12 mars 2009

The Slim Lebowski*

L'heure est venue de mettre un peu les pieds dans le plat. L'écran plat. A l'aube du XXIème siècle, la télévision grand écran 16:9 est devenu le nouvel horizon de la haute technologie de masse, un signe extérieur de richesse d'intérieur plus convaincant encore qu'une montre de prix, qu'on porterait volontiers à son poignet avant la cinquantaine ne serait l'encombrement bi-dimensionnel résiduel. Et si la platitude revendiquée de l'objet ne fait pas débat, la généralisation du format 16:9 a provoqué un beau foutoir dans la diffusion.

Passons sur certaines personnes âgées de ma connaissance qui regardent la coupe de France de football, diffusée sur France 3, toujours en 4:3, en zoomant au maximum de la capacité d'affichage de leur écran, préférant voir vingt-deux petits gros courir sans ballon (hors champ) plutôt que de perdre un seul pixel de leur fabuleuse dalle 16:9. Passons sur les chaînes elles-mêmes qui semblent n'avoir pas encore choisi très franchement entre les deux formats de diffusion, avec des grilles qui comptent encore des émissions en 4:3 et d'autres en 16:9, et jusqu'au sein d'une même émission, produite dans un format mais incluant des images tournées dans l'autre, c'est le palais des glaces à la foire du Trône, avec succession de petits râblés et de grands échalas, Patapoufs ou Filifers équitablement méconnaissables. Passons enfin sur les matériels vendus qui, profitant peut-être de la confusion des utilisateurs, semblent parfois incapables de reconnaître automatiquement un format d'image et s'obstinent à déformer, rogner, recadrer, décaler, des images devenues totalement hors de contrôle de leurs destinataires.

Deux grands minces qui lancent des ballons de rugby sur des allumettes.

Le plus grave, c'est qu'avec tout ça, j'ai failli me fâcher avec mon meilleur ami, un garçon pourtant sensé, doté d'un diplôme impressionnant sanctionnant de longues études dans le domaine des nouvelles technologies, et qui m'avait assis dans son canapé pour regarder The Big Lebowski des frères Cohen sur son grand écran 16:9. Comme je lui faisais remarquer que Jeff Bridges me paraissait nettement plus mince que dans mon souvenir, et lui demandais s'il était possible d'ajuster l'image au format prévu pour sa diffusion, il éleva franchement le ton, genre vu le prix qu'il a payé son bidule, le bidule doit bien savoir ce qu'il fait, et si ça te plaît pas, t'as qu'à gna gna gna... etc... Je l'ai bouclée, préférant conserver son irremplaçable amitié, et j'ai regardé John Goodman transformé en basketteur.

Il est très curieux d'observer comment ce qu'on nous présente comme un progrès technologique, le 16:9, et son corollaire, la diffusion en numérique, aboutit en pratique à une chute brutale de la qualité de l'image télévisuelle pour la plupart des gens. On accepte de regarder une image déformée sans sourciller, alors que si le son était distordu dans les mêmes proportions on grimperait aux rideaux.

*Lebowski le mince

11 mars 2009

Leçon cinématographique sur l'oviculture pour profit glorieuse nation Kazakhstan

Tulpan de Sergei Dvortsevoy.

Un mouton, deux moutons, trois moutons... Un berger kazakh, démobilisé de la marine russe, rejoint sa steppe natale, voudrait se marier pour avoir ses moutons à lui. Voilà, je crois que j'ai à peu près tout résumé de ce puissant soporifique élaboré en Asie centrale.

Notez bien que vu que je me suis endormi en sursaut à mi-film, j'ai peut-être raté la scène où les extra-terrestres débarquent dans la yourte, enlèvent le chameau, rasent Almaty, sont pris en chasse lors d'une course-poursuite effrénée ponctuée de violentes fusillades, qui se termine par une spectaculaire cascade d'explosions, avant que le héros n'offre un cocktail secoué et non remué à la ravissante espionne. On ne saura jamais, car quand je suis revenu à moi, le berger pratiquait un interminable bouche-à-bouche sur un agneau nouveau-né, et on n'a toujours pas aperçu jusqu'à la bienvenue fin de la dernière bobine la moindre trace de la jeune fille qui a donné son nom à ce film surréalistement post-soviétique.

Bref, c'est le Kazakhstan selon Borat mais pour de vrai.

Crash-test :

10 mars 2009

Bande dessinée amère

Bitterkomix de Conrad Botes, Joe Dog et Lorcan White.

