7 mai 2008

Pixar rachète Moulinex

Et Pixar ne rachète pas encore Hobopok Dimanche. Je sais que c'est idiot de faire de la pub, gratuite en plus, mais j'avais été tellement épastrouillé par Ratatouille que je peux pas m'empêcher de montrer ça. Ça doit sortir en juillet en France, et ça a pas l'air dégueu, pour qui aime l'animation, la science-fiction, et les robots à tout faire. Tiens d'ailleurs j'ai qu'à écrire la critique tout de suite comme ça ce sera fait.


6 mai 2008

Hello, le soleil brille brille brille !

To the Kwai and Back de Ronald Searle.

En 1941, l'artiste, jeune couillon de 21 ans frais émoulu des Beaux-arts de Cambridge qui s'était engagé dès septembre 1939 dans l'armée britannique, embarque pour Singapour. Il y parvient après un long voyage via Terre-Neuve et le Cap début 1942, juste à temps pour être fait prisonnier par les Japonais qui ont conquis la péninsule malaise en trois coups de cuiller à riz. Ci-dessous, autoportrait au début de la captivité avec encore pas mal de gras.


Malgré les conditions de plus en plus dures de sa détention, qui l'amènent à participer à la construction du titanesque, meurtrier et en fin de compte inutile chemin de fer Bangkok-Rangoon (le pont de la rivière Kwai, qui contrairement à la légende racontée par le bouquin de Pierre Boulle et popularisée par le film de David Lean, ne sera pas du tout détruit par ses constructeurs), Searle continue tant bien que mal à tenir une sorte de journal dessiné qu'il avait entamé en mer. Il rapportera, après les avoir planqués Dieu sait où, ces dessins qui racontent sa longue déchéance, sa réduction en esclavage, son corps rongé par la faim, les parasites et les maladies.


Tout est du vécu, et ça m'a mis une bonne grande claque dans la gueule. Non pas tant pour les dessins qui pourtant sont loins d'être anodins, mais sont parfois techniquement justes (mais d'où je dis ça moi, ça va pas non ?), un peu pour cause de jeunesse, et beaucoup pour disons un manque de confort dans l'exécution. Mais surtout pour les textes qui les accompagnent, que Searle, artiste adulte reconnu et comblé, a dû écrire au milieu des années 80 pour l'exposition en Angleterre qui a précédé l'édition du livre en 1988.


Aucun misérabilisme en effet alors que les faits racontés laissent clairement entendre souvent le pire, aucun héroïsme non plus, jamais le soldat Searle n'est crédité du moindre acte de bravoure face à l'adversité. Mais tout au long une langue alerte et fine, empreinte de flegme et de distance très british, comme si ce qu'il a subi avec ses camarades décimés au 4/5èmes n'avait pas été plus insoutenable qu'une après-midi sans thé. Et à peine moins d'indulgence pour ses tortionnaires japonais que pour le commandement militaire britannique.



Certains des nombreux dessins reproduits sont amputés d'un large coin : c'est qu'à la fin, les prisonniers vinrent à manquer de papier pour se rouler des cigarettes de vieux foin, et Searle avait commencé à fumer ses précieuses archives.


Finissons avec ces adorables croquis de deux chatons, les deux tiers du repas de Noël 1944.


Searle laisse pudiquement entendre à demi-mot comment il a manqué mourir à mille reprises de mille façons toutes plus inventives, et à la lecture de ce livre, on ne peut s'empêcher de penser que ses dessins eux-mêmes ont dû contribuer pour une part non négligeable à le maintenir en vie.

5 mai 2008

Tex-Mex

La soif du mal d'Orson Welles.

Polar transfrontalier poisseux. Le film démarre avec un plan-séquence, resté un petit peu célèbre, en travelling grue, révolutionnaire pour l'époque, et qui en plus de trois minutes de mise en scène virtuose, survole les rues d'une petite ville frontière en faisant se croiser divers personnages, avec un couple de piétons, Charlton Heston, Janet Leigh, jeunes mariés, dont le baiser sera finalement interrompu par l'explosion programmée d'une voiture.



