Harry Brown de Daniel Barber.
Un justicier dans le quartier. Après le meurtre de son dernier ami, un veuf ancien marine à la retraite décide de passer au Kärcher® la racaille qui fait la loi dans son quartier pourri, parce que s'il fallait compter sur la police, hein.
Stylistiquement, ce film est absolument parfait dans le genre naturaliste britannique, équivalent cinématographique d'une bonne tasse de thé froid en sachet vaguement dégoûtante, de circonstance pour évoquer la déréliction de quartiers populaires abandonnés. Excellente photographie, montage sobre, interprétation remarquable, avec au premier rang l'un des meilleurs acteurs anglais, Michael Caine, vivant dans le passé de son personnage comme si c"était son passé à l'écran.
La critique de la police, davantage préoccupée de relations publiques et de statistiques que de maintien de la paix civile et d'investigation, est à l'évidence bien vue, et porte d'autant plus de ce côté ci de la Manche où la politique sécuritaire que vous savez court également d'impostures en fiascos depuis une décennie pour les mêmes raisons.
Malheureusement, faisant fi de tous ces ingrédients prometteurs, le scénario s'embarrasse de moins en moins de vraisemblance, finissant par donner une image assez caricaturale de la vie des quartiers, comme on dit, s'emballant en des scènes d'émeute assez grotesques, et ne servant, in fine, qu'à justifier des positions tout ce qu'il y a de réactionnaire, pour ne pas dire plus, sur l'autodéfense. Clint Eastwood, Charles Bronson, et maintenant Michael Caine : faites votre choix.
Crash-test :
15 février 2011
Papy fait de la résistance
14 février 2011
Tout sur Mr Sait-Tout
Les divagations de Mr Sait-Tout de Goscinny et Martial.
Il s'agit de l'une des œuvres les plus méconnues de René Goscinny, pour laquelle il s'était associé au dessinateur Martial, l'impérissable créateur du soldat daltonien Tony Laflamme, un artiste malheureusement un peu tombé dans un injuste oubli.
J'ai deux bonnes raisons d'avoir une tendresse particulière pour Martial. D'une part, on sent son trait emprunté, laborieux, hésitant, retravaillé, et les dessinateurs qui ne savent pas, ou mal, dessiner, ont droit non seulement à mon indulgence mais à mon admiration. D'autre part parce que ce livre, Mr Sait-Tout, fut le premier qu'on m'offrit qui ne fût pas des grandes séries de mon enfance : il y avait donc une vie dessinée au delà de Tintin, Astérix, Lucky Luke !
Passons sur l'anglicisme étonnant sous la plume de Goscinny qui lui a fait abréger "monsieur" en Mr au lieu de M. comme le veut notre bon vieux code typographique français, Mr Sait-Tout est une ode dessinée à la seule gloire du calembour, que dis-je, un panégyrique, un monument, une tapisserie de Bayeux entièrement dédiée au jeu de mot du plus mauvais aloi qui soit. Rarement billevesées davantage dénuées de bon sens auront jamais été couchées sur du papier, comme si les auteurs s'étaient ingéniés à donner matière à tous les reproches qu'il était encore de bon ton d'adresser à la bande dessinée dans les années 70.
Mr Sait-Tout, érudit spécialiste en tout, manifestement interné à juste titre dans un asile de forcenés, s'évertue à rapporter en quelques histoires courtes l'origine apocryphe de telle ou telle expression du langage courant, recourant à ses souvenirs, passablement lacunaires, des plus colorées des pages d'histoire d'un manuel pour écoliers primaires.


Mon spongieux cerveau fut des années durant imbibé des répliques les plus crétines de cet ouvrage hilarant. Ceci explique sans doute cela.
Enfin la vérité historique me commande de relater cette insigne anecdote, une scène qui se passa à Saint-Victor-sur-Loire (Loire) lors d'un festival de bande dessinée hébergé au château qui surplombe le lac ; délaissant un sale type ricanant derrière des lunettes fumées qui essayait de fourguer ses Hamster Jovial et autres Rhââ lovely, un gamin binoclard péniblement tenu en laisse par son papa obtint sa toute première dédicace de BD du sublimement sympatoche Martial, comme on peut le voir sur cette image (notez au passage l'originalité du motif) :
12 février 2011
L'instant finlandais
Very cold trip de Dome Karukoski.