Ah, voilà, ça faisait longtemps aussi qu'on avait plus parlé de BD sud-africaine ici. En fait ce livre est sorti quasi simultanément avec le Rats et chiens de Conrad Botes, peu ou prou au moment du festival d'Angoulême, mais vu l'épaisseur du machin, il m'a fallu un peu plus de temps pour tout digérer. Il s'agit en 250 pages d'un résumé de seize années de petimiquets par les deux compères Joe Dog et Conrad Botes, fondateurs de la revue d'avant-garde dessinée Bitterkomix, enfin traduits tant bien que mal en français (petite perfidie à mon usage personnel). Pour l'anecdote, on trouve aussi quelques planches de Lorcan White, frère de Joe Dog (je rassure tout le monde, il s'agit bien sûr de pseudos), qui il faut bien le dire ne présentent, elles, pas grand intérêt.

Joe Dog.

Pour le reste il faut saluer le remarquable travail de compilation effectué par Jean-Christophe Menu, de l'Association, qui pour sa peine vous demandera de débourser la modique somme de trente-quatre euros. Ah ben oui, mais bon. C'est qu'avec ce bouquin, qui réussit en plus à ne pas doublonner avec le Big Bad Bitterkomix Handbook publié en Afrique du Sud, aux intentions similaires, on en prend plein les mirettes. Menu a mis l'accent sur les productions de bande dessinée proprement dite, publiant quantité de récits complets en pleine page. Mais on trouve aussi un aperçu de travaux graphiques divers, de réalisations en tant qu'artistes "de galerie", et bien sûr des extraits des carnets de croquis des deux gaillards. Regrettons au passage que les œuvres soient présentées dans un certain désordre chronologique, et pas toujours datées d'ailleurs.

Conrad Botes.

Pour quiconque s'intéresse de près ou de loin à l'Afrique du Sud, ce livre paraîtra à la fois comme une merveilleuse introduction à la culture du pays, et comme un résumé saisissant de son histoire récente. Car la performance graphique est toujours au service d'un propos intrinsèquement politique.

Joe Dog.

La limite de l'ouvrage se trouve paradoxalement dans sa foisonnante richesse iconographique (on s'autorisera à faire l'impasse sur les textes un peu trop longs un peu barbants et qui finissent par paraphraser les œuvres présentées). Si bien sûr le principal intérêt du bouquin est bien d'y trouver rassemblée une foule de créations de deux artistes, à la fois très différents et très proches, comme les deux faces d'une même médaille, et de les voir dialoguer, il faut reconnaître que cette somme ambitieuse et presque exhaustive coupe un peu l'herbe sous le pied de quiconque voudrait rassembler à part les BD de Joe Dog, ou celles de Conrad Botes, ou les carnets de croquis, ce qui aurait sa propre cohérence. Mais bon je fantasme un peu aussi, je suis pas encore éditeur non plus.

Conrad Botes.

Plus qu'une somme, il s'agit plutôt d'un passionnant rapport d'étape, car pendant ce temps, de l'autre côté de la planète, Bitterkomix continue.

Conrad Botes.

Supplément gratuit

Deux toiles de Joe Dog et Brett Murray (artiste sud-africain sympathisant de Bitterkomix) qui offrent une vision décalée de la "nouvelle Afrique du Sud".

J'adore la classe moyenne blanche, avec leurs valeurs et tout.

Yo... putains d'enculés de Blancs... j'vais m'éclater avec mes cousins et mes cousines renois dans les putains de ghettos !

9 mars 2009

La vie en rose

Harvey Milk de Gus Van Sant.

Hagiographique biopic épique (et colégram). Les huit dernières années de la vie d'Harvey Milk (d'où le titre), militant de la cause homosexuelle aux Etats-Unis à la fin des années 70, premier politicien ouvertement gay à être élu à une fonction officielle, en l'occurence conseiller municipal de San Francisco. Ce qui lui vaudra d'être assassiné, en compagnie du maire, par un rival politique que le film soupçonne clairement d'arrières-pensées sexuelles.

Attention : rôle à Oscar® ! C'est typiquement le genre de sujet politiquement correct larmoyant dont raffole la Turnip® Academy, et d'ailleurs, ça n'a pas manqué, Sean Penn a eu son Oscar®. Non pas que sa prestation soit le moins du monde en cause, mais c'est juste que le néo-conformisme d'Hollywood fait peine, et qu'on préféra voir le Sean prendre une décoration de cheminée pour son rôle autrement plus ambigu dans le Mystic River d'Eastwood.

