3 juillet 2009

Rascar patate

Fausta, la teta asustada de Claudia Llosa.

Inca hors du commun. Une jeune femme, fière descendante des fils du soleil, voit mourir sa mère dans ses bras dans cette banlieue miséreuse de Lima où elle survit à peine auprès de son oncle, pauvre organisateur de mariages de pauvres. Malgré sa crainte maladive des hommes héritée de la défunte ultra-violée par les commandos de la mort qui combattaient la guerrilla maoïste, Fausta va se démener pour trouver l'argent nécessaire au transfert du corps dans leur village des hautes Andes, échouer dans son entreprise, mais parvenir néanmoins à vaincre la malédiction qui l'afflige.

En dépit de tous mes efforts pour résumer en quelques mots l'argument de ce film épatant, il y a fort à parier que vous n'aurez pas compris grand chose aux quelques lignes qui précèdent, ni été conquis d'emblée par l'envie de voir ce film qui avait pourtant fait si forte impression à Berlin qu'il y a récolté l'Ours d'or. Rien ne sert de vouloir décrire cette œuvre complexe, riche, et originale, qui draine une humanité d'une force bouleversante, présentée avec intelligence et économie de moyens, d'une dureté assumée et à peine atténuée par la musique qui y joue un grand rôle. Malgré quoi Claudia Llosa parvient à conclure sur une note positive, sans verser dans le happy end larmoyant ni chercher à magnifier la misère, simplement en faisant confiance à ses personnages et en leur laissant les clés du film.

Le titre qu'on peut traduire mot à mot par Le sein effrayé, désigne cette peur transmise des mères à leurs enfants issus de viols. Du coup l'héroïne se fait pousser une patate dans le vagin pour se prémunir. Un film épatant, vous dis-je.

Crash-test :

25 juin 2009

Si c'est un rêve, je le saurai

Amerrika de Sherien Dabis.

Falafel hors-sol. Une palestinienne divorcée quitte la Cisjordanie avec son fils adolescent et débarque chez sa sœur dans un bled de l'Illinois. Pile poil au début de la guerre d'Irak, le rêve américain prend vite des allures de cauchemar.

Le préambule, qui décrit avec une froideur désespérée les tracasseries et humiliations quotidiennes subies par les Palestiniens des territoires occupés, laisse augurer le meilleur. Malheureusement, dans sa description du traitement de pestiféré réservé aux Arabes par les Etats-Unis, tout devient beaucoup plus convenu et prévisible, avec l'énumération un peu laborieuse de toutes les embûches qui attendent les nouveaux arrivants : différences culturelles, barrière linguistique, racisme ordinaire, difficultés économiques. Ah la la, la vie n'est pas toujours facile, hein.

Coup de bol, la mère courage, par ailleurs particulièrement cruche, se lie avec le gentil proviseur juif du lycée de son fils. C'est carrément du cinéma contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples. Et la guerre, c'est tellement moche... Mais les meilleurs sentiments ne suffisent pas à faire le meilleur cinéma.

Crash-test :

24 juin 2009

Machine qui crève

Terminator renaissance de McG.

Catalogue pyrotechnique. Nouvel épisode de la bataille entre les machines et les hommes. Les machines ne gagnent pas. Les hommes ne perdent pas. Match très très nul.

Les avatars de la franchise hollywoodienne Terminator® se suivent et ne se ressemblent pas. Si je suis entré témérairement dans cette salle c'est que j'avais été assez amusé par le robot implacable en métal liquide du T2, mais là on recycle assez maladroitement l'esthétique hideuse des méchants robots à tête de mort du T1, un des plus pénibles moments des années 80 qui n'en ont pourtant pas manqué. C'est une succession quasi ininterrompue d'explosions, de poursuites, de fusillades, assaisonnement indigeste d'une philosophie post-adolescente de geek attardé, avec interrogations à deux brouzoufs sur la nature humaine et l'humanité des machines, d'une insondable et épuisante vacuité.

A noter que le gouverneur de Californie, par le truchement de son hologramme numérique, fait une apparition capillotractée et superfétatoire de quelques secondes, sans laquelle, se sont sans doute convaincus les producteurs, un Terminator ne serait pas un Terminator. Ne serait-il pas plutôt temps d'en terminer avec Terminator ?

