13 janvier 2009

2009, année dyonisiaque

C'est au péril de ma vie que je suis allé m'insinuer dans le lacis de l'échangeur A1/périph nord pour prendre ces photos. Il s'agit des bons vœux de la ville de Saint-Denis-de-la-Seine-Saint-Denis, dessinés par Loustal.


J'espère qu'avec cette vision un peu folklorique de la banlieue, Loustal ne va pas offenser les racailles, sinon, il n'y aura plus qu'à le servir en kebab aux maras du Neuf-Trois.


Notez que les stratèges en communication municipale ont estimé avec sagesse que deux lignes d'Helvetica bien gras l'emportaient largement sur une lapidaire ligne manuscrite.

11 janvier 2009

Khmer d'alors

Un barrage contre le pacifique de Rithy Panh.

Du rififi dans les rizières. En 1931 au Cambodge alors colonie française, une veuve tente de survivre avec ses deux enfants ados précoces sur son lopin de terre en bord de mer régulièrement inondé par les marées. La famille se prête à bien des compromissions pour construire un barrage, sauver ses rizières et éviter la ruine. Un tableau qui se voudrait sans concessions de la société coloniale d'alors.

Malheureusement, Rithy Panh, le talentueux documentariste de S-21, la machine de mort Khmère rouge, s'emmêle passablement les baguettes dans la fiction. Quoiqu'à son fait avec le cadre ou le montage, on le sent mal à l'aise avec les dialogues, les comédiens, avec la mise en scène en général. Il n'est pas aidé par les jeunes interprètes, notamment celui du fils qui évolue à l'écran avec le naturel et la grâce d'un catcheur texan. Isabelle Huppert ne semble pas au mieux de sa forme non plus.

Tout sonne faux. Sur le fond, on nous assène avec lourdeur maximes et pensées bien senties sur la colonie. Sur la forme, on ne voit partout que les gros fils qui retiennent des personnages sans âme à leur manipulateur. Les acteurs déclament des vérités surgies de nulle part, et comble de ridicule, doivent parfois s'exprimer tout seuls à voix haute face caméra. Panh s'est imaginé qu'en adaptant un roman, on pouvait glisser leurs pensées dans la bouche des personnages... Je n'ai pas lu Duras mais ça donne pas envie.

Dernière séquence : 2007, la rizière florissante porte le nom de "rizière de la femme blanche"... Moyenne d'âge élevée dans la salle, j'étais sans doute le seul spectateur à être entré sans réduction carte Vermeil. Comme si l'évocation nostalgique des aspects positifs de la colonisation attirait les électeurs de qui vous savez.

Crash-test :

10 janvier 2009

Un café et l'addition !

Une info trouvée dans une gazette gothique concurrente : la Colombie est en état d'insurrection, le peuple se soulève, les combats font rage, et cette fois ce n'est pas à cause d'un quelconque trafic de stupéfiants, ce n'est pas le fait d'une guerilla arboricole. Non, le fautif n'est autre qu'un malheureux strip de bande dessinée, connu en France sous le nom de Grimmy, dessiné par Mike Peters, publié aux Etats-Unis mais "syndiqué" dans de nombreux journaux de par le monde :

- Mmmmh. Du bon café colombien le matin ! - Tu sais, il y a beaucoup de crime organisé en Colombie.
- Et quand ils disent qu'il y a un peu de Juan Valdez dans chaque boîte, c'est peut-être pas une blague.
- Pourquoi tu bois du thé ? - T'occupe !

Sans être à mourir de rire, c'est tout de même un petit peu cocasse, une fois surtout qu'on sait que Juan Valdez est l'espèce de moustachu à poncho que Fédécafé, le collectif des producteurs de café colombiens, a choisi pour emblème, appose sur ses produits, et utilise largement pour ses campagnes de promotion notamment en Amérique du Nord. Autrement dit un personnage assez virtuel, quoiqu'en laisse penser la photo suivante, où on peut l'apercevoir en compagnie de sa mule Ingrid, une bête très en cour.


