21 février 2008

Gutenberg 2.0

Un grand article du Monde (une publication gothique concurrente) de ce soir est consacré au Kindle, le livre électronique d'Amazon. Un objet assez étonnant, qui pourrait préfigurer certaines évolutions dans notre façon de consommer de l'écrit (ce que mine de rien, vous êtes en train de faire en ce moment même).

Ce n'est pas le premier livre électronique, mais c'est le premier qui, sans passer par un ordinateur, sans wifi, communique directement avec le catalogue des éditeurs par réseau de téléphonie mobile haut débit. Un objet aussi bien foutu peut nous amener à reconsidérer notre relation à l'écrit, et mieux distinguer contenant et contenu. Rien n'oblige le contenu d'un livre, la matière grise, à être prisonnier du contenant, le papier, pour les siècles des siècles, pas plus que la musique n'est restée cantonnée à des rouleaux de cire.

Pour un chaud partisan du papier comme moi, ça commence à faire réfléchir. Le livre papier qui doit avoir, à la louche, dans les trois ou quatre mille ans, risque de prendre un sacré coup de vieux, et avec lui tout ceux qui ont ricané d'aise à la déconfiture du pitoyable et prétentieux CD-rom multimédia.
En regardant plus loin, le concept n'est pas exempt de critiques.

Tout d'abord sur le réseau téléphonique de distribution. Imaginons qu'un système de livre électronique grand public à grande échelle soit parvenu en situation de monopole et ait totalement marginalisé l'édition papier. Qui contrôle le réseau contrôle en fait tout ce qu'on peut lire ou pas. Bonjour la liberté.

Ensuite sur la fracture numérique : arrivé à un seuil critique de diffusion, le Kindle risque de décourager un éditeur de produire une version papier d'un titre. On prive ainsi de lecture ceux qui ne peuvent investir dans l'appareil, et on tarit l'approvisionnement des bibliothèques. Et dans les pays pauvres où le livre est un luxe, on peut penser que le livre électronique le serait d'autant plus.

Vu comme ça, on peut penser que le Kindle participe à ce que j'appelle l'illusion technologique. C'est à dire le dogme qui voudrait que davantage de technologie égale progrès, sans aucune prise en compte de conséquences à long terme. Ca avait commencé avec les calculettes, aujourd'hui plus personne ne sait faire une division de tête. Sans son GPS, l'automobiliste perdu à 50 mètres de chez lui ne sait plus s'il faut tourner à droite ou à gauche après le Franprix pour rentrer au garage. On abdique finalement des pans entiers de notre cerveau à des machines qui consciemment ou non ne demanderont qu'à nous trahir.

On croirait un film de science-fiction. I'll be back.

4 commentaires:

Michel Proust a dit…

olala, mais c'est trop long ce billet, je suis pas allé à la fin il y avait trop de mots avec des lettres qui font mal aux yeux.

Hobopok a dit…

Longtemps je me suis levé de bonne heure avec la ferme intention de pinailler.

Hobopok a dit…

J'ai quand même réccourci. Note à moi-même : faire court.

vivie a dit…

tout à fait d'accord..
monde technologique , sans poésie , et de plus en plus inégalitaire..