Crash-test :

22 juin 2009

Télé de m...

Au risque d'en peiner plus d'un, à commencer par moi-même, je dois bien avouer qu'à ma grande honte, et dussé-je pour ça être maudit moi et ma descendance jusqu'à la treizième génération, j'aime bien la pub actuelle de TF1, qui à vrai dire est presque trop maline et trop jolie pour eux, et semble en fait un hymne d'amour pour la télé en général. C'est crétin, mais des films à moitié j'en ai vus étant môme, et non, effectivement, mon père n'est pas vitrier.


20 juin 2009

Primo piatto

Who's that knocking at my door de Martin Scorsese.

La nouvelle vague italo-américaine glandouille à Little Italy. Trois jeunes garçons désœuvrés et immatures roulent des mécaniques et trompent leur ennui dans les bagarres, l'alcool trop fort pour eux et les filles faciles. L'un d'eux, épris de cinéma, se lie avec une vraie jeune fille mais montre peu d'aptitudes pour la psychologie féminine.

Petit plaisir à réserver aux cinéphiles, il s'agit du tout premier long métrage de Scorsese, noir et blanc à gros grain, réalisé à sa sortie de la fac de cinéma de la New York University. Une histoire assez largement autobiographique, qui n'est pas sans rappeler les Vitelloni de Fellini sur le fond, mais dont la forme très nerveuse est assez largement influencée par la nouvelle vague française, et notamment par l'A bout de souffle de Godard. Si l'ensemble peut sembler, et pour cause, un peu scolaire, un peu maniéré et pas toujours pertinent, percent déjà, grâce à un don évident pour la mise en scène, les attitudes et les personnages qui vont caractériser l'œuvre ultérieure de Scorsese.

A noter une petite curiosité : une longue scène de semi-cul chic tournée comme un clip musical tombant comme un cheveu sur la soupe au milieu d'un dialogue, condition imposée par un distributeur spécialisé dans le porno pour financer le film. Ajoutez à ça quelques plans assez sacrilèges dans des églises, je crois que dès ses débuts Scorsese visait l'excommunication.


Crash-test :

18 juin 2009

A voile et à toute vapeur

Après le décret anti cagoules, bientôt la loi anti burqas ? Au beau milieu de la pire crise économique de mémoire d'homme, on voit bien l'urgence qu'il y a à légiférer en matière vestimentaire. Loin de moi l'idée de vouloir défendre au fond le voile, fût-il islamique, que je ne conseillerai pas à ma fille, mais enfin, en dehors des fonctionnaires, et sous couvert de satisfaire dans des conditions normales à un éventuel contrôle d'identité, je ne vois pas bien en quoi ce que portent les gens, cagoules, burqas, tchadors, hiqabs ou mini-jupes, regarde le moins du monde l'Etat.

Je comprends bien que probablement, ce sont en fait dans bien des cas les maris qui ont choisi la garde-robe de leur épouse, ou les pères et oncles celle de leur fille ou nièce, mais s'il faut arrêter chaque passant pour lui demander s'il a choisi librement ses vêtements, on n'est pas sorti de l'auberge. Escamoter quelques voiles disgracieux apportera peut-être un peu de confort visuel dans nos cités à quelques bourgeois et élus, mais ne fera pas disparaître l'islamisme intégriste et le terreau de racisme et de misère sociale sur lequel il prospère. La mise à l'ombre de quelques consommateurs n'a jamais enrayé le trafic de drogue, pas plus que la prohibition n'a fait disparaître l'alcoolisme. Mais la tentation de l'interdiction est si facile, ça dispense de s'attaquer au fond du problème.

Pou pou pidou !

A supposer qu'une telle loi soit constitutionnelle, dans la mesure où elle semble tout de même introduire une inégalité de traitement en fonction des pratiques religieuses, est-ce qu'elle ne va pas aussi empêcher de se déguiser en fantôme pour Halloween ? Les seules femmes sont-elles visées ou la burqa sera-t-elle aussi interdite aux hommes ? Faudra-t-il vérifier ?

