1 février 2011

Feu Anselme


Mauvaise nouvelle ce matin au réveil, Anselme, le plus grand artiste malgache de tous les temps, a été retrouvé mort chez lui à Tananarive, de causes encore indéterminées. Il avait cinquante-quatre ans. Les dessinateurs de bande dessinée ne font décidément pas beaucoup d'efforts pour faire progresser l'espérance de vie à Madagascar, puisque son frère Aimérazafy nous avait quittés il y a à peine plus d'un an.

Des doigts de ce dessinateur surdoué, génie autodidacte, l'encre de Chine semblait s'écouler aussi naturellement et avec la même furia que le rhum coulait dans ses veines. Cet éternel rebelle était aussi connu sous le sobriquet affectueux de Coty, car il partageait aussi le prénom de René avec ce président de la République française, encore puissance coloniale à l'heure de sa naissance.

Lecteur avide, il était imprégné de culture française, et aurait pu en remontrer à plus d'un agrégé de lettres. Il avait connu ses plus riches heures dans les années 80 comme dessinateur embarqué dans des programmes de coopération internationale qui l'amenèrent à pas mal voyager en Afrique et aux Comores. Se liant ensuite avec l'équipe du Cri du Margouillat à la Réunion, il publia en 1999 un retentissant Retour d'Afrique (éditions Centre du Monde).


Peu suspect de bien-pensance, il conchiait les prétentions démocratiques tropicales avec la même vigueur qu'il dénonçait les dictatures militaires dont son île avait eu à subir un des plus beaux spécimens. Ses fulgurantes analyses politiques, ponctuées généralement de connard ! putain ! merde ! nègre ! feront date dans l'histoire du commentaire social.

Comme bien des grands artistes, Anselme Razafindrainibe aura été passablement déçu par une vie peu amène qui ne l'avait guère épargné. Eloigné de ses enfants, fâché à cause de sa grande gueule avec la quasi totalité de l'establishment tananarivois, travaillé tour à tour par l'orgueil et le désespoir, il dessinait pourtant toujours, et projetait une nouvelle publication chez l'éditeur parisien L'Harmattan.

Il était mon oncle. Il était mon ami. Veloma.


A lire sur ce blog : Côte à côte, par Anselme.

3 commentaires:

Felana a dit…

Eh oui c'est triste hein, personne ne pourra plus nous dessiner lors de notre prochain voyage à Madagascar, il va retrouver Rado et Aimé Razafy dans notre tombeau familiale à Tana. Repose en paix mon cher Oncle bien aimé. Felana.

Sher a dit…

Richard Ambohipo Ampahateza
Toutes nos condoléances à ses proches... Mais "La vie est unique et continue..." [... après la mort]Vous serez toujours là !

Hobopok a dit…

Merci cousin.