L'enquête démarre, Orson Welles joue le flic texan un peu raciste aux méthodes expéditives, Marlene Dietrich son ex-amoureuse, sorte de vieille pute envoûtante reconvertie dans le chili con carne envoûtant. Charlton Heston campe un officiel anti-drogue mexicain assez exotique, parlant l'espagnol avec un parfait accent de l'Illinois. Son épouse étasunienne se fait piéger par la mafia chicana. Un sacré guacamole.

Pour avoir déjà vu le film plusieurs fois, je gardais le souvenir d'un chef d'œuvre. Bon, même si c'est assez abouti et souvent brillant techniquement, avec l'image d'une noirceur incroyable, le scénario a un peu de mou dans le genou par moments. On sent bien que Welles préfère l'épaisseur de ses personnages (et dans son cas personnel, ce n'est pas juste une façon de parler) au récit, et il n'a pas entièrement tort bien sûr, mais un peu plus de liant et de tonus dans les dialogues ou le montage n'aurait pas fait de mal.

C'est en hommage au grand Charlton que le Studio Christine ressort cette version restaurée en 1998. Les restaurateurs ont suivi les indications d'un mémo de 58 pages que Welles avait envoyé au studio pour demander des corrections au montage final dont il avait été dépossédé. Faut se mettre à la place des producteurs, aussi, vu ce qu'ils payent, c'est pas pour se laisser emmerder par les artistes.

Crash-test :

4 mai 2008

The Final Touchdown

Jeux de dupes de George Clooney.

Le titre français ne vaut pas, et de beaucoup, le titre anglais Leatherheads, "Têtes en cuir", en référence aux casques des footballeurs américains

Pour sa troisième réalisation, Clooney se penche en effet sur la naissance, dans les années 20, du football américain professionnel, avec un bien bon scénario qui tourne autour de différentes illustrations du thème de l'hypocrisie : hypocrisie des médias prêts à tout pour vendre du papier, hypocrisie d'un vétéran de 14-18 qui n'est pas le héros que l'on croyait, hypocrisie du pouvoir en période de prohibition, hypocrisie dans les rapports amoureux.

Les dialogues claquent, on pense un peu à Billy Wilder, un peu à Woody Allen, mais Clooney réalisateur ne prend jamais la mesure de son sujet et se contente de variations sur l'amitié alcoolisée et la bluette romantique, en faisant l'impasse sur des seconds rôles prometteurs. On est diverti sans être franchement intéressé. Pour paraphraser l'ami de Guy Môquet Bernard Laporte, l'essai n'est pas transformé.

Crash-test :

1 mai 2008

L'amer d'Irlande

Deux jours à tuer de Jean Becker.

Mélodrame ridicule. On va tous mourir. Visitez l'Irlande. Albert Dupontel, en roue libre, est ce cadre dynamique qui à l'avènement de ses quarante-deux ans semble faire une crise d'adolescence terrible et envoie tout péter violemment. Ouais euh, t'façon, mon job il est nul, ma famille elle est nulle, pis ma vie elle est nulle. Dialogues débités au mètre de niaiserie. Un peu ridicule, croit-on alors.

Mais Jean Becker nous mène en bateau. En ferry, très exactement, pour l'Irlande, où notre héros retrouve son père (on l'imagine écrivain planqué là-bas pour éviter l'imposition des droits d'auteur...). Et en fait c'était pas du tout la crise d'adolescence que l'on croyait. C'est autre chose. Mais c'est un peu ridicule quand même. Enfin, du mélo aux ficelles grosses comme les câbles d'amarrage du Cherbourg-Cork... Les meilleurs moments arrivent quand les dialogues s'arrêtent enfin et que le père et le fils se regardent en chiens de faïence.

