13 juin 2008

Les derniers beaux jours de Pompéi

Ne nous sommes-nous pas réjouis un peu vite de l'interdiction de fumer dans tous les lieux publics y compris bars-tabacs et restaurants ? Certes, on peut désormais aller se taper une tête de veau chez Polidor avec son bébé sans craindre de le voir tirer une bonne grosse taffe sur le Monte Cristo de notre voisin de table.

Un paquet de gitanes.

Mais une promenade dans les rues de Paris aux beaux jours révèle que les fumeurs, jamais à court d'idées pour nous pourrir la vie, tiennent visiblement leur revanche. Partout à chaque coin de rue, devant chaque porche, sous chaque auvent, des fumeurs, chaque jour plus nombreux comme le printemps avance vers le solstice, s'agglutinent pour s'adonner à leur vice, et pour peu qu'un peu de brise berce leurs coupables exhalations, distribuent assez généreusement suffisamment de cendres aux quatre vents pour que le moindre passant se voie rapidement recouvert d'une épaisse couche grise plus sûrement qu'un Philippin en goguette sur les pentes du Pinatubo. Au minimum, votre femme vous offrira illico du Pétrole Hahn antipelliculaire.

Printemps à Paris.

Bref, nous étions bien tranquilles dehors, mais ne pouvions pénétrer le moindre bâtiment sans risquer l'asphyxie. Nous sommes désormais bien à l'abri à l'intérieur, mais ne pouvons plus prendre l'air sans risquer tel Pline l'Ancien à Pompéi la pétrification pour la postérité.


Hé man, t'as pas du feu ?

Un conseil aux truands non-fumeurs : braquez la Banque de France pendant la pause cigarette, tous les agents de sécurité en grillent une sous le platane près de l'entrée.

12 juin 2008

Effroyables jardins

Phénomènes de M. Night Shyamalan.

Fable fantastique écolo. Un mal mystérieux, parti des parcs des grandes villes, se répand sur la côte nord-est des Etats-Unis, poussant tous ceux qu'il touche à se suicider illico.

Shyamalan, qui est aussi son propre scénariste, s'est spécialisé dans les films à idée-force, construits en entonnoir vers la résolution finale d'un mystère. Des fois ça marche (Le sixième sens), des fois pas (Incassable). Ici, il a perfectionné le modèle en le simplifiant, avec cette série B efficace et plaisante, dans la lignée des classiques de années 50 ou 60. Le mystère nous tient en haleine, les personnages ont juste l'épaisseur souhaitée pour faire vivre le sujet. Pas de gore, peu de pathos.

L'une des qualités du film, c'est de n'apporter qu'une explication finale assez floue, laissant la porte ouverte à différents degrés d'interprétation. Une autre est de faire partager le désarroi des personnages devant l'incapacité à pouvoir désigner, identifier le mal qui les atteint. Une fois la crise passée, cette incapacité demeure, qui renvoie l'espèce humaine à sa place de simple rouage dans le grand ordonnancement de l'univers, place d'où, nous suggère-t-on sans doute, elle n'aurait jamais dû prétendre sortir.

Crash-test :

10 juin 2008

Le Michel-Ange de la caricature

Exposition Daumier à la Bibliothèque nationale de France (site Richelieu).

J'ai failli passer pour une grosse buse en allant voir cette expo deux jours seulement avant sa date prévue de fermeture. De quoi aurais-je eu l'air alors en chroniquant et en conseillant une expo fermée ? D'une grosse buse, je ne vous le fais pas dire. Heureusement, grâce à son succès mérité, l'exposition est prolongée jusqu'au 29 juin, et ma carrière dans la fauconnerie est remise à plus tard.

Honoré Daumier (1808-1879).

On aime Daumier sculpteur, on adore Daumier peintre, mais il faut vénérer Daumier roi de la caricature de presse, au point qu'on peut se demander s'il n'a pas défini à lui seul ce genre, au fil des quatre mille dessins qu'il réalisa au cours de sa prolifique carrière.

De ces planches lithographiques, la BnF en montre deux-cent vingt, des célèbres, et d'autres plus rarement montrées, ainsi que trois pierres, sélectionnnées avec soin, pour offrir un panorama aussi large et synthétique que possible du talent du bonhomme.