Eh bien Fédécafé, qui s'est senti "offensé et insulté" de voir le délicieux travail d'honnêtes planteurs associé aux infâmes organisations criminelles, a soulevé le pays entier contre Mike Peters, fait jouer le sentiment national, les enjeux économiques, menace d'un procès à vingt millions de dollars, et a obtenu jusqu'à présent les plates excuses du dessinateur, mais pas encore le retrait du dessin de son site.

C'est encore trop d'égards pour ce gringo impérialiste, probable suppôt de Starbucks. Qu'on le serve en ceviche aux FARC !

6 janvier 2009

Chic planète

Le jour où la Terre s'arrêta de Scott Derrickson.

Rimec inutile. Un extra-terrestre qui a eu le bon goût de prendre forme humaine déboule sur notre planète, nous explique que ce n'est pas la nôtre, et décide que, eh, oh, puisqu'on veut pas le laisser aller causer à l'ONU devant l'assemblée des chefs d'Etat, il va éliminer la race humaine qui n'aura donc que ce qu'elle mérite, vu qu'elle sait pas sauver la Terre elle-même et qu'elle a mauvais fond au fond. Dieu soit loué, l'amour d'un enfant va le faire changer d'avis.

A la menace nucléaire qui terrorisait le monde de l'après-guerre, ce film a substitué l'angoisse environnementale qui l'a peu ou prou remplacée dans notre monde contemporain (alors que je le rappelle les missiles sont toujours là, prêts à décoller...). Ce n'est pas si mal vu. Mais toutes les invraisemblances du sujet, qui passaient pour des paraboles visionnaires dans le film de Robert Wise en 1951, deviennent autant de lourdeurs vaguement écolo new age, sans compter que Derrickson (mais d'où sort-il celui-là ?) rajoute encore d'autres invraisemblances plus invraisemblables encore, avec notamment une séquence prégénérique sans aucun intérêt. Et là où les effets spéciaux et le design des années 50 créaient une image poétique, ne reste que le sempiternel et indigeste gloubiboulga numérique, marque de fabrique d'Hollywood.

Avec ça le môme de l'histoire, interprété par celui de Will Smith dans la vraie vie, est tellement insupportable qu'on a envie de le baffer du début à la fin du film, et qu'on se demande bien ce qui a pu attendrir l'extra-terrestre. Notez que John Cleese s'est commis dans ce film : c'est le jour où Monty Python s'arrêta...

Crash-test :

[NCAP+2.jpg]

4 janvier 2009

La forêt enchantée

Mia et le Migou de Jacques-Rémy Girerd.

L'écologie expliquée à ma fille. Dans une forêt primaire qui a tout de l'Amazone, un chef de chantier se fait ensevelir sous un tunnel suite à de mystérieux accidents. A l'autre bout de la Terre, sa jeune fillette se met en route pour venir à son secours, et croisera celle du vilain promoteur qui veut privatiser ce bout de paradis terrestre, et celle de génies protecteurs bien sympathiques quoiqu'un peu schizophrènes.

L'un des talents de ce film est de mettre à la portée des jeunes enfants un certain nombre de thèmes liés à l'écologie, emballés dans une histoire fort bien ficelée, bien rythmée, mêlant avec bonheur humour et poésie, et parsemée de personnages attachants, sans pour autant verser dans le manichéisme qui entache régulièrement les productions américaines.

Produit du studio Folimage, à Valence dans la Drôme, auquel on doit La prophétie des grenouilles, du même Girerd, voilà un long-métrage qui fait honneur à l'animation française. Les graphismes (dûs à un certain Benoît Chieux) sont magnifiques, l'animation de bonne tenue, la musique efficace, et les voix tout à fait croquignolettes. Au générique : Miou-Miou, Jean-Pierre Coffe, Pierre Richard, Romain Bouteille, excusez du peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Yolande Moreau donne l'accent belge à une sorcière, et Dany Boon un accent ch'ti débridé à un Migou hilarant. A l'heure de la normalisation mondialisée, il fallait oser.

