26 janvier 2009

Pompe en stock

Que le dessinateur qui n'a jamais fait un léger emprunt ici ou là lui jette la première pierre (plate ou pointue ?), mais je suis bien au regret d'annoncer que l'au demeurant excellent Brüno s'est fait choper par la patrouille d'Hobopok Dimanche pour ce vibrant hommage rendu à Hergé (mais si, vous savez, Les aventures de Tintin et Milou) dans son dernier album au demeurant pas mauvais du tout, Commando Colonial, en binôme avec l'au demeurant excellent Appollo.


Vous n'avez pas bien vu ? Je sais c'est tout petit sur Blogger. Voyons voir de plus près.


Ah oui, effectivement. Un vibrant hommage. Au demeurant.

24 janvier 2009

Los choristos

Paracuellos de Carlos Giménez.

Cette intégrale vient de sortir chez Fluide Glacial, reprenant les planches de deux albums déjà parus dans les années 80, et y ajoutant le contenu de quatre autres albums plus récents parus en Espagne mais pas de ce côté-ci des Pyrénées. Des récits courts, souvenirs d'enfance dans les internats de l'Auxilio social de l'Espagne franquiste des années 40-50.


Une édition massive de trois-cents pages, chouettement reliée avec ruban marque-ta-page, dotée d'un nouvelle couve inspirée des éditions espagnoles (où l'on peut regretter la typo manuscrite de l'auteur des précédentes éditions françaises...), imprimée sur du joli papier couché blanc cassé, et agrémentée d'une passionnante introduction de l'auteur et d'une poignée de fac-similés de crayonnés, le tout pour la modique somme de trente-cinq brouzoufs (ça peut paraître chérot, mais c'est l'équivalent de six albums de cinquante pages). Pour les afficionados, dont je suis, c'est la fiesta au pueblo !


L'Auxilio social (assistance sociale), sur le modèle d'une organisation similaire de l'Allemagne nazie, était une œuvre charitable franquiste affiliée au parti unique national-catholique de la Phalange espagnole (notez l'emblème : un joug traversé de cinq flèches). Elle avait été créée à l'origine pour venir en aide aux petites victimes de la guerre civile espagnole, et notamment aux enfants des fusillés par les troupes franquistes...


Dans les années 50, Giménez passa huit longues années dans les internats de cette institution, dépotoirs de l'enfance espagnole où se retrouvaient orphelins, indigents, bâtards, victimes de recompositions familiales, gosses de prisonniers politiques (les rouges), etc... et où les privations le disputaient aux sévices en tout genre.
Le titre Paracuellos vient de l'un de ces centres de la périphérie madrilène. Giménez ayant mis en exergue de ses premières planches le nom de chaque endroit, ce sont les lecteurs eux-mêmes qui imposèrent ce titre pour toute la série, bien qu'elle mentionne aussi d'autres établissements.
Je connaissais les premières planches parues au début des années 80 dans Fluide Glacial et rassemblées en deux albums, et benoîtement je m'étais imaginé que les histoires mises en images provenaient directement des souvenirs, voire de la fertile imagination de Giménez et hop, sur le papier ! Ouh que non, il a bossé, le bougre, invitant chez lui des anciens de l'institution autour de quelques cervoises pour des discussions à bâtons rompus qu'il enregistrait soigneusement, retaillant ensuite les personnages, croisant les anecdotes, pour aboutir aux scénarios si poignants de ses BD. Autrement dit, tout est vrai. Et des fois, ça fait un peu froid dans le dos.


Bref, l'un dans l'autre, voilà le genre d'ouvrage qui fait honneur au neuvième art (pour ceux qui savent compter jusqu'à neuf). Le dessin est d'une qualité remarquable, Giménez, passé par la dure école de l'industrie des comics espagnols (voir sa série Les professionnels), ayant de la technique à revendre, mais aussi et surtout du style, son style. Même si le trait, d'abord influencé par la tendance "hachures" en vogue au début des années 70, Bilal, Moebius, s'est progressivement épuré en même temps que tendu. Et sur le plan du récit, c'est ce que les anglo-saxons appellent avec à-propos un "page-turner" : quand j'ai entamé la première page, je n'ai plus pu lâcher le bouquin avant d'avoir terminé la dernière. Quand je pense que j'ai failli de prime abord regimber aux lettrages informatiques des quatre derniers opus (pas "dei"), ceux traduits plus récemment, ha ha ha ! je ris encore de mon impudence !


