivre sur France 5 tous les dimanches soirs. Déjà deux épisodes diffusés, encore deux autres d'une heure et demie chacun les 24 et 31 octobre. La série doit être diffusée sur TV5 Monde, va savoir quand.

26 septembre 2010

L'aloi des séries, épisode 6

Treme.

David Simon, le créateur de l'épatante série The Wire, débarque à la Nouvelle-Orléans pour y dresser un portrait de la ville après Katrina (l'ouragan qui a dévasté la ville en août 2005). Treme est l'un des quartiers populaires de la ville qui eut le plus à souffrir de l'inondation. L'occasion d'un commentaire politique assez virulent sur la façon dont la catastrophe naturelle a été aggravée par une impréparation criminelle (ce qui semble le lot de chaque catastrophe meurtrière, la dernière en date sur nos côtes en Vendée...), comment la nation étasunienne et le pouvoir fédéral ont abandonné la ville à son triste sort, et surtout comment des enjeux politiques à court terme visent à tirer partie de ces circonstances exceptionnellement dramatiques pour tenter de couper la Nouvelle-Orléans de ses racines, folkloriser sa culture, et in fine gentrifier la métropole, c'est à dire la blanchir en empêchant les pauvres réfugiés noirs de regagner leurs logements inondés ou non.

Au cœur de la série, indissociable du discours, la musique est omniprésente, hommage permanent à la vigueur du berceau historique du jazz, où chaque personnage semble ne vivre que par et pour la musique, comme si les cuivres des fanfares étaient la seule assistance respiratoire qui maintenait le ville en vie.

Le tout premier épisode est absolument époustouflant. Réalisé par la cinéaste polonaise Agnieszka Holland (Europa Europa), il dure une heure et vingt minutes, et à vrai dire, cet épisode est d'une telle puissance d'évocation, qu'il aurait pu être à lui tout seul un long-métrage, donnant toutes les pistes de réflexion utiles à la compréhension des enjeux consécutifs à Katrina. Après une telle claque dans la figure en guise d'ouverture, les autres épisodes peuvent paraître plus conventionnels, avec le croisement de personnages et d'intrigues propres au genre de la série. Mais heureusement, David Simon ne perd jamais de vue son propos, secondé par une distribution au diapason, retrouvant ses acteurs fétiches aussi méconnus que brillants, Clarke Peters, Wendell Pierce, Khandi Alexander, auxquels se sont joints entre autres Steve Zahn et John Goodman.

La première saison, diffusée par HBO, compte dix épisodes. Dix autres ont déjà été tournés. En guise d'amuse-bouche, je vous laisse apprécier l'excellent générique.



Previously dans L'aloi des séries.
Besoin de sous-titres ? U-subtitles.fr.

22 mai 2010

L'aloi des séries, épisode 5

A la guerre comme à la guerre : deux mini-séries qui sont autant de salades de testostérone sentant bon le sable chaud, la poudre, le sang, la sueur. Engagez-vous, rengagez-vous, qu'ils disaient...

Generation Kill.

Sept épisodes pour raconter l'avancée d'une colonne de Humvees d'une unité de reconnaissance des US Marines lors de l'invasion de l'Irak en 2003. C'est une production de David Simon, le créateur de l'excellent The Wire, un label qualité. Si le ton est très réaliste, c'est parce que la série est adaptée du récit du journaliste de Rolling Stone Evan Wright qui avait raconté par le menu ses quelques semaines embarqué avec les marines, et qui voyageait aux avant-postes dans le véhicule de tête. Ça donne une série de guerre assez atypique, avec très peu de pan pan boum boum, guère de considérations stratégiques, et un propos politique seulement distillé assez finement en filigrane. Curieusement, il ne se passe en fait pas grand chose militairement parlant, on voit surtout les soldats beaucoup attendre, se plaindre de la piètre qualité de leur matériel, se plaindre de l'ineptie de leurs chefs, puis commettre à leur tour des erreurs, et en fait, cette unité motorisée supposée être à l'avant garde de l'invasion aperçoit à peine le bout des moustaches d'un irakien. L'essentiel du propos est dans cette critique en creux de l'armée, monstre bureaucratique à la fois absurde et étrangement efficace, et dans les liens très forts que tissent, malgré des origines très différentes, des hommes qui chient dans leur froc ensemble. Globalement, la plupart de ces engagés volontaires paraissent, quel que soit leur niveau d'éducation, assez critiques de la guerre en général, et de celle-ci en particulier, et surtout de la façon de la conduire, qui leur paraît en léger décalage avec le discours officiel, et surtout, faute suprême, peu professionnelle. Les soldats acquièrent surtout très vite la conviction, alors qu'ils ne sont en Irak que depuis quelques jours, que les Etats-Unis ne sont pas près d'en repartir de sitôt, et vraisemblablement pas sous les vivats de la foule, l'armée de libération se transformant quasi instantanément en armée d'occupation.