Conte de fée neigeux. Défié par sa petite amie de lui trouver dans les vingt-quatre heures un décodeur pour regarder Titanic ou sinon ça va mal aller, un jeune chômeur de Laponie qui n'a pas inventé les congères part en expédition par une nuit d'hiver avec deux amis pas beaucoup plus finnois, et de malheur en malheur, va finir par triompher des épreuves, trouver une raison de vivre, et ravir la blonde.
Encore un grand bravo aux distributeurs français très inspirés qui n'ont rien trouvé de mieux que d'affubler un film finlandais (Napapiirin sankarit, les héros du cercle polaire) d'un titre en anglais inepte, espérant capitaliser sur la mémoire reptilienne de spectateurs qui auraient vu et apprécié Very Bad Things et Very bad trip (je mets des majuscules selon que c'est vraiment de l'anglais ou pas). Il ne manque plus que Very cold things, et la boucle sera bouclée. Un bien mauvais service rendu à un film qui méritait mieux que ça.
Car cette comédie loufoque qui prend le spectateur par surprise n'a absolument rien de pesant. On se demande même pendant un certain temps s'il s'agit vraiment d'une comédie, tant aucun effet n'est appuyé, aucune situation surexploitée, sans qu'aucun clin d'œil de connivence ne soit jamais adressé à la salle. Malgré des péripéties de plus en plus farfelues, le film ne donne jamais l'impression d'essayer d'être drôle, et y parvient d'autant mieux pour cette raison. On se laisse gagner par cette folie intérieure qui semble habiter tous les Lapons sans exception, spleen comique du genre que doivent partager les esquimaux au fond du congélateur.
Karukoski sait habilement conclure sa quête avec une certaine grâce désabusée, par un pied de nez au déterminisme, note finale de résignation optimiste qui fait échapper les personnages au suicide. Tant mieux.
Crash-test :
11 février 2011
10 février 2011
Cygnes contradictoires
Black Swan de Darren Aronofsky.
Pas de deux schizophrénique. Un petit rat de l'opéra de New-York est retenu par le maître de ballet tyrannique pour interpréter le double rôle du cygne blanc et du cygne noir dans une production du Lac des cygnes de Tchaïkovski. Broyée par le rôle, la danseuse va virer bredin.
La scène comme parallèle de la vraie vie, l'artiste qui devient son rôle, la fiction qui devient réalité... hum, oui, bon, tout ça n'est pas d'une extrême nouveauté et aurait donc mérité en contrepartie un traitement original. Las, outre ses désormais sempiternelles recettes de caméra à l'épaule, la seule idée notable d'Aronofsky aura été de céder à la tentation de recourir à des effets spéciaux numériques d'une finesse discutable pour matérialiser les visions cauchemardesques de Nina, la danseuse qui travaille du chapeau. Vincent Cassel, dont l'arrogance suffisante est d'autant plus ridicule qu'il s'exprime en anglais, fait certes face à une stupéfiante Natalie Portman. Mais le peu de suspense psychologique, créé en grande partie grâce au talent de cette dernière, est encore galvaudé par un final grandiloquent culminant avec, je vous le donne en mille, la mort du cygne. Ça alors.
Reste un film de genre qui ravira les amatrices de pointes et tutus qui ne posséderaient pas déjà Martine fait de la danse.
Crash-test :
9 février 2011
Côté cuisine
Marmites créoles, collectif.
J'ai pour règle de conduite d'éviter autant que faire se peut de mentionner dans ces cyber colonnes les ouvrages publiés par amis confrères et collègues, de peur de me voir reproché selon les cas excès de rudesse ou de flagornerie.
Je n'aurai donc pas l'outrecuidance de porter le moindre jugement de valeur sur le contenu de cet indispensable florilège, qui rassemble la fine fleur de la bande dessinée réunionnaise, chacun s'étant chargé d'illustrer en quelques planches une recette pays, mais je me sens contraint d'en faire une juste publicité puisque je m'étais résolu à y participer presque malgré moi, comme mes lecteurs les plus assidus s'en souviennent peut-être.
Il n'est à ma connaissance pas distribué en France hexagonale mais peut être commandé à l'éditeur pour une somme d'une modicité étourdissante au moyen de ce bon de commande.
8 février 2011
7 février 2011
Gerd Arntz et l'isotype
Gerd Arntz (1900-1988), dessinateur, graveur et graphiste allemand, peut sans exagération être crédité de l'invention du pictogramme contemporain. Socialiste, révolutionnaire dans l'âme, il essaya constamment de traduire ses convictions dans son travail graphique en cherchant à le mettre à la portée du plus grand nombre.