Giménez, dans son introduction, met son travail en perspective avec pertinence : si les établissements de l'Auxilio social sont à ce point violents et répressifs, ce n'est pas qu'ils constituent des îlots de non-droit au sein d'une Espagne suintant la joie de vivre, c'est au contraire qu'ils sont à l'unisson d'un pays retenant sa respiration sous la botte franquiste. Quoique parfaitement authentiques, les récits des Paracuellos et leurs portraits d'une enfance humiliée, éplorée, affamée, apprenant la cruauté d'adultes experts en la matière, mais jamais complètement désespérée, forment donc une microcosmique parabole de l'Espagne de l'époque. On en avait bien un peu l'intuition à la lecture, et c'est cette profonde humanité qui fait la force exceptionnelle de cette œuvre.

22 janvier 2009

Au plus bas des cieux

Musée de l'air et de l'espace, Le Bourget.

Impressions pour le moins mitigées après la visite de ce célèbre établissement : comme un abîme sépare la richesse invraisemblable des collections présentées et l'indigence quasi soviétique de la présentation, ne parlons même pas de scénographie. L'entrée aux collections permanentes est gratuite. Franchement, on préfèrerait payer un petit quelque chose, même une obole symbolique, au moins de quoi assurer le remplacement des ampoules qui manquent à l'éclairage de la moitié des cimaises. Très curieux de constater comment un lieu aux immenses possibilités sur un site à ce point chargé d'histoire (berceau historique d'Air France, aéroport d'atterrissage de Lindbergh...) paraît un peu laissé à l'abandon.


Et donc peu d'unité de présentation, dans cet ancien hall d'aéroport reconverti, entre les différentes époques de l'histoire du vol humain, depuis l'aérostation jusqu'à la course à l'espace. Des documents en vrac, reproductions ou originaux, on n'en sait parfois rien, des aéronefs en pièces détachés prenant la poussière au fond du hangar, une reconstitution genre décor de cinéma d'un atelier d'un pionnier de l'aviation et plus loin tout un espace consacré à Saint-Exupéry, sorte de mini exposition sponsorisée par une célèbre marque de montres d'aviateurs. Aucune cohérence, tant pour la rédaction que la pour forme, dans les textes explicatifs. Chronologie aléatoire, coq à l'âne, parcours mal fléché... Y a du boulot. A la décharge des conservateurs, reconnaissons qu'il n'est pas forcément aisé de présenter au public des dizaines de carlingues de plusieurs mètres de longueur et d'envergure chacune, mais tout de même. Et passons sur toute la partie espace à la gloire sans nuance des "partenaires" Dassault, Matra, Lagardère... Les spécialistes de la muséographie auront peut-être une explication à ce désolant état de fait. Personnellement, je suis revenu un peu désabusé. Enfin bon, mine de rien, j'y ai quand même passé tellement de temps que j'ai fait la fermeture, et j'ai pas vu l'expo Reiser et l'aviation. Blood'n'guts !


Une satisfaction tout de même : la découverte d'Albert Robida (1848-1926) , écrivain et dessinateur d'anticipation qui avait dans des ouvrages consacrés au vingtième siècle proposé une vision fantastique et prémonitoire des voyages aériens (entre autres), qui semble avoir marqué les esprits pionniers de son temps, au moins autant que les œuvres de son contemporain Jules Verne.

18 janvier 2009

Compression de personnel

Louise-Michel de Benoît Delépine et Gustave de Kervern.

Pamphlet prolétarien grolandais. Des ouvrières picardes licenciées sans façon (méfiez-vous si votre employeur vous offre sirupeusement des blouses neuves) mettent au pot leurs maigres indemnités et recrutent un (minable) tueur pour buter leur patron-voyou. Ce qui, à l'heure de capitalisme financier mondialisé, s'avère plus ardu que prévu.

Delépine et Kervern, membres de l'équipe de Groland sur Canal, mettent pour la troisième fois (après Aaltra et Avida, pas vus) leur humour ravageur au service du cinéma. Mais, peut-être par une forme de dandysme un peu dilettante, noient leur sujet, pourtant excellent, sous pas mal de facilités, redondances, et digressions scénaristiques, quelques gags tirés en longueur, et un désintérêt presque suspect pour la qualité technique de leur production. Comme s'ils se méfiaient de rendre une copie trop propre, comme si en se mettant à la portée du plus grand nombre en respectant un minimum de codes cinématographiques, ils craignaient de diluer leur venin dans un succès qui pourtant leur tendait les bras. Pudeurs levantines que n'eurent pas en leur temps les Monty Python en passant du petit au grand écran.