Et puis franchement, pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? Il faut aussi pénaliser le port de la soutane, du maillot de l'Olympique lyonnais et des talonnettes, autant d'accessoires vestimentaires qui pourraient eux aussi sembler bafouer les principes républicains, si on se met du point de vue d'un athée stéphanois d'un mètre quatre-vingt quatre.

14 juin 2009

Cantona que l'amour

Looking for Eric de Ken Loach.

Casuistique footballistique et rédemption ectoplasmique. Au fond du trou, Eric le postier de Manchester ne s'en sort plus avec sa vie de merde et ses deux beaux-fils turbulents. L'apparition miraculeuse d'Eric Cantona, ex-demi-dieu d'Old Trafford dont il a invoqué les mânes, va l'aider à retrouver confiance en lui, et à se sortir d'un joli pétrin.

Idée loufoque et un peu casse-gueule que d'associer un ancien footballeur français fantasque qui n'a pas fait beaucoup d'étincelles au cinéma, coproducteur de surcroît, à cette fable prolétarienne typiquement britannique. Et assez curieusement, le numéro d'équilibriste de Ken Loach, entre commentaire social, comédie, drame, hallucination, et philosophie de pelouse, est bien heureusement réussi.

Cantona, double rêvé du héros déconfit (ils partagent le même prénom), intervient avec parcimonie et à-propos, dispensant en continu un flot de ces aphorismes abstrus qui ont fait la gloire littéraire du footballeur, un numéro dont l'autodérision donne un contrepoint bienvenu à l'aura légendaire du personnage. C'est le grand mérite du scénario, qui recycle pourtant images de matches, plus beaux buts, et conférences de presse, de faire de la légende vivante Cantona un instrument non indispensable mais transcendant du récit. Le talent de metteur en scène de Loach revenu au sommet de sa forme fait le reste. Ainsi aidé par son idole, notre postier va renverser la vapeur, remettre de l'ordre dans sa vie, et s'autoriser enfin quelques instants de bonheur.

Magie du football.

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13 juin 2009

L'acné de tous les dangers

Les beaux gosses de Riad Sattouf.

Le manuel des puceaux. Comment se taper des meufs quand on est un ado en pleine éruption hormonale et plus boutonneux qu'une mercerie ? Criants de vérité avec leurs trognes absolument pas possibles, les personnages de Riad Sattouf semblent surgis comme sous son crayon tout droit des pages de ses bandes dessinées, c'est à dire particulièrement gratinés aux petits oignons. Tout le budget effets spéciaux est passé en supplément d'acné.

Exercice difficile, comme l'ont démontré Lauzier, Tronchet, complétez si j'en oublie, quand un auteur de BD se prend pour un cinéaste. Armé d'un sens de l'observation au-dessus de la moyenne, apportant un soin maniaque à chaque détail, Sattouf révèle un talent inattendu pour la mise en scène, et se tire de la gageure avec brio (avec qui ?).

Parmi les petits bémols à mettre à cette incontestable réussite, un son parfois approximatif qui occulte certains dialogues pourtant savoureux, restés coincés dans les appareils orthodontiques des protagonistes, un scénario qui ressemble tout de même davantage à une collection de saynètes qu'à un vrai récit, et, cerise sur le chirini-e-tar, l'apparition furtive mais bruyante de Marjane Satrapi en mégère mal embouchée (merveilleuse composition).

Mais la justesse de l'ensemble est telle et la force comique si irrésistible que le film pourrait vite devenir culte chez les ados. C'est bien simple, à certains moments, je croyais voir, qu'ils me pardonnent, mes neveux sur l'écran.

Crash-test :

12 juin 2009

Benjamine Bouton

Coraline d'Henry Selick.

Conte décousu. Une enfant négligée par ses parents emménage dans une nouvelle maison, où elle découvre un passage secret vers un monde parallèle, miroir du réel si ce n'est que tout le monde, dont les doubles inquiétants de ses parents, a des boutons cousus à la place des yeux. Sous l'apparente séduction de cet univers onirique se cachent en fait prodiges et maléfices dont Coraline va devoir triompher.