Je confonds toujours un peu Jean Becker (L'été meurtrier) et son papa Jacques Becker (Casque d'or), mais on finit par douter des gènes cinématographiques du premier. Doute qui nous étreint dès la première scène de confrontation, interminable et clichetonneuse et mal fichue, entre le héros et l'épouse.

Crash-test :

30 avril 2008

AB1

N'entend-on pas régulièrement dans les milieux autorisés du microcosme télévisuel retentir cette clameur comme une incantation aux manes des fondateurs de l'ORTF : mais que devient la célèbre et talentueuse productrice ligérienne Agnès Barge (c'est son vrai nom) ? Est-ce donc parce qu'elle se lance dans la chanson qu'elle a fait appel aux services de désignage du Studio Hobopok, une filiale du groupe Hobopok, pour la pochette de son premier album ? Elle tente en fait, vous l'aurez compris, une reconversion dans la voix-off, et a demandé mon aide pour la pochette de son CD de démo. Aide bien volontiers accordée.


Commençons (voir ci-dessus) par le résultat final. Consensuel, passe-partout, un rien impersonnel si ce n'était pour la trombine sans ambiguïté de l'artiste, mais propre et lisible, ça mange pas de pain, c'est déjà ça.

Le plus rigolo c'est quand même les couvertures auxquelles vous avez échappé (voir ci-dessous). Je cherchais quelque chose qui aurait pu se trouver sur la pochette d'un 33 tours chiné en brocante, d'où le côté Frédéric François / C. Jérôme assumé pour certains. J'aimais la dernière pompée directement d'une pochette de Billie Holiday. Y a pire. Malheureusement, les professionnels de la profession seraient peu sensibles au charme rétro de la variétoche. Dont acte. Peut-être n'écoutent-ils pas assez Bide & Musique. Oui, bon, c'est sûr.


En fait la proposition que je préférais était nettement plus conceptuelle, et avec ça notre voix était certaine de faire taire toutes les concurrentes :


Et après la deadline, insatisfait par la proposition finalement retenue, j'ai continué à marner pour du beurre, pour arriver à la solution suivante, chic et de bon ton, un peu Abba meets Astrud. Regrets éternels.


Quoi qu'il en soit, devant sans doute plus à son brin de voix qu'à mes graphismes arrière-gardistes, ladite Agnès Barge (c'est son vrai nom) a aussi sec décroché un premier job pour commenter un docu sur la 2CV diffusé en juin sur France 5. Comme quoi.

28 avril 2008

Haut-le-cœur des ténèbres

Apocalypse Nerd de Peter Bagge.

Bon là faut prendre son Harrap's, parce que je commente la première édition US. Je sais pas si ça arrivera traduit chez nous ni quand.

Je suis assez fan de Peter Bagge, l'auteur (texte et dessins) du comic book Hate, qui a donné naissance aux recueils de Buddy, son alter ego semi-autobiographique de papier, qui traînait sa glande minable du New Jersey à Seattle, et retour dans sa famille de frappadingues (des traductions pas données chez Rackham). J'ai une particulière tendresse pour lui parce c'est pas le type qui dessine dans le genre joli, qui donne plutôt l'air d'en chier pour pondre chaque case, mais qui a des trucs à raconter. Enfin je me comprends. Et en général c'est pour dire que le monde est frappadingue et que c'est miracle celui qui conserve un semblant de santé mentale et reste en vie.


Cette fois-ci, Bagge fait de la pure fiction. Son point de départ : Seattle et Portland se font nucléariser par la Corée du Nord, et le gouvernement fédéral des Etats-Unis, ainsi que le Canada tout voisin, bouclent la zone où les survivants doivent se démerder pour, euh... eh bien, survivre. Du coup, sous couvert d'analyser la psychologie humaine en temps de crise, Bagge laisse libre cours à sa misanthropie la plus noire, et les massacres vont bon train, non sans, et c'est ce qui laisse songeur, une certaine dose de vraisemblance révélatrice des fondements peu amènes de la société américaine pré-apocalyptique.