En 1929 il s'exila tout d'abord en Autriche pour collaborer avec le philosophe et économiste Otto Neurath, qui travaillait à une encyclopédie de statistique visuelle, approche innovante des données économiques, et pour lequel il mit au point 4000 signes et symboles d'une modernité avant-gardiste, sous l'acronyme d'isotype pour International System Of TYpographic Picture Education, également connus comme la méthode viennoise de statistique picturale. L'isotype est l'héritier du hiéroglyphe antique adapté à l'ère des mass media.


En 1934, après l'avènement du nazisme, il se réfugia aux Pays-Bas, le temps de voir une de ses expositions censurée par les autorités du royaume sous la pression de l'ambassade d'Allemagne. Il avait eu le mauvais goût de produire une gravure prophétique intitulée Le troisième Reich.
Le troisième Reich.
Guerre civile.
La guerre le rattrapa, et en 1943 Arntz fut incorporé de force dans la Wehrmacht, expédié en France, où il se livra à la Résistance. Il retourna à la Haye après la guerre, continuant le travail de Neurath au sein de la Fondation pour la statistique (Mundaneum Institute).
L'extraordinaire nouveauté de sa pensée visuelle est encore confondante aujourd'hui. L'ascèse squelettique de son trait ouvre paradoxalement des possibilités infinies de projection mentale, qui atteignent une forme de perfection enfantine, au point qu'on se rend compte en revoyant son travail précurseur qu'il a été souvent imité depuis, rarement égalé (voir Le dessous des cartes sur Arte), jamais dépassé (comparez par exemple avec les typos livrées avec votre ordinateur Wingdings ou Zapf Dingbats...).
6 février 2011
Chocolats
Les émotifs anonymes de Jean-Pierre Améris.
Deux timides maladifs, l'un patron de chocolaterie, l'autre chocolatière, surmontent leurs peurs pour s'apprivoiser et s'aimer, et par dessus le marché sauvent leur entreprise de la faillite
Voilà encore un exemple de film sous-budgeté, sous-produit, qui aurait pu être un mauvais téléfilm et se retrouve sur nos écrans sous la forme d'un mauvais film de cinéma en attendant de devenir un objet de consommation télévisuelle familiale.
C'est pas que le sujet des deux timides n'aurait pas pu être intéressant, mais franchement le scénario aurait dû choisir entre l'histoire personnelle et celle de la chocolaterie en difficulté, encore que les deux intrigues n'auraient pas forcément eu beaucoup plus d'intérêt séparément qu'elles n'en ont en se côtoyant ainsi. Le problème, c'est que le film repose sur ses deux acteurs principaux, notamment Poelvoorde étonnant de retenue, et puis c'est tout. Scénario indigent, personnages secondaires oubliés, dialogues maladroits, montage convenu, scènes de comédie massacrées par un découpage excessif, musique grossière... voilà qui gâche un peu la ganache.
Crash-test :
5 février 2011
Anselmologie
Le trépas inopiné d'Anselme, inhumé hier, aura causé pas mal d'émoi à Tananarive, au Bourget, à la Réunion et ailleurs. J'ai compilé dans ce billet la plupart des chroniques qui ont pu lui être consacrées. J'en rajouterai ici même si j'en débusque d'autres.
La Gazette de la Grande Ile
Les Nouvelles
L'Express de Madagascar
Madagascar Matin
Taratra (en malgache)
Gazetiko (en malgache)
Clicanoo


4 février 2011
L'île mystérieuse
Vazahabe ! de Denis Vierge.
Vazahabé, c'est le gros Blanc : resté deux ans sans nouvelles de sa jeune épouse malgache choisie sur catalogue, un Français d'âge mûr n'a pas renoncé à elle. Il débarque à Madagascar des euros plein les poches et trouve l'aide d'un ancien légionnaire, plus au fait des us et coutumes locales, qui n'a pas son pareil pour retrouver une aiguille dans une meule de foin.
On ne peut pas dire que ce premier livre de Denis Vierge, prof de dessin de Bordeaux, que publie la maison genevoise Paquet, ait bénéficié d'un lancement marketing massif. C'est pourtant à ma connaissance un des ouvrages de bande dessinée les plus ambitieux qui aient jamais été consacrés à Madagascar, la grande île de l'océan Indien, mais ce n'est que très fortuitement que j'en ai eu vent sur internet.
