Qui veut gagner des millions ?, spéciale associations, sur TF1.
Je suis tombé dessus le 1er janvier, mais il faut bien dire que ce n'est pas la seule émission à se donner ainsi l'apparence de la charité bien ordonnée. Le principe : en lieu et place des candidats lambda habituels, des vedettes viennent jouer face à Jean-Pierre Foucault pour remettre leurs gains éventuels à une association méritante. Formidable et émouvante générosité. Unanimité compassionnelle.
Je ne sais si les associations bénéficiaires sont vraiment choisies par les joueurs invités, ou si les invités le sont en raison de leur soutien de longue date à telle ou telle œuvre, ou si la production intervient pour souffler le nom d'une charité à une vedette en panne d'inspiration. En tout cas pour TF1 comme pour la production, voici un bien beau geste qui ne coûte rien, pas plus qu'une émission ordinaire, voire moins vu que le total des gains doit être inférieur avec des candidats un peu moins motivés que les habituels RMIstes, et qui rapporte gros, davantage peut-être même qu'une émission ordinaire. Que je sache, dans son grand élan de générosité, TF1 ne va pas tout de même jusqu'à reverser une partie des sommes encaissées au titre des écrans de pub entrelardant ces émissions à forte audience. Par contre, en termes d'images, c'est tout bénef : oh la gentille chaîne de télévision qui offre ainsi argent et temps d'antenne à de gentilles associations !
Quant aux associations, certainement pas dupes de la mystification opérée en leur nom, on peut difficilement les blâmer de récupérer un peu d'argent et d'exposition médiatique au passage. Ainsi, en apparence, tout le monde est content, tout va pour le mieux dans le meilleur des PAF possible. A moins bien sûr que les vedettes ne soient vraiment trop nulles : ah désolé, chère association, on était prêts à vous offrir un million d'euros, mais votre people n'a pas été fichu de décoller, pour vous ce sera mille cinq-cents. C'est déjà pas mal, et estimez vous heureux !
3 janvier 2010
Le dernier mot de Jean-Pierre
2 janvier 2010
Un bateau en Espagne
The Limits of Control de Jim Jarmusch.
Film d'inaction sans queue ni tête. De mystérieux commanditaires envoient un mystérieux tueur taciturne faire un tour d'Espagne. Rencontrant de mystérieux contacts selon de mystérieux rituels, le tueur se rapproche finalement de sa mystérieuse cible avant de s'éclipser mystérieusement. A première vue, on ne peut pas dire que tout ça rime à grand chose.
Jim Jarmusch, qui se prend tout d'un coup pour David Lynch, titre ésotérique en prime, nous mène sacrément en bateau. Une embarcation tout sauf légère que d'aucuns n'hésiteront pas à assimiler à une galère. Comme à la vision d'une déroutante lyncherie, on se demande un peu si on a affaire à un brillant exercice de style ou si le réalisateur ne se fout pas un tout petit peu de notre gueule. Bien difficile en l'occurrence de trancher.
Il est possible aussi de se laisser bercer par cette ineptie certes un peu prétentieuse, mais qui à la réflexion joue avec intelligence et même assez drôlement des codes du cinéma, et distille une impression diffusément poétique, voire carrément onirique, comme un rêve qui se répète inlassablement au prix de légères variations, invitant pour de fugaces apparitions à l'écran une brochette de comédiens sympathiques. La présence finale quoique brève de Bill Murray, immortel héros d'Un jour sans fin, pourrait accréditer la thèse hasardeuse du rêve éveillé. Pour ceux qui ne se seront pas endormis avant.
Crash-test :
1 janvier 2010
30 décembre 2009
Un mauvais fils
Le vilain d'Albert Dupontel.
Cinéma pas beau. Un repris de justice braqueur de banques se réfugie dans le pavillon de banlieue de sa vieille maman qui le met au défi de se rendre coupable d'au moins un bonne action pour une fois dans sa vie.