Tourné en Afrique du Sud, Namibie, Mozambique : on aperçoit au détour d'une rue de Falloujah une maison dont le stoep typique a peut-être été insuffisamment maquillé...

The Pacific.

La fine équipe responsable de Band of Brothers, l'histoire de l'invasion de l'Europe par l'US Army, Tom Hanks et Steven Spielberg, rempile pour narrer l'histoire en dix épisodes de la bataille du Pacifique. L'une des toutes premières scènes, ressemblant à un cours de rattrapage historique pour les nuls, laissait craindre un manque cruel de finesse, mais finalement la reconstitution, au bouton de guêtre près, tournée entièrement en Australie, se laisse regarder, malgré un académisme certain. Sans en avoir toute la force dramatique, la faute à des personnages un peu laissés à eux-mêmes, la recette est copiée sur BoB : un peu d'archives en amuse bouche, des interviews de vétérans qui écrasent des larmes en pensant à leurs copains tués, et envoyez les violons et l'artillerie ! Heureusement, les scènes de combat, pan pan boum boum à gogo, sont très convaincantes, empruntant nombre d'astuces de mise en scène au fameux Soldat Ryan de Spielberg.

Alors voyons, le D-Day et la bataille de France, c'est fait. Le Pacifique, bon ben, ça y est, fait aussi. Qu'est-ce qui va rester à MM. Hanks et Spielberg pour épuiser le filon patriotique ? L'Afrique du Nord, la Sicile et l'Italie ? J'ai déjà le titre : Avanti !

Previously dans L'aloi des séries.
Besoin de sous-titres ? SeriesSub.com.

3 janvier 2010

Le dernier mot de Jean-Pierre

Qui veut gagner des millions ?, spéciale associations, sur TF1.

Je suis tombé dessus le 1er janvier, mais il faut bien dire que ce n'est pas la seule émission à se donner ainsi l'apparence de la charité bien ordonnée. Le principe : en lieu et place des candidats lambda habituels, des vedettes viennent jouer face à Jean-Pierre Foucault pour remettre leurs gains éventuels à une association méritante. Formidable et émouvante générosité. Unanimité compassionnelle.

Je ne sais si les associations bénéficiaires sont vraiment choisies par les joueurs invités, ou si les invités le sont en raison de leur soutien de longue date à telle ou telle œuvre, ou si la production intervient pour souffler le nom d'une charité à une vedette en panne d'inspiration. En tout cas pour TF1 comme pour la production, voici un bien beau geste qui ne coûte rien, pas plus qu'une émission ordinaire, voire moins vu que le total des gains doit être inférieur avec des candidats un peu moins motivés que les habituels RMIstes, et qui rapporte gros, davantage peut-être même qu'une émission ordinaire. Que je sache, dans son grand élan de générosité, TF1 ne va pas tout de même jusqu'à reverser une partie des sommes encaissées au titre des écrans de pub entrelardant ces émissions à forte audience. Par contre, en termes d'images, c'est tout bénef : oh la gentille chaîne de télévision qui offre ainsi argent et temps d'antenne à de gentilles associations !