Van Sant ne s'est pas trop cassé en se conformant lui aussi aux règles du genre, avec chronologie parfaitement respectée, à un tout petit flash-back près, usant et abusant des images d'archives, et cédant à un didactisme bien senti pour nous faire partager la peine des malheureux homosexuels opprimés, ne nous épargnant ni le cliché du jeune ado mal dans sa peau au bord du suicide, ni celui du sémillant pompier père de famille honteusement refoulé, et je passe sur la folle tordue au cœur brisé, et la gouine dynamique qui va remettre de l'ordre dans tout ça. On a même droit à une fiche mémo post-générique pour nous donner des nouvelles de chaque vrai personnage dans la vraie vie.

Assez convenu donc, le film a tout de même quelque mérite. Celui de rappeler que les droits de l'homme ne sont décidément pas une évidence pour tout le monde à toutes les époques, et qu'ils ne tombent pas tout cuits dans la paume des mains. Et corollairement, il met surtout l'accent sur la nature et la force d'un engagement profondément politique, et ses implications dans la société étasunienne. Mis à part un peu de folkore gay en toile de fond, et la performance (excusez mon franglais) d'acteur, c'est même là le principal intérêt : analyser les rouages de l'action politique, démontrer comment les homosexuels, pour se faire entendre et faire respecter leurs droits (qui sont ceux de tout le monde), ont dû se constituer en groupe de pression, dans une société communautariste qui les abhorrait individuellement mais pouvait à l'extrême rigueur consentir à leur accorder des concessions en tant qu'ethnie minoritaire.

Réflexion intéressante. Pas sûr que le modèle soit exportable en l'état. Chez nous on en est encore à beurrer des biscottes.

Crash-test :

8 mars 2009

La journée de la fmeuh

En attendant la journée internationale du Michel...

7 mars 2009

La nuit des crash-test Dummies® 2009

C'est en enfilant mon smoking pour me rendre à la cérémonie de remise des prix, la raie bien peignée, les dessous de bras sentant bon le sent-bon aux phéromones, que je me suis aperçu qu'en lançant cette énorme machinerie doublée d'une aventureuse folie qu'est la nuit des crash-test Dummies®, j'avais omis de définir un critère important, à savoir l'heure de clôture du scrutin à la date dite. Déjà qu'on avait pas le choix dans la date, comme disait DSK...

Or donc, reprenant mes esprits troublés par le cocktail de bienvenue dans cette bâtisse historique du vieux Bourget où se pressent déjà les célébrités du monde entier et les créatures les plus inaccessibles, j'ai décidé en mon âme et conscience de clore le vote à l'heure où j'écris ces lignes, et puis c'est tout, je vais pas aussi refaire les comptes toutes les cinq bon Dieu de minutes.

Je m'avance maintenant sur la scène, une somptueuse actrice aux mensurations issues d'un manuel d'alpinisme et dont le nom m'échappe mais qui a pris soin de marquer son numéro de téléphone au rouge à lèvres sur le miroir de ma loge glisse l'enveloppe entre mes mains tremblantes d'émotion mal contenue... Et le gagnant est...

Alors ? Alors ?

Mais permettez-moi d'abord de revenir quelques instants sur cette audacieuse initiative que constitue la remise du Dummy® d'or au meilleur film de l'année écoulée tel que l'entendent les lecteurs de votre cyber gazette gothique favorite, et qui a rencontré un écho assourdissant. Vingt quatre films avaient été retenus en compétition, ce qui pour soixante-sept films vus, traduit tout de même un ratio de films potables somme toute assez intéressant. Il est vrai que vacciné par quelques expériences malheureuses, je me tiens à l'écart des productions Luc Besson et des navets répertoriés vénéneux, ça aide forcément. Remarquons aussi la présence en finale de huit films français, comme quoi. Et pour le reste pas que de l'américain, mais aussi du belge, de l'italien, de l'israélien, et même de l'argentin. Conclusion : rien de tel que de chercher à élargir son horizon cinématographique.

Je vous donne encore mon trio personnel (qui n'est pas entré en ligne de compte dans les délibérations du jury) pour lequel j'ai choisi de ne pas me déjuger, restant fidèle à mes impressions de sortie de salle :
1. Wall-E
2. Agnus Dei
3. Burn After Reading
J'ai bien conscience que le petit film argentin n'a pas été aussi largement distribué qu'il le méritait, restant hors de portée de certains lecteurs isolés dans des contrées presque ignorées, mais j'encourage vivement quiconque en a l'occasion à le voir séance tenante.