Le titre résulte de l'accolade des prénoms des deux personnages principaux, l'ouvrière et le tueur, joués savoureusement par deux sujets belges, Yolande Moreau et Bouli Lanners. Toutefois la référence à la révolutionnaire communarde, citée au générique de fin, n'aura échappé à personne. Peut-être le film est-il lui-même communard : beaucoup de vin rouge avec un peu de cassis.

Ne pas rater les étoiles-invitées : Siné en maillot de corps, et Denis Robert, le journaliste qui a lancé l'affaire Clearstream, enfin rasé de près.

Crash-test :

16 janvier 2009

Brazil

Hallucinante vidéo de bons vœux concoctée par la préfecture de police de Paris, et trouvée sur le blog Bonne nouvelle. Si après ça, il y en a qui doutent encore que la nouvelle année sera bonne, c'est à désespérer.

15 janvier 2009

Comité de visionnage des matches de Ligue 1 de football dans le but de contribuer à leur amélioration dans la mesure où il y aurait lieu de le faire

Tout ça pour ça. La vidéo ! La vidéo ! La vidéo ! s'exclament les spécialistes du Picon-bière en sautant sur leur tabourets de comptoir comme des cabris. L'arbitrage vidéo gna gna gna on allait voir ce qu'on allait voir. Ah ben chapeau, on a vu ! Résultat du premier comité de visionnage, mis en place par la Ligue de football professionnel pour sanctionner a posteriori les mauvais gestes qui auraient échappé aux arbitres dans le feu de l'action après la vingtième journée de Ligue 1 : macache, zéro, nada, zilch, peanuts, que tchi, RAS. Rapport vide. Vierge. Néant. Allez hop, circulez, y a rien à voir !

Comme quoi un vrai arbitre avec deux bras deux jambes un sifflet et un nuancier Pantone® plein la poche, ça fait pas toujours que des conneries, et peut-être même qu'avec un peu de travail sur eux-mêmes, les présidents et entraîneurs de clubs professionnels pourraient vivre avec (sans forcément passer leurs vacances ensemble). Sans les remplacer par une coûteuse et débilitante machinerie. Mais vous connaissez déjà les opinions de notre rédaction des sports en la matière.

Ayons tout de même une pensée pour les malheureux trois membres (trois autres s'étaient opportunément fait porter pâles, pas fous) du comité ad hoc qui ont dû se fader, pour cause de terrains gelés, une douzaine d'heures de vidéo d'Holiday on Ice en crampons moulés pour en arriver à ce pitoyable résultat.

Faut pas pousser Mimi dans les orties.

14 janvier 2009

Bienvenue chez le Che

Che - Première partie, l'Argentin de Steven Soderbergh.

Epopée mollassonne. La révolution cubaine vue depuis la jungle, de la rencontre de Castro et du Che jusqu'à la chute de la Havane.

Curieuse aventure, menée sur un faux rythme, où on a un petit peu l'impression qu'à ce tournant de l'Histoire, il ne se passe finalement pas grand chose. La partie guerilla dans la jungle, vécue par le Che, n'est qu'une collection d'anecdotes anecdotiques, un coup de fusil par ci, un coup de bistouri par là, sans grand lien entre elles, sans progression palpable, avec pour contrepoint idéologique une intervention du Comandante à l'ONU en 1964 en guise de commentaire tout au long du film.

Total, malgré la mise en scène qui excelle à rendre une atmosphère de bouillonnement tropical avec conviction, on n'aborde les événements ni sous l'angle historique, ni militaire, ni géopolitique, ni vraiment personnel non plus. Nulle romance enflammée pour faire pleurer. On ne s'emballe guère pour les personnages, et les seconds rôles sont d'ailleurs franchement laissés pour compte. Dommage pour les interprètes, Benicio del Toro excellent en Che, et Demian Bichir (vu dans Weeds) impressionnant en Fidel.

Finalement, on ressort sans bien comprendre, ni rien apprendre sur cette période a priori passionnante. Un comble. Mieux vaut avoir révisé son manuel d'histoire au préalable. Ah tiens, Ernest, ressers-moi donc plutôt un mojito bien tassé !