Et pour les buses qu'on aurait malgré tout laissées entrer, le commissaire a eu la bonne idée de rappeler en quoi consiste la technique de la lithographie. En fait je n'avais pas la moindre idée de comment ça marchait. Ou alors je pensais qu'il fallait graver la pierre. Genre au burin. Quelle buse ! En fait, l'artiste dessine au crayon gras, puis une solution acide est passée sur la surface, rendant la pierre poreuse, sauf les zones couvertes de gras. Puis la pierre est mouillée, nettoyée, et enfin et encrée, sauf que les zones mouillées repoussent l'encre. Du coup, seules les zones dessinées au départ retiennent l'encre. Je crois que c'est clair, non ? Un coup de presse, et hop, des centaines, des milliers de tirages ! Et le pékin qui achetait le Charivari pour quelques centimes repartait avec un tirage original de Daumier sous le bras. Une petite fortune aujourd'hui. La belle époque.


La difficulté était qu'il fallait dessiner à l'envers, et en ce qui concerne les lettrages, il est amusant de constater que Daumier s'oublie un peu parfois à merdouiller ses "N", ses "S", quand ce ne sont pas ses propres initiales "hD" qui se retrouvent dans le mauvais sens !


Les planches exposées sont donc soit des pages de journal, soit des épreuves d'imprimerie, appelés des "blancs". Et quelques uns de ces blancs ont été mis en couleurs par des aquarellistes qui en faisaient des modèles, que de petites mains se chargeaient ensuite de copier pour des éditions couleurs, vendues en option pour des recueils reliés.


On ne saurait dire si Daumier a dû son succès à l'excellence de son trait, d'abord appliqué, puis, de plus en plus, aussi libre que précis, ou à la finesse de son esprit, l'acuité de son sens de l'observation, la férocité des jugements qu'ils passait sur ses contemporains, puissants comme sans-grades. Sans doute est-ce surtout la conjonction des deux, dessin et esprit indissociables, qui a permis à Daumier d'élever son métier au rang d'art.


A noter qu'Anastasie l'a envoyé passer six mois de repos bien mérité à la prison de Sainte-Pélagie pour avoir en 1832 publié ce dessin intitulé Gargantua, qui ne flattait guère le bon roi bourgeois Louis-Philippe.


Dernier détail amusant : Daumier se contentait en général de légendes succintes et percutantes. Mais les journaux qui l'employaient utilisaient aussi des légendeurs professionnels, payés à la ligne, qui transformaient le texte en gros pâté indigeste, dévoyant parfois le sens voulu par l'auteur, quand ils ne se chargeaient pas carrément de "corriger" le dessin !


Mes excuses pour la foultitude des illustrations, mais quand on aime, on ne compte pas. Et encore je me suis retenu. On peut en voir davantage en visitant l'expo virtuelle de la BnF.


Je serai complet en mentionnant que l'excellent Totoche m'a pris de vitesse en publiant son avis sur cette expo sur son blog Plan B (D).

9 juin 2008

Tennis Envy

Quelques commentaires d'un spécialiste de la terre archi battue et du revers à demain après quinze jours de Roland Garros, le célèbre numéro un mondial réunionnais.

On s'en doutait un peu que la finale opposerait une fois encore Nadal à Federer, on s'en doutait un peu que Nadal allait gagner encore une fois. On aurait pu s'épargner quinze jours de baballes sous la pluie, mon petit Rafael passez donc à l'accueil du stade lundi, signez là, et vous repartez avec votre trophée, à l'année prochaine, bien le bonjour chez vous. Bilan carbone : 0, pour peu qu'il vienne Porte d'Auteuil en Vélib'. Sauvons la planète.

Et pendant qu'on y est avec Nadal : mais comment un type peut-il se présenter sur un court devant des milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs, certains d'entre eux membres de sa famille, à n'en pas douter, dans des tenues aussi ridicules ? C'est qui son styliste ? Frank Dubosc ? Personne lui dit qu'il y en a même qui rient derrière lui ?

Ibère chic sponsorisé par Pantashop.