Quant aux associations, certainement pas dupes de la mystification opérée en leur nom, on peut difficilement les blâmer de récupérer un peu d'argent et d'exposition médiatique au passage. Ainsi, en apparence, tout le monde est content, tout va pour le mieux dans le meilleur des PAF possible. A moins bien sûr que les vedettes ne soient vraiment trop nulles : ah désolé, chère association, on était prêts à vous offrir un million d'euros, mais votre people n'a pas été fichu de décoller, pour vous ce sera mille cinq-cents. C'est déjà pas mal, et estimez vous heureux !

11 septembre 2009

Apocalypse No

Apocalypse, série documentaire d'Isabelle Clarke et Daniel Costelle, les mardis soirs sur France 2.

Alors là je dis non. Non nein no et niet. Il faut quand même pas pousser mémé dans les barbelés. France 2 diffuse en prime time (première partie de soirée, pour les francophones) une série documentaire en six épisodes, programmée sur trois soirées, consacrée à l'histoire de la deuxième guerre mondiale, produite par Mathieu Kassovitz. A priori, quelle bonne idée. J'ai voulu regarder, j'ai tenu vingt minutes avant de craquer.

Les docus d'archives sur la deuxième guerre mondiale, on peut pas dire que ce soit exactement une denrée rare. Qu'est-ce donc que cette série, que j'ai entendu son producteur vendre en toute modestie comme "définitive", allait bien pouvoir proposer de jamais vu ? Eh bien c'est bête comme chou, le point de vue révolutionnaire de ses auteurs se résume à la colorisation des archives. Voilà. C'est tout.

N'importe naouaque.

L'histoire, c'est l'étude et l'interprétation des documents, y compris filmiques. Si on commence à les tripatouiller, même pour la plus noble des causes, on s'engage dans un processus douteux que je n'hésiterai pas à qualifier d'orwellien. D'autant plus que nombre de ces images, loin d'avoir été saisies sur le vif, ont été soigneusement mises en scène et ne sont ni plus ni moins que des images de propagande. Les manipuler à nouveau en les présentant comme d'authentiques documents perpétue le mensonge. Demain on fera un documentaire sur la geste napoléonienne en transformant les tableaux de David en animations 3D au prétexte de les rendre plus sexy ? Ou est-ce qu'on demandera à un illustrateur de mangas de rajouter des enluminures à l'édit de Villers-Cotterêts pour le rendre plus digeste aux jeunes générations ? Mon dieu, au moment où j'écris ces lignes, je me dis avec effroi que si ça se trouve quelqu'un l'a déjà fait.

Passons, pour en revenir à Apocalypse, sur le commentaire assez bassement vulgarisateur, ou encore sur la sonorisation en une sorte de Dolby Surround® THX® pétaradant et envahissant d'archives essentiellement muettes. Il faut attendre un quart d'heure de documentaire pour voir enfin une carte qui situe un peu les frontières d'avant-guerre. On aurait pu commencer par là, parce que parler de Pologne ou de Tchécoslovaquie ou d'URSS n'a pas forcément le même sens pour tous aujourd'hui. On repassera pour les prétentions éducatives.

Cette apocalyptique Apocalypse n'est qu'un exemple parmi d'autres illustrant qu'on ne doit pas faire les choses simplement parce qu'elles sont techniquement possibles. Les esthètes historiens et inversement préfèreront sans barguigner l'excellent Ils ont filmé la guerre en couleur de René-Jean Bouyer, déjà diffusé sur France 2, qui pour le coup présentait des archives tournées sur de véritables pellicules couleurs de l'époque, qui donnaient au récit historique une proximité surprenante et saisissante, pour ne pas dire glaçante.