Une fois de plus, j'étais le seul adulte non-accompagné dans la salle. Mais je n'étais pas le gamin le moins émerveillé.

Crash-test :

Allez du coup je signale même le site officiel joliment torché.

3 janvier 2009

En voiture Ramón !

Des années durant, le Dakar est resté inflexible face à ses opposants qui osaient demander un peu de décence à tous ces jet-setteurs motorisés roulant des mécaniques hors de prix sous le nez et par fois sur les pieds des indigènes, s'achetant des indulgences en lançant aux indigents quelques pompes solaires depuis la plate-forme arrière de la voiture-balai. Et miracle, l'an dernier, le Dakar a courageusement plié bagage au premier coup de chevrotine tiré par des bandits de grand chemin se rêvant islamistes, hâtivement auto-labellisés Al Qaida pour se donner une contenance, et qui n'en espéraient pas tant. Peut-être sous la barbe drue du bédouin se cachait-il en fait un des ces opposants aigris qui en veulent au principal sponsor, l'ami de la Terre Total. Quoi qu'il en soit, l'organisateur, Amaury Sport Organisation, la main sur le cœur, mit en avant son souci absolu de sécurité, ce qui ne manquait pas de mil pour une épreuve qui affiche tout de même cinquante morts au compteur. ASO annula l'édition 2008, et décampa pour la pampa.

Ce n'est donc pas pour de bonnes raisons, mais au contraire les pires imaginables, que le Dakar 2009 qui s'élançait aujourd'hui, a délaissé le continent africain, dont vous l'aurez sans doute remarqué il tire malgré tout son nom, pour l'Amérique du Sud. A cette aune là, je propose d'ailleurs de rebaptiser le rallye des Pharaons rallye des Incas, et de faire disputer le rallye de Corse à Rodrigues (qui, au moins, a du cœur...).


Mais le ridicule, lui, ne tue pas, et le "Dakar", donc, semblant revisiter le tracé de l'Aéropostale, décrira une surréaliste boucle de Buenos Aires à Buenos Aires en passant par le Chili. L'occasion de vérifier si l'homme de la pampa, parfois rude, reste toujours courtois au passage des pétaradants chauffards, et si ceux-ci dont la courtoisie n'a pas laissé un souvenir impérissable au Sahel s'accommoderont du code de la route sud-américain avec la même grâce qu'ils écrabouillèrent les petits Mauritaniens.

En tout cas on peut d'ores et déjà gager qu'aucun petit Mauritanien ne sera écrabouillé cette année. C'est déjà ça. A moins bien sûr que, dépité d'être injustement privé de son rallye préféré, un petit Mauritanien ne passe ses vacances dans la pampa. Mais làààà... il l'aura vraiment cherché.

2 janvier 2009

Au fond de la piscine

Secret-défense de Philippe Haïm.

Shawarma cousu de fil blanc. Une jeune étudiante de Langues-O, option arabe, se retrouve embauchée par la DGSE pour une opération d'intox au Liban visant à déjouer un attentat de méchants islamistes à Paris, qui n'ont pas hésité pour leur part à recruter dans une prison française un pauvre jeune délinquant bien blond pour exécuter leurs basses œuvres. Où l'on tente finement de nous démontrer que les méthodes des uns ne sont pas loin de valoir celles des autres. Ah, mais que voulez-vous, ma bonne dame, à la guerre contre le terrorisme comme à la guerre contre le terrorisme.