Et Federer, pourquoi tout le monde l'appelle Rodjeur ? Il est suisse, nom d'un petit coucou ! Même suisse allemand, on pourrait pas l'appeler Rogé, normal, comme dans "Roger, remets-moi donc un muscadet" ? Ça doit être le syndrome Maïkeul Choumacheur.

Si j'aurais su, j'aurais pas venu.

Quant aux parties féminines, alors là, bonjour le spectacle. Si un téléspectateur arrive au bout du premier jeu sans tomber en catalepsie, qu'il écrive à la rédaction, on lui offre son poids en café serbe. Et vas-y que j'ahane du fond du court, et vas-y que moi aussi j'ahane du fond du court, ben tiens moi aussi je peux encore ahaner du fond du court si je veux, ouais ben qu'est-ce que tu crois ma vieille ? j'ahane encore du fond du court... Rrrrron... Zzzzz... Une page de pub, et on se réveille en sursaut au milieu d'un rêve mouillé, persuadé d'être sur Canal le premier samedi du mois. Avec ça les filles sont payées aussi cher que les mecs, pour rester moitié moins de temps sur le court. C'est vrai que ramené à l'ahanement, c'est pas cher payé.

Enfin quelques perles parmi les commentaires :
• "C'est un tout autre match, cette année". Ah bon, c'est pas une rediffusion, alors ?
• "On assiste à un vrai combat". Comment ?! Il y en a pas un qui laisserait bien gagner l'autre ?
• "Il joue tous les points comme une balle de match". C'est vrai qu'il pourrait s'efforcer d'en perdre, de temps en temps.
• "J'ai l'impression qu'il y a un joueur qui tape quand même plus fort que l'autre". Oh ben attends, ça doit être celui qui prend les petites pilules, là, comment ça s'appelle déjà ?
• "Il se passe quelque chose sur le central". Ben... un match de tennis, non ?
• "Il se donne à 200%". Vous êtes sûr ? Pas plutôt 400% ? 500% ? 972% ? Bon j'arrête là, on va bientôt dépasser le chiffre de l'inflation du Zimbabwe.

Oh la la, Nelson ! Ta moumoute !

8 juin 2008

Pachyderme que ça

Horton de Jimmy Hayward et Steve Martino.

Avec une jolie allitération, le titre anglais précise Horton Hears a Who. Un Who est une créature microscopique qui vit dans un monde un peu moins microscopique contenu dans un grain de poussière à peine moins microscopique posé sur une fleur. Horton l'éléphant, entré en communication avec le maire de Whoville, va devoir sauver ce petit monde de la destruction. Mais les animaux de la jungle le prennent pour un fou, persuadés que les minuscules créatures invisibles n'existent que dans l'esprit dérangé d'Horton. De son côté, dans l'infiniment petit, le maire déjanté doit convaincre ses administrés que la survie de Whoville dépend d'un éléphant géant qui lui parle depuis le ciel. Péripéties, tribulations, tout finit pour le mieux.

C'est pourtant pas niaisou pour deux sous. Au contraire, l'histoire, tirée d'un best-seller de Dr Seuss, réussit le tour de force d'emballer de poésie et de drôlerie un postulat philosophique classique (notre monde serait une particule d'un autre monde infiniment plus grand, et inversement) pour le mettre à la portée des plus petits. Les plus grands ne sont pas lâchés en cours de route, sans pour autant que l'humour ou le message soient à plusieurs niveaux selon l'âge des spectateurs, comme souvent dans les animations US. Et l'inévitable leçon de morale qui s'en dégage ne nous est pas lourdement assénée, mais subtilement amenée.

Dr Seuss, qui est docteur comme moi je suis chanoine de Saint-Jean de Latran, est cet illustrateur mondialement connu aux Etats-Unis, mais presqu'ignoré par chez nous. Difficile alors, dans cette adaptation, de faire la part de ce qui revient à l'œuvre originale ou aux créateurs du film, mais en tout cas on ne boude pas son plaisir, avec une grande qualité d'animation, de beaux designs, des inventions visuelles à tire-larigot, du rythme, de la légèreté (éléphantesque). Le film réussit habilement à faire coexister de façon plausible deux échelles de représentation graphique, ce qui n'était pas gagné d'avance.