Faisons bref, inutile de s'étendre sur une production qui fait un candidat de choix au titre envié de navet de l'année. Si le sujet en lui même aurait permis d'entrevoir une possibilité d'amusement, Albert Dupontel rate le coche d'une lieue au moins, faisant preuve d'autant de prétention que d'incompétence, et démontre qu'il n'est ni scénariste, ni dialoguiste, ni metteur en scène, ni réalisateur. On se demande d'ailleurs où sont passés le comédien et même l'humoriste du même nom. Rien de plus triste en effet qu'une comédie pas drôle.
Toutes nos pensées vont vers Catherine Frot, qui, grossièrement grimée, a dû prêter ses rides factices à la maman du vilain. Quand Dupontel aura fini de ridiculiser hautainement le pauvre Laurent Bignolas qui heureusement pour lui n'avait pas perdu de temps à visionner ce prétendu film (voir vidéo plus bas), peut-être essaiera-t-il de nous expliquer pourquoi il n'a pas pu choisir une actrice qui avait l'âge du rôle. Faut pas pousser mémé dans les navets.
Crash-test :
21 décembre 2009
Le travail c'est la santé
Une récente actualité m'a conduit à m'intéresser à cette œuvre de Claude Lévêque, visible dans un musée de Luxembourg, à en croire le site officiel de l'artiste, œuvre qui avait été refusée à une exposition au Grand Palais en 1996. Le Luxembourg a les idées larges.
Notez le B cul par dessus tête, subliminal geste de résistance des prisonniers d'Auschwitz qui avaient été aimablement priés par leurs geôliers de confectionner cette revigorante enseigne destinée à égayer l'entrée de leur camp. Avec un succès somme toute mitigé.
19 décembre 2009
Veloma Zézé
Aimé Razafindrainibe, qui signait ses dessins sous le nom d'Aimérazafy, s'est éteint ce samedi 19 décembre à Tananarive des suites d'une infection pulmonaire. Il avait 51 ans. Il ne laisse pas de famille derrière lui.Aimérazafy et Anselme en octobre 2008.
Avec ses frères, le toujours vaillant Anselme et le petit Rado, décédé en 2000, il avait fondé au début des années 80 l'Abédéma, Association des bédéistes malgaches, qui avait lancé plusieurs revues satiriques en auto-édition, dont le fameux mais bref Sarigasy, aux plus belles heures de la dictature de Ratsiraka. Personnage quelque peu énigmatique, à l'humour acide, ne rechignant pas à un tout petit gorgeon de rhum de temps en temps, y compris en compagnie de votre serviteur, il avait continué son bonhomme de chemin dans la presse, devenant l'un des dessinateurs éditorialistes les plus appréciés de Madagascar, occupant longtemps la rubrique Sans cible à la une de Madagascar Tribune.
Dans Sarigasy.
Une vue de Tana.
Avec les crises politiques à rebondissements de ces dernières années, sa carrière avait suivi la valse des publications, au gré des courants. Ses derniers dessins paraissaient dans le quotidien La Gazette sous la rubrique Sans sommation.
14 décembre 2009
Killing an Arab
L'étranger de Luchino Visconti.
Un film à vous dégoûter du vin de Bourgogne. Meursault, un pauvre type vivant à Alger au temps béni des colonies, aquoiboniste forcené, incapable de sentiments, entraîné dans un règlement de compte qui ne le concerne pas, coupable du meurtre improvisé d'un indigène arabe, est condamné à la guillotine pour n'avoir pas pleuré quelques jours avant à l'enterrement de sa mère. Le monstre.