2 septembre 2009

L'aloi des séries, épisode 4

Baltimore, à quelques encâblures de la capitale fédérale Washington, sur la côte du Maryland, affiche des statistiques de criminalité tous azimuts parmi les plus affolantes des Etats-Unis. Homicides, trafics de drogue divers, corruption galopante y sont partie intégrante du quotidien des habitants, à commencer par ceux les plus démunis des quartiers déshérités du centre-ville. C'est ce riant tableau qui a donné naissance à deux séries d'HBO (enfin bon, la deuxième est plus exactement une mini-série de six épisodes là où la première compte cinq saisons) d'une grande force dramatique et d'une humanité balzacienne.

Accessoirement, les deux séries donnent un point de vue assez peu conventionnel et dérangeant sur la façon dont la drogue ravage le pays en lui coûtant trois fois, une fois par la destruction de vies individuelles perdues pour la collectivité, une deuxième fois par le flux d'argent qui corrompt des institutions trop faibles pour lui résister, une troisième fois par l'incroyable gâchis des moyens et des compétences mis en œuvre pour balayer perpétuellement une poussière qui ne cesse de retomber aussitôt. On nous montre comment ce mensonge énorme ronge de l'intérieur l'ensemble de la société qui alimente ainsi elle-même le propre monstre qui la dévore. Je soupçonne David Simon, le scénariste et créateur des deux séries, d'avoir voulu par là démontrer la totale absurdité de la prétendue guerre contre la drogue, c'est à dire de présenter en creux des arguments, assez convaincants, en faveur d'une dépénalisation totale de tout stupéfiant.

The Wire.
Créée par l'ancien journaliste du Baltimore Sun David Simon, cette série policière en cinq saisons est l'une des plus ambitieuses qui aient précédé les Sopranos. The Wire (le câble) c'est le terme pour désigner les procédures d'écoutes policières (d'où la traduction française Sur écoute). Enfin une série policière avec un peu de plomb dans la cervelle, qui ne se résume pas à quelques courses-poursuites pan pan boum boum et deux ou trois affaires de cœur. De façon très réaliste, on plonge donc au côté d'une cellule spécialisée de policiers anti-drogue au plus près des trafics et des gros bonnets de la drogue, de l'inertie administrative, de l'ambition et de la corruption politique qui vont de pair, de l'indigence du système éducatif gangrené par son environnement criminel, des médias à bout de souffle prêts à tout pour vendre du papier, et même des syndicats en déroute prêts à se raccrocher à n'importe quelle branche pourrie pour conjurer la décadence industrielle. Au total, le portrait d'une ville, poussant loin les ramifications scénaristiques et la logique des personnages, comme seule une série peut le faire, où les protagonistes les plus sympathiques ne sont pas toujours dans le camp qu'on imagine, sans pour autant céder à la moindre fascination pour le trafic de drogue, la violence, ou un quelconque romantisme mafieux. Avec une certaine crudité, les scénaristes ont même choisi de faire disparaître assez tôt des personnages qu'on imaginait importants simplement parce qu'en effet, l'espérance de vie dans le commerce de drogue est assez limitée. Des policiers de Baltimore ont prêté leur concours à l'écriture de la série, tourné en grande partie sur les lieux mêmes de l'action. On s'éloigne seulement de cette tonalité réaliste quand l'un des dealers se rend aux Antilles françaises pour blanchir son argent, là c'est assez n'importe quoi, limite si le guichetier le la banque n'a pas un T-shirt à l'effigie de Jacques Chirac... ils n'avaient visiblement pas Elie Domota comme consultant. Mais n'ergotons pas, la série a assez justement été couverte de prix et récompenses, malgré des audiences très moyennes, dues en partie au fait que l'essentiel de la distribution est... noire, comme 65% (au doigt mouillé) de la population de Baltimore. C'est trop bête.