Juste la petite chanson qui signale la fin a un côté pop/rock un peu pourrave, alors que la bande-son était plutôt plaisante jusque là. A part ça, Horton ne se trompe pas énormément.

Crash-test :

7 juin 2008

100% bio

The autobiography of me two free de Guillaume Bouzard.

Quel dommage que Bouzard cause anglais comme une chèvre niortaise, car il a sous-titré son livre like a bird, là où chacun connaît l'expression (et accessoirement la chanson débile des Beatles morts) free as a bird. Que quelqu'un lui offre un abonnement à Vocable, et que ça saute !

Et pour pas rattraper ça, le texte de l'album est rempli de fautes de français aussi grossières qu'inexcusables, genre un article au singulier avec un "s", fautes d'accord, de conjugaison, en veux-tu en voilà. Le pompon étant remporté par la quatrième de couve (bon, on veut bien croire que Bouzard n'y est pour rien) qui affiche fièrement le prix : 16 euro. Eh bien chers amis Requins marteaux (les éditeurs) sachez que quand les euros sont aussi nombreux que seize à la fois, on peut croire qu'ils sont plusieurs, autant dire au pluriel, ça prend un "s". Bon sang de bois, vous aviez quand même pas merdé sur les deux premiers tomes, qu'est-ce qui vous a pris ? Vous ne guignez donc plus le grand prix de l'Académie française ?

Bon j'en fais des tonnes, c'est vrai, mais ça me soûle un peu toute cette bande dessinée contemporaine qui croit pouvoir s'affranchir d'un minimum de rigueur linguistique. Parce qu'en attendant, les fautes de français chez Hergé, on les cherche encore. Mais les petits savetiers comme ça avec l'amour du travail bien fait, y en a même plus chez Jean-Pierre Pernaut.

Ne seraient-ce ces légères imperfections, Bouzard serait pourtant le meilleur dessinateur de BD du monde.


Je veux dire par là que l'album est quand même sacrément fendard : autant si ce n'est plus encore que les deux tomes précédents. Il faut comprendre qu'en fait d'autobiographie, Bouzard se moque gentiment du genre comme de lui même en romançant assez largement sa vie dans le sud Deux-Sèvres. Ses dialogues avec son chien Flopi, peste en baskets qui dort dans la brouette, occupent près de la moitié de l'album, et c'est pas volé tant c'est irrésistible. Heureusement que j'ai pas lu le livre dans le RER du retour car j'aurais pleuré de rire sur tout le compartiment.


Bref, les délires bucoliques d'un dessinateur de BD qui a choisi la rude vie des champs. Un peu comme Larcenet. Mais très drôle.

6 juin 2008

Ex Libris

Clément Oubrerie
Aya 3

Jean-Yves Ferri
De Gaulle à la plage

4 juin 2008

Fouilla beauseigne !

Vois-tu moi le comme il vient de loin : le Gaga Masqué, et son parler gaga incompréhensible à plus de cinquante kilomètres du puits Couriot ! Ce super héros franc ébravagé s'est promené en brogeant dans les pages du journal municipal Vivre à Saint-Etienne à l'époque du maire communiste Joseph Sanguedolce, entre 1980 et 1982.


Dessiné par un certain Jean Noël, sa carrière météoritique au-dessus des crassiers foréziens fut brutalement interrompue par l'élection de François Dubanchet à la mairie, lequel ne nourrissait d'affection particulière ni pour la BD ni pour les anciens mineurs avec des capes et des collants.

C'est l'envoyée spéciale permanente de notre rédaction à Sainté qui après moult recherches a pu retrouver la trace du Gaga Masqué. Malheureusement, les grosses reliures des collections du magazine aux archives municipales ne permettent pas de faire des reproductions de qualité. Merci de nous faire parvenir toute information sur cette série, son auteur, ou des exemplaires des strips plus facilement accessibles.

Cliquez sur les planches pour les voir en plus grand.

2 juin 2008

De la bombe

Barefoot Gen, de Keiji Nakazawa.