Commençons par une petite mise au point : ceci n'est pas un film en 3D, ou alors personne ne m'a prévenu que la 3D ne désignait plus l'animation générée par ordinateur. Si tout d'un coup on s'en sert pour désigner les procédés d'images en relief, la confusion risque d'être totale, comme dans cette interview de Selick dans le Monde où il parle de 3D à tort et à travers... Coraline n'est pas en 3D, c'est une animation en stop-motion (je ne vois pas de terme français plus adapté pour les marionnettes animées) tourné en stéréoscopie, procédé de restitution du relief visible avec lunettes spéciales. Moyennant quoi les distributeurs vont vous taxer de trois euros en sus du prix de votre place pour vous louer une paire de lunettes pendant une heure quarante. Migraine garantie à qui n'a pas 10/10 à chaque œil, pour à peine trois ou quatre plans vraiment impressionnants. Bof.

Pour tout arranger, ma camarade de séance m'a sournoisement attiré à une projection en VF. J'ai donc été privé du plaisir d'entendre Dawn French et Jennifer Saunders, entre autres. Et c'est bien dommage, car la VF contribue à aseptiser ce film qui n'en avait déjà pas besoin. Si les images sont effectivement souvent très belles, récompensant dix-huit mois de tournage minutieux, avec quelques scènes très réussies, notamment l'époustouflant spectacle des deux voisines du dessous, le récit manque singulièrement de ressort. Une fois posé le postulat de départ, il faut attendre la mi-film pour qu'il se passe à moitié quelque chose, et là, tout d'un coup, c'est un embrouillamini de sortilèges auquel il serait vain de chercher une logique.

Moralité : tout ça pour ça... Une histoire un peu à la noix qui semble simplement exhorter les gosses à toujours aimer leurs parents quoi qu'il advienne. Avec un peu de bol, ça fera au moins peur à quelques mômes !

Crash-test :

7 juin 2009

Encore l'aviateur de la porte d'Auteuil

Roland Garros, pour ne pas le nommer. J'ai encore perdu trop de temps devant mon poste, à me faire écorcher les yeux et les oreilles.

Money-time : expression amphigourique inventée à soi tout seul et de toutes pièces par George Eddy le commentateur étasunien du basket sur Canal, et reprise à l'envi par des armées de crétins de journalistes sportifs, persuadés qu'il s'agit d'une expression consacrée au signifiant assez lourd pour clouer les bec aux béotiens, désignant, pour ce que j'ai pu en comprendre, les instants décisifs d'une fin de rencontre. Son emploi est particulièrement mal venu dans le cas du tennis, vu que la durée d'un match n'a strictement aucune influence sur son dénouement, les joueurs ne bataillant jamais contre la montre.

L'amour du risque : ça aussi, les crétins de journalistes sportifs en raffolent. Comme si les sportifs, et en ce cas de figure les tennismen, mettaient perpétuellement leur vie en danger. Le pire c'est quand ces "prises de risque" concernent des attaquants en passe de marquer un point décisif. Ben non, le joueur qui tente un coup impossible pour remporter un set ne risque à proprement parler pas grand chose, si ce n'est de revenir à l'égalité. Celui qui risque quelque chose, c'est le joueur sur la défensive qui se fait réchauffer un cabillaud à l'ananas à trois balles de set contre lui. Là d'accord, à la rigueur.

Balle faute : je ne sais pas si vous avez remarqué ces ravissantes petites animations 3D qui viennent illustrer les points flirtant litigieusement avec les limites du court. Je ne doute pas que le résultat qu'on nous montre soit le produit d'une savante mise en équation graphique de capteurs d'une rigueur toute scientifique. Mais je remarque simplement qu'on nous invite à prendre pour argent comptant ces images totalement fabriquées, autrement dit qu'on nous impose de faire confiance à une machine à la seule raison que c'est une machine, sous-entendu infaillible, contrairement à l'œil humain. C'est d'une stupidité abyssale. Je dois être le seul à imaginer possible qu'on puisse nous servir simplement une animation puisée parmi quelques cas de figure déjà en stock, selon le bon vouloir des arbitres ou du réalisateur du jour. Enfin, tant que Gasquet n'est pas juge de lignes...