The Corner.
Plus que du coin de rue à proprement parler, même si la référence géographique reste valable, le titre évoque le point de vente des drogues plus ou moins dures où se côtoient dealers gros et petits, junkies à la dérive, et honnêtes travailleurs cousins des uns ou des autres luttant pour ne finir dans aucun des sous-ensembles précédents, et trimant pour des picaillons, que des junkies ont tôt fait de leur dérober, quand les trafiquants se goinfrent sans trop d'effort. La série s'attache à une famille pour le moins dysfonctionnelle : les parents drogués, et le gamin dealer. Tout en n'éludant aucune des horreurs liées tant à la consommation qu'au trafic de drogue, les scénaristes ont choisi de mettre en valeur les qualités humaines de personnages pourtant à la dérive, broyés par une machine infernale autrement plus forte qu'eux. Révélation à la fin de la série : les personnages et les situations (tous assez largement invraisemblables pourrait-on croire) sont directement inspirés de faits réels, et le réalisateur conclut la série en interviewant les vraies gens qui ont servi de base aux personnages, au vrai coin de la vraie rue qui a servi au tournage. Cette mini-série, adaptée d'un livre-enquête de David Simon, est un peu l'ancêtre de The Wire, qui suivit quelques années après, et bon nombre de comédiens se retrouvent dans les deux.


Previously dans L'aloi des séries.
Besoin de sous-titres ? SeriesSub.com.

28 mai 2009

Ma came

Je me tape en ce moment la saison deux de l'excellente série Breaking Bad, dont vous pouvez lire ici tout le bien que je pense de la première saison. Et donc voilà-t-y pas qu'en préambule d'un épisode, je tombe sur sur cette pimpante ritournelle mexicaine, intitulée Negro y azul, qui a donné son nom audit épisode. Hispanophones, ouvrez grand vos portugaises, anglophones, ne ratez pas les sous-titres, pour les autres, je résumerai seulement qu'il s'agit, sur un air de polka entraînant en diable, enrobé de glings glings folkloriques, d'un hymne à la gloire d'un seigneur de la drogue d'un des cartels transfrontaliers qui font leurs choux gras du trafic entre les Etats-Unis du Mexique et ceux d'Amérique. C'est très joli.



Et outre le fait que j'ai une tendresse particulière pour la musique tipicos du Mexique, mariachis, ranchera, tortillas pour les Dalton, et toutes sortes de guacamoles à cordes et à vent, j'étais un rien soufflé d'entendre ainsi le narco-trafic entrer de plain-pied dans l'art populaire du cru, avec plus de prégnance encore que notre seigneur Jésus, saint Judas, ou d'autres héroïnes de telenovelas. En fait, ce titre n'est que l'adaptation télévisuelle d'un genre devenu tout à fait officiel au Mexique, le narcocorrido, qui est précisément la chanson de drogue. Les thèmes n'ont rien à envier au gangsta rap, trafics, trips, overdoses, trahisons, grande variété de morts violentes, mais avec un petit air de guitare enjoué, tout de suite ça devient extrêmement réjouissant. Je suis sûr que Florence Cassez écoute ça en prison pour se remonter le moral.

31 mars 2009

Le cœur a ses maçons que
la raison ignore

Les maçons du cœur (Extreme Makeover Home Edition) sur TMC les mercredi et samedi soirs.

Souvent imitée, jamais égalée, c'est à la fois la meilleure et la pire des émissions de télévision qu'on puisse imaginer. La meilleure, parce que le concept autoportant est imbattable et tellement évident. La pire parce qu'elle fait appel à ce qu'il y a de plus bassement infect en chaque téléspectateur, draguant les tréfonds vaseux de l'âme humaine, seulement enrobés d'un pimpant ruban de bons sentiments en guise d'offrande. Attendez... non, c'est l'inverse, ou alors... à moins que... oh et puis vous m'avez compris, ça pue du cul. Mais une petite andouillette de temps en temps, ça n'est pas péché.

Andouillette toi-même !