Je m'apprêtais à en dire du mal, essentiellement par dépit en pensant à Anselme et à un certain nombre de dessinateurs malgaches, qui crèvent la gueule ouverte dans leurs rizières, alors qu'un vazaha comme Denis Vierge n'a eu qu'à se pointer, faire quelques jolis croquis pittoresques, emballer le tout dans un scénario de circonstance, et boum ! le voilà édité à Genève où il va pouvoir planquer tous ses droits d'auteur dans une banque replette à l'ombre du jet d'eau. C'est évidemment très injuste, non seulement pour les dessinateurs malgaches, pour Genève où l'on trouve aussi du très bon chocolat , mais aussi pour Denis Vierge, qui a tout de même l'air d'un brave type, à en juger par son site, et par l'interview qu'il a donnée ici, et n'est sans doute pas responsable des désordres du monde.
Alors évidemment, Vazahabe ! est un point de vue de vazaha sur la grande île, avec des personnages principaux vazaha auxquels peuvent s'identifier les lecteurs vazaha, montrant les Malgaches dans leurs rapports aux vazaha, mais justement assez confondant de réalisme, voire embarrassant, dans la mesure où il recense non sans justesse bien des expériences et des situations que connaissent tous les voyageurs qui mettent le pied à Madagascar, jusqu'à rapporter certains clichés qui ont hélas aussi un fond de vérité. Au final, l'incapacité du livre à percer tous les mystères de la société malgache traduit assez bien la fascination évanescente que la grande île peut exercer, splendide et misérable, qui sans cesse séduit et se dérobe sans jamais se dévoiler entièrement au visiteur. Ça n'est pas si mal vu.
3 février 2011
Abédéma
Sorti de mes archives, cet hommage à l'Abédéma, association des bédéistes malgaches, que j'avais réalisé pour un ticheurte, inspiré de la célèbre étiquette des bouteilles de bière malgache THB, la Three Horses Beer. En lieu et place des trois chevaux, on peut reconnaître (ou pas...) de gauche à droite Aimérazafy, Anselme, et Rado.
2 février 2011
MMXI
1 février 2011
Feu Anselme
Mauvaise nouvelle ce matin au réveil, Anselme, le plus grand artiste malgache de tous les temps, a été retrouvé mort chez lui à Tananarive, de causes encore indéterminées. Il avait cinquante-quatre ans. Les dessinateurs de bande dessinée ne font décidément pas beaucoup d'efforts pour faire progresser l'espérance de vie à Madagascar, puisque son frère Aimérazafy nous avait quittés il y a à peine plus d'un an.
Des doigts de ce dessinateur surdoué, génie autodidacte, l'encre de Chine semblait s'écouler aussi naturellement et avec la même furia que le rhum coulait dans ses veines. Cet éternel rebelle était aussi connu sous le sobriquet affectueux de Coty, car il partageait aussi le prénom de René avec ce président de la République française, encore puissance coloniale à l'heure de sa naissance.

Lecteur avide, il était imprégné de culture française, et aurait pu en remontrer à plus d'un agrégé de lettres. Il avait connu ses plus riches heures dans les années 80 comme dessinateur embarqué dans des programmes de coopération internationale qui l'amenèrent à pas mal voyager en Afrique et aux Comores. Se liant ensuite avec l'équipe du Cri du Margouillat à la Réunion, il publia en 1999 un retentissant Retour d'Afrique (éditions Centre du Monde).

Peu suspect de bien-pensance, il conchiait les prétentions démocratiques tropicales avec la même vigueur qu'il dénonçait les dictatures militaires dont son île avait eu à subir un des plus beaux spécimens. Ses fulgurantes analyses politiques, ponctuées généralement de connard ! putain ! merde ! nègre ! feront date dans l'histoire du commentaire social.
Comme bien des grands artistes, Anselme Razafindrainibe aura été passablement déçu par une vie peu amène qui ne l'avait guère épargné. Eloigné de ses enfants, fâché à cause de sa grande gueule avec la quasi totalité de l'establishment tananarivois, travaillé tour à tour par l'orgueil et le désespoir, il dessinait pourtant toujours, et projetait une nouvelle publication chez l'éditeur parisien L'Harmattan.
Il était mon oncle. Il était mon ami. Veloma.

A lire sur ce blog : Côte à côte, par Anselme.
13 janvier 2011
Père et fils
Yoyo de Pierre Etaix.