Voilà, on me fait signe qu'on dépasse déjà l'horaire et qu'il va bientôt falloir rendre l'antenne. Qui sera donc le premier Dummy® d'or de la première nuit des crash-test Dummies® ? Je déplie le papier, et le gagnant est :

A bord du Darjeeling Limited
de Wes Anderson.

Pour faire simple et parce qu'on va pas y passer la nuit, le film remporte aussi le Dummy® du meilleur réalisateur, du meilleur montage, du meilleur cascadeur, du meilleur perchman, du meilleur catering, du meilleur maquillage d'élans, et des meillleures assurances complémentaires. Et tant pis pour la première dauphine, Valse avec Bachir, pour la deuxième dauphine, Wall-E, et pour les accessits attribués en vrac à Burn After Reading, Gran Torino, et Séraphine.

Je vous quitte, une limousine m'attend avec le champagne au frais, qui doit me conduire sous escorte hurlante à l'aéroport du Bourget où le jet privé de Bill Murray est à ma disposition. Je dois passer le week-end dans l'Himalaya avec Anjelica Huston.

6 mars 2009

Crime et châtiment

Boy A de John Crowley.

Graine de violence. En Angleterre contemporaine, un jeune adulte encore post-adolescent sort d'un long séjour en prison, sous surveillance d'un éducateur. Il est relocalisé dans une nouvelle ville, sous une nouvelle identité, avec un nouveau boulot, et démarre une nouvelle vie. Quel crime a donc commis ce jeune homme, au demeurant charmant, qui justifie un tel luxe de précautions ? Son passé de meurtrier juvénile va le rattraper inexorablement. Le titre un peu abscons de prime abord fait référence à la désignation juridique des criminels mineurs dont l'anonymat est protégé dans les procédures.

Le scénario est tiré d'un bouquin lui-même inspiré d'un fait-divers qui avait frappé l'Angleterre il y a quelques années : deux gamins d'une dizaine d'années à peine avaient tué sauvagement un petit de deux ans. Des années après, à la libération des jeunes meurtriers, la soif de vengeance de leurs voisins de leur quartier de Liverpool, excitée par les tabloïds, était encore intacte. Crowley développe ce fait-divers pour brasser pas mal de thèmes fondamentaux : la culpabilité, bien sûr, le pardon, le droit à l'oubli, la filiation, et en profite aussi pour égratigner la société médiatique. Tout au long du film, des flash-backs vont révéler peu à peu l'effrayant passé infantile du héros, éclairant d'une lumière de plus en plus crue et de plus en plus insoutenable son présent si chaotique.

Comme on le voit, le sujet n'est pas à mourir de rire, et pourtant le film parvient à traiter l'ensemble avec une quasi légèreté, une grâce infinie, servi par l'élégance blafarde d'une photo exceptionnelle. Le soin apporté aux cadres trahit une intelligence de l'image au-dessus de la moyenne : Crowley (et peut-être aussi un peu son dirphot') sait tirer le meilleur parti graphique de ses décors et de ses lumières pour construire des plans intelligents entièrement motivés par la narration. C'est bien le moins au cinéma, me dira-t-on, mais ce n'est finalement pas si courant que ça. On finit par être pris d'empathie pour le malheureux gamin, sans savoir au fond s'il faut davantage le blâmer ou le plaindre. Et le film ne tranche pas tout à fait non plus, n'impose pas de point de vue moral, ce qui vu le thème est assez fort.

Pour parfaire cette bonne petite claque dans la gueule, remarquons encore l'interprétation par une brochette d'acteurs britanniques inconnus par chez nous, tous épatants, à moins que ce ne soit encore une qualité à porter au crédit du réalisateur d'avoir su obtenir le meilleur de ses interprètes.

Le cinéma anglais ne nous sort pas souvent des perles, mais là, on a un sérieux candidat pour le Dummy® d'or 2010. On voit que les petites graines semées par le Ken Loach des débuts, avant qu'il ne devienne balourd, dogmatique et didactique, donnent des germes tout à fait prometteurs. Produit en 2007, Boy A a reçu pas mal de prix dans des festivals l'an dernier, notamment celui du film britannique de Dinard, mais ne sort que maintenant en France. Il était temps.

Crash-test :

2 mars 2009

Atlantropa : dingo nostrum

C'est à la lecture de cet excellent ouvrage, L'atlas des atlas, co-édité par Courrier international et Arthaud, une éclairante compilation de points de vue cartographiques à géométrie variable sur notre monde, que j'ai fait une découverte qui stupéfiera historiens, géographes et autres collectionneurs d'atlas non-avertis : l'existence d'un projet tout à fait dément proposé le plus sérieusement du monde à la fin des années 20, Atlantropa.