Je résume donc ce concept brillamment étasunien : en une semaine chrono, une fine équipe de spécialistes de la construction et de la décoration va gracieusement transformer, en général démolir et reconstruire, la résidence d'une famille méritante sélectionnée par la production. Et c'est là que c'est fort. Pas de danger qu'ils aillent te prendre de pauvres familles lambda dont les maisons offriraient d'intéressantes possibilités d'éducation architecturale. Non non non, ils ne prennent que des familles de handicapés lourds, s'ils marchent sur les moignons encore mieux, des orphelins rescapés de la drogue mais qui ont rencontré Jésus-Christ, des obèses à roulettes vétérans de Dieu sait quelle guerre perdue, des chômeurs alcooliques décimés par des fusillades de gangs en pleine rue mais qui ont sauvé des petits chatons de la noyade, etc... Parce que cette émission de télé, ben, voyez, elle a le cœur sur la main, elle est là pour faire le bien, c'est une sacrée leçon de vie.

Et donc les bons génies de la télé refont la maison à leur goût. Le petit dernier aime les pompiers ? Pas de problème, on lui fait son lit sur une grande échelle offerte par les pompiers volontaires du coin. Trop de disputes sur le programme télé ? Pas de problème, on construit un mur d'écrans avec casques stéréos individuels pour chaque autiste. Un décès tout frais dans la famille ? Pas de problème, on jette toutes les vieilles photos mal rangées du mort, sauf une qu'on affiche grandeur géante dans le mausolée dès l'entrée.

Au bout d'une semaine, les McGroseille reviennent de leurs vacances à Disneyland où on les a envoyés, et découvrent stupéfaits l'étendue des dégâts. A la dernière seconde, un bus se déplaçe de devant leur nouvelle maison pour leur faire la surprise, et ils sont aimablement priés de sauter et hurler de joie (cinquante prises). Tellement c'est trop de bonheur.

Tu vas sauter de joie, oui ou merde ?

On pourrait croire que ça coûte bonbon à produire, mais pas tant que ça, vu que l'équipe magouille toujours avec des entrepreneurs locaux, des fournisseurs de grandes marques, jusqu'à la banque d'à côté qui offre les dernières mensualités et rachète l'hypothèque, trop heureux d'être cités dans une des émissions phares du paysage audiovisuel nord-américain, succès d'audience faisant foi. Si en plus c'est pour une œuvre.

Curieusement, cette émission qui se vautre dans l'abjection la plus douteusement odorante, exerce sur le téléspectateur bourgetin une force d'attraction-répulsion sans égale. On se dit sans cesse, non, ça, quand même, ils ne vont pas oser... Eh ben si, ils osent, c'est même à ça qu'on les reconnaît.

Comme écrivait Wiaz avec une certaine préscience dans feu Droit de réponse : une maison de maçon, une télé de m...

24 mars 2009

L'aloi des séries, épisode 3

Votre chat a fait une overdose de croquettes après avoir regardé 30 millions d'amis ? Votre poisson rouge a sauté de son bocal directement dans la friteuse après le Thalassa du vendredi saint ? Tout n'est pas perdu, vous pouvez encore sauver la biodiversité et vos soirées télé grâce aux conseils avisés d'Hobopok Dimanche.

Lucky Louie.
Une sitcom pas comme les autres. Ecrite produite et jouée par le délirant comique de stand-up Louis CK, voilà une petite famille de pauvres blancs déjantés de Boston où rien ne va, les fins de mois sont difficiles, et les amis sont tous dealers ou racistes ou juste crétins ou n'importe quelle combinaison des trois, mais de toute façon frustrés et malheureux. La série respecte les codes du genre, mais les pimente avec des enregistrements en public, donc des rires pour de vrai et pas en boîte, ce qui donne presque la saveur d'un vrai spectacle, et compense la mise en image banalement frontale. Mais les dialogues très bien écrits font mouche, et on meurt de rire de la meilleure façon qui soit, désespérée. HBO a sabré la série au bout d'une saison et treize épisodes, on se demande encore pourquoi. Trop la poisse, ce Louie.