Malgré certaines qualités de rythme et de mise en scène, le film n'arrive pas à concilier deux intentions un tantinet contradictoires : un scénario, écrit sous le contrôle d'anciens des services, qui se veut réaliste et croit apporter un approche nouvelle et plus crédible des techniques d'espionnage modernes, et d'autre part un style qui privilégie l'action (concédons qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer) et concentre un récit, qui aurait dans la vraie vie pris facilement un à deux ans, en quatre-vingt dix minutes de cascades et de retournements à répétition. Untel manipule unetelle qui croyait manipuler untel qui croyait avoir la situation bien en main alors que pas du tout. Ajoutez quelques clichés aux prises avec quelques contre-clichés sur les musulmans... Pfffou, faudrait savoir, hein !

Gérard Lanvin ne lanvine pas trop et fait sobrement le boulot, Vahina Giocante, que je découvrais, est charmante quoique prisonnière d'un rôle d'héroïne naïve mais désespérément patriote. La bonne surprise de l'interprétation c'est le méchant, Simon Abkarian, habitué aux seconds rôles, et qui s'en tire plutôt bien en islamiste queutard un peu tarte.

Notons enfin quelques dialogues finement ciselés qui ajoutent une touche d'authenticité particulièrement convaincante. Par exemple : "La seule bombe à bord de cet avion, c'est toi." Bon c'est vrai qu'elle est gironde, la Vahina. De là à en faire des brèves de comptoir phénicien...

Crash-test :

22 décembre 2008

Waterworld

Combien de marins, combien de capitaines, combien de cols bleus décolorés vont encore nous casser les oursins avec leur pauvres aventures au bout du monde ? Ah, il avait l'air malin, le Yann (ou l'Yann ?) Eliès, avec son fémur en miettes, dans les cinquantièmes hurlants, à pleurer sa mère et appeler la marine australienne à son secours, que ça les sort un peu, pour une fois qu'ils font un peu autre chose que d'offrir des baptêmes de mer à des loups de Tasmanie.

A chaque hiver, on morigène abondamment tous les skieurs et alpinistes décérébrés qui vont se mettre en danger tout seuls sans que personne leur ait rien demandé, et qui mobilisent à grands frais des pleines cordées de sauveteurs, et des hélicos, et des équipes médicales d'urgence, pour venir les tirer du mauvais pas quand ce n'est pas une crevasse où ils sont allés se fourrer par sottise. Mais pour les navigateurs, alors là, c'est un concert de dithyrambes, un hymne enflammé au courage, qui rententit unanimement dans les médias et chez tous les plaisanciers du Bois de Vincennes. Je fais n'importe quoi, je vais où je veux, en solitaire au milieu d'un désert maritime avec une boîte d'Urgo pour toute assurance, je m'en tape, et en cas de pépin on viendra bien me chercher de toute façon, et gratos, encore ! La croisière s'amuse. Regarde, maman : sans les mains !


Mais Yann Eliès, il aurait obtenu le même résultat en imitant sa grand-mère qui s'est cassé le col du fémur en restant chez elle à regarder Thalassa qu'elle voulait juste aller dans la cuisine s'ouvrir une boîte de Friskies pour se faire Georges Pernoud en ronronnant. Pas besoin de rameuter le ban et l'arrière-ban de la marine australienne, il suffit d'appeler le 15 avec son téléphone à grosses touches.

J'en déduis qu'il doit bien y avoir des moyens plus simples, moins onéreux, et moins tapageurs de se suicider. Comme du Friskies périmé. Et là tu peux toujours l'attendre, la marine australienne.

17 décembre 2008

Brûleurs de Grèce

Lord Byron m'a envoyé cette carte postale de Grèce :


Il m'avait griffonné un petit mot au dos :

'Tis something in the dearth of fame,
Though link'd among a fetter'd race,

To feel at least a patriot's shame,

Even as I sing, suffuse my face;

For what is left the poet here?
For Greeks a blush--for Greece a tear.

Ce qu'on peut résumer ainsi :

Tiens, je me taperais bien un petit ouzo-molotov, moi.