Le tourbillon de la vie. Opportunément ruiné, un milliardaire solitaire choisit la vie de bohème pour rejoindre l'écuyère de cirque qui lui avait donné un fils. Devenu grand, riche et célèbre clown, ce fils va oublier la leçon et vainement parcourir le chemin en sens inverse, délaissant la vie de l'esprit pour les possessions matérielles, en croyant retrouver la splendeur paternelle passée.
Après un imbroglio juridique de presque vingt ans concernant la propriété des droits d'exploitation, les films qu'Etaix a co-écrits avec Jean-Claude Carrière dans les années 60 sont enfin à nouveau distribués en salles et en DVD.
Dessinateur, gagman, clown, Pierre Etaix se situe dans cette prestigieuse lignée de cinéastes issus du music-hall, tels Charlie Chaplin, ou son ami Jacques Tati, qui ont su transposer et adapter au grand écran leur sens visuel venu de la scène. Film profondément comique, drôle parce que triste et inversement, Yoyo, est surtout un grand film de cinéma au sens où pas un plan ne recèle au moins une idée de mise en scène. Donnant corps tantôt à des visions extravagantes, tantôt à des observations dérisoires, Etaix démontre ainsi un génie certain à tirer profit des moindres possibilités qu'offre le mode d'expression cinématographique.
Par une certaine ironie du sort, le film devient un peu moins convaincant, moins inspiré vers la fin, suivant en cela parfaitement son propos, au fur et à mesure que le clown se laisse happer par la marchandisation de la poésie et autres illusions de la vie moderne. Ce propos, et l'intention évidente d'Etaix de boucler la boucle de son film en laissant entendre que le fils suivra finalement la voie du père, sont malheureusement de moins en moins cachés, au risque d'apparaître alors comme un simple procédé scénaristique, lequel ne suffit heureusement pas, loin s'en faut, à disqualifier l'ensemble du film.
Car curieusement, tout doucereux, drôle et poétique qu'il soit, Yoyo est tout à la fois une fable philosophique et une charge politique, un commentaire acide sur le matérialisme, aussi contemporain et prémonitoire que peuvent l'être les Temps modernes ou Play Time, pour en revenir à Chaplin et Tati.
S'il faut se réjouir de pouvoir enfin redécouvrir l'œuvre de Pierre Etaix, il faut malheureusement se lamenter que ce type ait dû passer le quart de sa vie à s'épuiser dans une mesquine bataille de chiffonniers, au lieu de continuer à faire des films. Espérons qu'il n'a pas dit son dernier mot et qu'à quatre-vingts ans passés, il aura encore l'occasion de nous éblouir.
Crash-test :
11 janvier 2011
Ma femme s'appelle reviens
A bout portant de Fred Cavayé.
Pollywood. De garde la nuit dans un hôpital parisien, un malheureux aide-soignant se retrouve au mauvais moment au mauvais endroit, pris au milieu d'une fameuse querelle entre truands, flics, et ripoux, et doit cavaler au péril de sa vie pour sauver sa femme enceinte enlevée par des indélicats. A la surprise générale, il y parviendra quelques cadavres plus tard.
Film d'action parfait : rien à dire sur le scénario admirablement ficelé, rien à dire sur l'interprétation toujours parfaitement dans le ton malgré les prouesses physiques exigées des acteurs, rien à dire sur la réalisation remarquablement efficace à tenir le spectateur en haleine, rien à dire enfin sur la photographie qui donne ce sombre tableau du Paris contemporain.
Rien à dire si ce n'est que cette perfection à mener un film de pur divertissement trahit une fascination hollywoodienne à la fois creuse et vaine, qui m'a conduit à forger ce néologisme de Pollywood pour Hollywood made in Paris. A quoi bon s'échiner à fabriquer en France les mêmes films au savoir-faire époustouflant mais qui ne racontent, au fond, strictement rien, quand Hollywood se charge déjà d'en produire à la chaîne qui viennent encombrer nos écrans ? Est-ce là l'horizon du cinéma européen et plus particulièrement français que de devoir imiter les recettes du cinéma étasunien, en adopter à la virgule près les codes narratifs, invraisemblances comprises, sans savoir apporter un ton ou un point de vue un tant soi peu différent, un propos même sous-jacent politique ou social ou poétique de quelque intérêt ?
Comme un thriller hollywoodien, ce film se regarde. Et s'oublie aussitôt.
Crash-test :