Par contre faut pas laisser traîner la boîte de crayons de couleurs et les gouaches à côté de Peter Bagge, parce que ses couleurs pour la couve sont un petit peu hideuses. Je sais pas, un soir d'ivresse, peut-être, il a dit à son Photoshop "Ha ha, mais tu me fais bien rigoler, quand tu veux, je te prends ! Yé souis oune grande artisse". Et puis voilà.

27 avril 2008

Césaire et Rosalie

Mais qu'est-ce tu lis Doudou dis-donc ? Dessin de Colcanopa paru dans une gazette gothique de la capitale et sur l'excellent Rue89. Y en a des qui rigolent, y en a d'autres qui bossent.

26 avril 2008

Ocean's zero

Ca$h d'Eric Besnard.

Emballage bling-bling avec rien dedans. Une arnaque dans une arnaque dans une arnaque dans une arnaque, ou le contraire, on ne sait plus, on s'en fout, c'est nul. L'idée que le réalisateur, Soderbergh de bac à sable, se fait de la mise en scène c'est de faire allumer une cigarette ou boire une coupe de champagne à ses acteurs. François Berléand, mais qu'allait-il faire dans cette galère ? Valeria Golino, mais qu'allait-elle faire dans cette galère ? Ciaran Hinds, mais qu'allait-il faire dans cette galère ? Jean Reno, parfait. On a pitié pour eux tellement il devait être évident dès le tournage au moins qu'ils prêtaient leur nom à une grosse bouse.

Heureusement on finit par rire de bon cœur devant une telle accumulation de situations invraisemblables, de clichés éculés, d'erreurs de continuité flagrantes, de dialogues consternants qui semblent faire honte à ceux qui les profèrent. Ça aurait suffi à convaincre les frères Lumière de se faire plutôt un nom dans la plomberie.

Je laisse une étoile parce que la pellicule est impressionnée et qu'il y a de l'image et du son. Ah je sais, mais c'est tellement bon, parfois, de tirer sur une ambulance.

Crash-test :

25 avril 2008

L'égoût et les couleurs

Sans arme, ni haine, ni violence de Jean-Paul Rouve.

Portrait d'Albert Spaggiari, turluron pathétique en cavale au San Theodoros. Attention : ceci n'est pas un rimec des Egoûts du paradis, de José Giovanni qui relatait par le menu le casse de la Société générale de Nice en 1976, avec Huster dans le rôle de l'égoûtier en chef. C'est une tentative d'explorer la personnalité de Spaggiari qui se raconte dans une longue interview (illustrée, hein).

Sur un sujet en or avec un héros de légende en diamant, le film manque d'ambition, de démesure, de lustre. Comme si le réalisateur Jean-Paul Rouve n'avait pas fait confiance à son interprète principal Rouve Jean-Paul soudain perclus de modestie. Il se contente de rendre une honnête copie, où son personnage pourtant haut en couleurs s'efface curieusement derrière celui sans intérêt de l'homme qui le retrouve pour l'interviewer. Et c'est dommage, parce que cultivant la ressemblance physique avec le mythomane-cambrioleur, la composition de Rouve offre de bons moments.

On pourrait enfin reprocher au scénario de ne pas s'étaler très longuement sur les relations douteuses de Spaggiari, ancien de l'OAS, défendu par un certain avocat du nom de Jacques Peyrat, avec les milieux d'extrême-droite frontiste. J'espère que Christophe Girard va demander l'interdiction du film.

Si je mentionnais chafouinement le San Theodoros, c'est parce que, et d'une, le pays sud-américain où se déroule la moitié du film, parlant l'espagnol avec une sorte d'accent brésilien, n'est pas précisé, et de deux parce que l'uniforme des militaires locaux est pompé directement dans Tintin et les Picaros. Mais Hergé au cinéma...

Crash-test :