En français Gen d'Hiroshima, chez Vertige Graphic. Reçu dans la boîte aux lettres cette semaine le tome 6. Pour une fois, si je le lis en anglais, ce n'est pas par snobisme, d'autant que l'édition n'est pas terrible, mais primo parce que j'avais acheté le premier volume voilà vingt ans dans la très belle édition Penguin (voir couve ci-dessous), et secundo parce l'édition française est imprimée à l'envers (c'est à dire de droite à gauche, dans le sens japonais) et qu'il faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards laqués.

Je reste personnellement hermétique au manga, en général, mais là, ça vaut vraiment la peine de se faire violence.

Keiji Nakazawa dans les années 70.

Barefoot Gen raconte sans avarice de détails la vie d'une famille japonaise d'Hiroshima, quelques semaines avant le 6 août 1945, et de ce qui reste de cette famille dans les années qui suivent la tragédie.

Sur le plan graphique, ça ne casse pas des briques, ça n'est à l'évidence pas le mieux dessiné des mangas, comme si Nakazawa se contentait de sacrifier aux codes les plus éculés du genre, piquant même probablement poses et expressions à ses collègues plus talentueux.

Sur le plan du scénario, c'est une toute autre limonade. C'est le travail d'une vie, celui d'un survivant d'Hiroshima qui a réussi à mixer son expérience personnelle aux récits collectés auprès d'autres survivants pour en tirer un récit d'une force exceptionnelle, d'une émotion sans tricherie, et sans parti pris ni a priori politique, dénonçant en vrac les militaires japonais, l'empereur lui-même, les occupants américains et leur épouvantable Commission des victimes de la bombe atomique, les paysans spéculateurs, les yakusas sans scrupules (quel avenir aurait d'ailleurs un yakusa avec scrupules ?) et les va-t-en-guerre d'avant-guerre transformés comme par magie en démocrates pro-américains après guerre.

La crise exceptionnelle causée par la bombe atomique, l'effondrement moral et social consécutif à la défaite, révèlent les pires bassesses de l'humanité tout en provoquant les plus beaux élans de noblesse et de générosité. Avec au cœur du récit une chronique familiale faite de tragédie, de mort et d'espoir comme il ne doit pas y en avoir beaucoup sur cette planète, ça prend aux tripes comme peu de livres.


Dans le tome 1.

Dans le tome 2.


Dans le tome 5.

Profitons-en pour rendre une nouvelle fois hommage au président Chirac, l'ami des sumos, qui en 1995 avait choisi avec la délicatesse qui le caractérise de célébrer les cinquante ans d'Hiroshima en appuyant sur le champignon nucléaire. Banzai !

1 juin 2008

J'ai retrouvé les gazelles

Mais qui achète encore des CDs ? Ben, moi, ça m'arrive, pour dégoter cet album introuvable, Zulu Rock, de Lizzy Mercier Descloux qui a bercé mes jeunes années sous les tropiques. Trois ans avant Paul Simon et son Graceland, à une époque où ça n'est ni très la mode ni surtout très bien vu, mais peut-être plutôt un chouïa dangereux, la punkette parisienne Martine-Elisabeth alias Lizzy débarque à Johannesbourg et bien vite à Soweto pour s'immerger des pieds à la tête dans la culture musicale sudaf.

Sur place, elle enregistre avec des musiciens du cru cet album en 1983, qui sera achevé à Londres l'année suivante. Avec fraîcheur, innocence, et un aplomb remarquable, elle y réinterprète, en anglais et en français, des tubes des styles populaires du jive et du mbaqanga, et crée le célébrissime Mais où sont passées les gazelles ? Enorme hit en France, et un boulevard ouvert pour les Mahotella Queens qui avec la version en zoulou, Kazet, deviendront des stars jusque par chez nous.


Et Mercier Descloux (prononcer son nom sans glousser est déjà une gageure) n'hésite pas à composer dans la même veine. Bref, un album-culte, si le mot n'était pas si galvaudé, et qui a été réédité en CD en 2006 par une petite boîte, ZE Records, à... Rio de Janeiro. Signalons enfin que c'est pas la peine de réserver ses places pour le prochain concert de Lizzy, vu qu'elle a quitté cette terre en 2004.




Le son est un peu souffreteux, mais ça le fait, comme disent les djeun's.