Les candidats à la panthéonisation auront reconnu dans l'argument quasiment mot pour mot celui du célèbre roman d'Albert Camus, dont ce film constitue l'adaptation, si mes souvenirs de lecture sont à croire, fidèle. Tellement fidèle que c'en devient un exercice de formalisme un peu raide, avec de longs passages de voix off, et un traitement au fond très - trop - littéraire, pour ne pas dire littéral. C'est vrai que l'atmosphère étouffante de l'été algérois est particulièrement bien rendue. On y devine en filigrane le contexte colonial où les musulmans ne sont guère que des silhouettes au second plan. Et Marcello Mastroianni donne un Meursault exceptionnellement désincarné. Visconti fait de son mieux, avec quelques belles idées de mise en scène, notamment au début autour de la mort de la mère. Il est moins convaincant dans la scène cruciale du meurtre : difficile il est vrai de rendre en quelques secondes d'action tout le trouble et l'incongru des tourments assaillant Meursault, ce que Camus peut faire sans être limité par les mots... Mais le film est surtout desservi par une photographie imprécise, avec beaucoup de rattrapages de point mal assurés, de mouvements de caméra cahoteux, et un gros grain de pellicule, qui donnent un aspect non pas noblement ancien mais vieillot. Côté son, on entend un peu trop une musique peu inspirée, et la traditionnelle post-synchronisation à l'italienne rend un peu ridicule une pourtant belle brochette d'acteurs français, Georges Géret, Anna Karina, Georges Wilson, Bernard Blier, Bruno Cremer... Tout cet apprêt un peu dépassé finit par nuire au propos et à la force générale du film.
Au total on se retrouve un peu, malgré le renom du réalisateur et des interprètes, avec une sorte d'Etranger pour les nuls, pouvant en une heure et demie épargner de se taper le roman à quiconque voudra briller à son club de lecture, résumant fidèlement les thèmes du vide existentiel, d'une forme de lévitation morale détachée du substrat social, de l'imposture religieuse, mais échouant à recréer sur l'écran une œuvre artistique de portée équivalente ou supérieure à celle de Camus. Les bons livres ne font pas forcément les bons films.
Curieusement, je n'avais jamais entendu parler de L'étranger dans la filmographie de Visconti, et je suis entré dans la salle comme si j'allais voir le nouveau film d'un grand réalisateur interprété par les meilleurs comédiens du moment. Ma relative déception n'a pas suffi à effacer ce petit plaisir cinéphilique.
Crash-test :
11 décembre 2009
Kim-Il Wade
A défaut d'apporter un démenti catégorique à ceux pour qui l'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire, le président sénégalais Abdoulaye Wade, grâce à une vision lumineuse, le fait entrer avec superbe dans la statuaire monumentale. C'est pour immortaliser une éventuelle Renaissance africaine, que Wade a décidé de faire ériger une gigantesque statue ainsi nommée aux portes de Dakar, toisant l'Océan atlantique du haut de ses cinquante mètres, lilliputant au passage la statue de la Liberté. Ce projet aussi exalté qu'exaltant, qui aura coûté à peine 21 millions d'euros (selon un mode de financement qui exalte lui aussi plus d'un spécialiste de finances publiques), devrait être inauguré en avril prochain.
Le projet.
Et l'auteur de ce magnifique et indispensable bibelot n'est autre que Wade lui-même, qui en a toutefois confié la réalisation à des petits artisans nord-coréens spécialisés dans le Kim-Il Sung géant en bronze patiné. Car le président Wade, lumière de la négritude, soleil des opprimés, phare du Sahel et étoile polaire de l'humanité, s'est également découvert sculpteur de génie sur son temps libre. Deux coups de crayon au coin d'une nappe, tiens, t'auras qu'à me mettre un type qui brandit un bébé, avec sa matrone qui suit à distance règlementaire, un aller-retour palais présidentiel de Dakar-académie des beaux-arts de Pyongyang pour tout le monde, et voilà Ousmane Sow renvoyé dans sa brousse !
La construction.
Et surtout, hop, les CFA dans la popoche : au terme d'une difficile négociation, le sculpteur Abdoulaye Wade a obtenu de l'Etat sénégalais (présidé par Wade Abdoulaye) de recevoir à titre d'auteur 35% des revenus d'exploitation générés par le machin, royalties qui seront remis à une fondation présidée par Karim Wade, fils des deux précédents (Abdoulaye l'artiste et Abdoulaye le président). Oui, mais c'est pour les enfants nécessiteux, c'est pour faire le bien. Alors d'accord.