The Riches.
Une autre série étasunienne à longévité réduite, la chaîne FX lui ayant tiré le tapis de sous les pieds après seulement sept épisodes de la deuxième saison. Deux anglais, Minnie Driver, qui se fait malheureusement rare, et Eddie Izzard, mon idole depuis qu'il m'a dédicacé une cassette d'un de ses spectacles, sont les figures de proue de cette création assez originale. Le célèbre travesti yéménite a d'ailleurs aussi écrit et coproduit la série. On y découvre stupéfait un aspect ignoré de la culture anglo-saxonne, avec cette famille de gitans irlandais (pas de lien de parenté avec nos romanichels à nous), gens du voyage qui usurpent l'identité d'une famille de bon gros bourgeois suburbains de Louisiane. Beaucoup de péripéties, pas mal d'humour, un zeste de drame, schizophrénie et critique sociale (à moins bien sûr que les deux termes ne soient synonymes), c'est assez bien vu. Je reviens à Driver et Izzard, sous-employés dans d'autres productions comme au cinéma, et qui, sans entraves, font ici une démonstration assez époustouflante de leurs talents d'interprètes.

Trust Me.
La première saison est en cours de diffusion, et ça y est je suis bêtement accro. Alors bien sûr, c'est pas excessivement malin, ça se passe dans le milieu de la pub contemporain à Chicago, et la critique est un peu courte, mais le rythme est là, les répliques sont calibrées au quart de poil, bref, c'est bien fait, bien joué, machin tout ça. En fait, l'intérêt caché de cette série réside dans les personnages des deux héros, binôme créatif en agence, rédacteur et graphiste, et, quoiqu'officiellement hétéros et tout, unis par une relation aussi trouble que celle qu'entretiennent Haddock et Tintin. Il ne manque que la Castafiore. A noter la réjouissante réapparition de Griffin After Midnight Dunne.

Skins.
Cette série britannique est à la fiction française ce que Damien Hirst est aux petits chats du calendrier des PTT, un abîme insondable d'audace et de modernité les sépare, la Manche. Le titre fait référence aux feuilles de papier à rouler, mais aussi aux apparences interchangeables d'une application informatique, ou encore aux couches de derme que l'on endurcit ou pas, bienvenue dans le monde des ados. Une brochette d'une dizaine de personnages, complètement à côté de leurs pompes, pendus à leur portable, le sexe à l'air la moitié du temps, confondant les drogues et la vie, l'amour et la gymnastique, persuadés d'entuber profs et parents et y parvenant, bref, des ados. C'est parfois nunuche, mais surtout très drôle, émouvant, à l'occasion un peu profond, comme des ados. L'extrême pertinence du propos n'est pas un hasard, puisque les scripts sont co-écrits par un père scénariste et son fils de vingt ans. Je me suis enfilé la première saison d'une traite tellement c'est bien. Y en a encore deux autres, et en plus, ils ont changé les personnages en cours de route pour éviter la routine et conserver un peu de fraîcheur. Que Dieu se fasse la reine ! Mais les anglais savent faire de la bon Dieu de télé.

Previously dans L'aloi des séries.
Besoin de sous-titres ? SeriesSub.com.

15 mars 2009

On n'est pas sérieux quand on a
vingt ans

Encore un fois cette gazette gothique superflue se laisse aller à faire de la pub pour des gens qui n'en ont pas vraiment besoin, mais il faut bien saluer la longévité du dernier refuge du véritable humour politique à la télévision que représentent Les guignols de l'info sur Canal. Déjà vingt ans, et ils ont survécu à toutes les modes, tous les remous de leur chaîne, tous les changements d'auteurs, et tous les présidents de la république. Enfin jusqu'ici. Il paraît que qui vous savez ne supporte pas sa marionnette. On ne voit vraiment pas pourquoi. En attendant, Canal, afin de prévenir tout incident, a préféré renoncer à inclure la photo d'une certaine personne de petite taille dans sa campagne d'autocélébration en affiches, en arguant d'une loi qui interdit d'utiliser l'image du chef de l'Etat en exercice à des fins publicitaires. J'espère qu'après ça c'est pas Oussama qui va venir leur faire des ennuis.









Putain, 20 ans ! Soirée spéciale Guignols sur Canal Plus lundi 16 mars à partir de 20h45. Je ne suis pas sûr que ce sera en clair.