Dans un esprit à la fois scientiste, humaniste (hum...) et pacifiste qui irriguait certains milieux intellectuels au lendemain de la première guerre mondiale, l'architecte allemand Herman Sörgel, passé par le Bauhaus, conçut une idée à la fois simple et belle, qui n'avait à ses yeux que des avantages : l'abaissement du niveau de la mer Méditerranée grâce à un ensemble de barrages gigantesques. Le gain de nouvelles terres ainsi dégagées devait permettre au vieux continent de trouver de nouveaux espaces de développement, lancer de nouveaux projets urbains propres à unifier pacifiquement les peuples qui venaient de s'entretuer si joyeusement, et de les unir aux nègres du continent d'en face, pour le plus grand bien de ces derniers, qui auraient eu le plaisir de voir passer sur leur savane l'express Berlin-Le Cap.


Sörgel, qui publia ses premières théories sur le sujet en 1928, gagna à sa cause de nombreux scientifiques, ingénieurs, et industriels, qui planchèrent sur les détails, dessinant des modèles de barrages, de canaux, de villes nouvelles, maintenant l'utopie en vie pratiquement jusqu'à la disparition de son initiateur en 1952. La Méditerranée, séparée de l'Atlantique par un barrage à Gibraltar, devait ainsi être coupée en deux bassins séparés par deux autres gigantesques retenues entre la Calabre, la Sicile et la Tunisie, et fermée à l'est par un dernier barrage sur les Dardanelles. Sörgel prévoyait d'abaisser le bassin occidental de 100m, et le bassin oriental de 200m. Les barrages devaient être couplés à de gigantesques usines hydroélectriques qui auraient apporté la lumière, la paix, et les bienfaits de la civilisation sur les deux rives de l'étang. Les vieux ports historiques désormais enclavés, comme Venise, auraient été maintenus les pieds dans l'eau grâce à des bassins artificiels et reliés à la nouvelle côte par des canaux. Accessoirement, d'autres barrages devaient être construits en Afrique sur les cours du Congo et de l'Oubangui, noyant des pays entiers sous les eaux de retenue, pour rétablir une sorte d'équilibre hydrique avec les nouvelle terres méditerranéennes, et permettre l'irrigation du Sahara.


Bon, ben je crois que là, Sörgel avait bien bien fait le tour de la question et apporté des solutions sans failles à tous les problèmes qui se posaient. On ne voit vraiment pas ce qui aurait pu foirer ! Jésus Marie Joseph ! C'est sûr que c'est facile de rigoler aujourd'hui, quand on a pu observer de visu les catastrophes hallucinantes engendrées par des modifications hydrologiques comparativement bénignes qui ont eu lieu sur le Jourdain ou l'Amou Daria, avec leur conséquences sur la mer Morte ou la mer d'Aral. Mais évidemment l'écologie passait alors loin derrière les considérations économiques et sociales, dans la recherche d'un homme nouveau qui devait ici ou là provoquer les plus grandes tragédies, toujours pour le plus grand bien de l'humanité.


Durant l'épisode hitlérien en Allemagne, Sörgel crut dans un premier temps pouvoir gagner à sa cause des gens aussi entreprenants, volontaristes, et somme toute prometteurs, que les nazis. Mais ceux-ci finirent par se lasser de ses élucubrations pacifistes, peu en adéquation avec leurs propres théories sur l'espace vital et leur vision, disons plus conflictuelle, des rapports humains. Sörgel fut aimablement prié de la boucler à partir de 1942.

Le tout-puissant dans son infinie miséricorde réserva au malheureux Sörgel une fin tout aussi absurde que ses projets avaient pu sembler, puisqu'une voiture le renversa alors qu'il se rendait à vélo à son boulot à l'université, ladite voiture disparaissant sans laisser de traces. Heureusement pour nous, Atlantropa a laissé des traces cartographiques passionnantes.

1 mars 2009

Rionze un peu

Notre envoyé spécial permanent à Sorbiers (Loire) me prie d'insérer ici cette vidéo, qui ne fera rire (et pas à gorge déployée encore) qu'une poignée d'ahuris imbibés de bière ayant largement passé l'âge de courir en culottes courtes sur des terrains gazonnés et ayant fait allemand première langue dont je me flatte de faire partie.