Cela n'a rien à voir bien sûr, mais on peut se souvenir que la sculpture colossale à message humanitaire a connu de bien riches heures déjà, comme le rappellent ces vues de L'ouvrier et la kolkhozienne que Vera Ignatievna Moukhina avait réalisée pour le pavillon soviétique à l'exposition internationale de 1937 à Paris, défiant l'aigle-de-chez-les-nazis-en-face. Seyante prémonition des canons de l'afro-stalinisme à venir.
8 décembre 2009
Trop mortel
Bienvenue à Zombieland de Ruben Fleischer.
Parodie morte-vivante. Dans des Etats-Unis post apocalyptiques, un pauvre nerd pleutre mais organisé s'associe à un beauf fana d'armes et de biscuits fourrés à la crème pour survivre à deux dans un monde décimé par les attaques de hordes de zombies friands de chair fraîche. Il font la connaissance de deux donzelles délurées en compagnie desquelles ils parviendront à grand peine à triompher provisoirement des zombies. Et accidentellement de Bill Murray.
Dire que cette série B va nous fatiguer les neurones en nous plongeant dans des abîmes de réflexion métaphysique serait très exagéré, mais pourquoi bouder son plaisir devant un film pour une fois sans prétention, bien ficelé, bourré de références cinématographiques, et surtout très rigolo ? D'autant que que pour ceux que la vue de l'hémoglobine rendrait nauséeux, ça n'est tout de même guère gore, et les monstres guère effrayants. Les scénaristes et le réalisateur, assez inspirés, se paient plutôt allègrement la fiole des films du genre, tout en conservant suffisamment de cohérence et de continuité au récit pour nous garder amusés, à quelques négligeables détails près, jusqu'au bout. Avec ça, l'affaire est bouclée en une heure vingt-cinq, contredisant l'adage qui voudrait que plus c'est long plus c'est bon. Grâce soit rendue aux cinéastes concis !
Je me permets tout de même de rappeler l'interrogation restée en suspens depuis le dernier film de zombies mentionné dans ces colonnes, je veux parler de Rec, et à laquelle à ma connaissance aucun cinéaste spécialisé n'a répondu à ce jour, à savoir : mais que bouffent les morts-vivants une fois qu'ils ont bouffé tous les vivants ? Mystère et boule de gomme.
Crash-test :
6 décembre 2009
Crépuscule boréal
George Sprott de Seth.
Vient de paraître en français chez Delcourt, mais moi, pas fou, je l'avais déjà acquis chez D&Q en anglais. Sans vouloir insulter les traducteurs, la VO c'est mieux, et en l'occurrence moins onéreux.
Seth, auteur canadien discret mais fort talentueux, au style inimitable, graphiste hors pair, réutilise un peu la méthode impressionniste mise au point avec son précédent Wimbledon Green : plusieurs points de vue de plusieurs personnages à différentes époques en autant de séquences qui composent le portrait d'un homme à l'heure du trépas.
Le fictionnel George Sprott est un présentateur de télévision locale au Canada, spécialisé dans les récits arctiques, dont ils s'est autoproclamé spécialiste après quelques vagues missions d'exploration dans sa jeunesse. On découvre au fur et à mesure un gars ambigu, tantôt odieux, tantôt admirable, tantôt pitoyable, le genre sale type ordinaire, qui traverse la vie sans rien y comprendre, et meurt seul avant de sombrer dans l'oubli. C'est pas exceptionnellement joyeux, mais Seth a un réel talent de narrateur, et sait insidieusement faire passer ses réflexions désabusées sur le sens de la vie, faisant ressentir aussi bien qu'une chanson d'Aznavour la vanité du temps qui passe.
Au cours du livre, Seth alterne à sa convenance, et selon les besoins du récit, une grande variété de compositions et de traitements différents, allant jusqu'à consacrer des pleines pages aux reproductions de maquettes en carton de bâtiments associés à un pan de la vie de Sprott, confectionnées et peintes par l'auteur soi-même avec ses petits doigts agiles.
Pour ceux qui auraient le mauvais goût de ne pas désirer un aussi joli livre, au format imposant il est vrai, ou ont la bourse un peu trop percée pour en faire l'emplette, on peut le lire en ligne sur le site du New York Times.