Crash-test :

13 janvier 2009

2009, année dyonisiaque

C'est au péril de ma vie que je suis allé m'insinuer dans le lacis de l'échangeur A1/périph nord pour prendre ces photos. Il s'agit des bons vœux de la ville de Saint-Denis-de-la-Seine-Saint-Denis, dessinés par Loustal.


J'espère qu'avec cette vision un peu folklorique de la banlieue, Loustal ne va pas offenser les racailles, sinon, il n'y aura plus qu'à le servir en kebab aux maras du Neuf-Trois.


Notez que les stratèges en communication municipale ont estimé avec sagesse que deux lignes d'Helvetica bien gras l'emportaient largement sur une lapidaire ligne manuscrite.

11 janvier 2009

Khmer d'alors

Un barrage contre le pacifique de Rithy Panh.

Du rififi dans les rizières. En 1931 au Cambodge alors colonie française, une veuve tente de survivre avec ses deux enfants ados précoces sur son lopin de terre en bord de mer régulièrement inondé par les marées. La famille se prête à bien des compromissions pour construire un barrage, sauver ses rizières et éviter la ruine. Un tableau qui se voudrait sans concessions de la société coloniale d'alors.

Malheureusement, Rithy Panh, le talentueux documentariste de S-21, la machine de mort Khmère rouge, s'emmêle passablement les baguettes dans la fiction. Quoiqu'à son fait avec le cadre ou le montage, on le sent mal à l'aise avec les dialogues, les comédiens, avec la mise en scène en général. Il n'est pas aidé par les jeunes interprètes, notamment celui du fils qui évolue à l'écran avec le naturel et la grâce d'un catcheur texan. Isabelle Huppert ne semble pas au mieux de sa forme non plus.

Tout sonne faux. Sur le fond, on nous assène avec lourdeur maximes et pensées bien senties sur la colonie. Sur la forme, on ne voit partout que les gros fils qui retiennent des personnages sans âme à leur manipulateur. Les acteurs déclament des vérités surgies de nulle part, et comble de ridicule, doivent parfois s'exprimer tout seuls à voix haute face caméra. Panh s'est imaginé qu'en adaptant un roman, on pouvait glisser leurs pensées dans la bouche des personnages... Je n'ai pas lu Duras mais ça donne pas envie.

Dernière séquence : 2007, la rizière florissante porte le nom de "rizière de la femme blanche"... Moyenne d'âge élevée dans la salle, j'étais sans doute le seul spectateur à être entré sans réduction carte Vermeil. Comme si l'évocation nostalgique des aspects positifs de la colonisation attirait les électeurs de qui vous savez.

Crash-test :

10 janvier 2009

Un café et l'addition !

Une info trouvée dans une gazette gothique concurrente : la Colombie est en état d'insurrection, le peuple se soulève, les combats font rage, et cette fois ce n'est pas à cause d'un quelconque trafic de stupéfiants, ce n'est pas le fait d'une guerilla arboricole. Non, le fautif n'est autre qu'un malheureux strip de bande dessinée, connu en France sous le nom de Grimmy, dessiné par Mike Peters, publié aux Etats-Unis mais "syndiqué" dans de nombreux journaux de par le monde :

- Mmmmh. Du bon café colombien le matin ! - Tu sais, il y a beaucoup de crime organisé en Colombie.
- Et quand ils disent qu'il y a un peu de Juan Valdez dans chaque boîte, c'est peut-être pas une blague.
- Pourquoi tu bois du thé ? - T'occupe !

Sans être à mourir de rire, c'est tout de même un petit peu cocasse, une fois surtout qu'on sait que Juan Valdez est l'espèce de moustachu à poncho que Fédécafé, le collectif des producteurs de café colombiens, a choisi pour emblème, appose sur ses produits, et utilise largement pour ses campagnes de promotion notamment en Amérique du Nord. Autrement dit un personnage assez virtuel, quoiqu'en laisse penser la photo suivante, où on peut l'apercevoir en compagnie de sa mule Ingrid, une bête très en cour.


Eh bien Fédécafé, qui s'est senti "offensé et insulté" de voir le délicieux travail d'honnêtes planteurs associé aux infâmes organisations criminelles, a soulevé le pays entier contre Mike Peters, fait jouer le sentiment national, les enjeux économiques, menace d'un procès à vingt millions de dollars, et a obtenu jusqu'à présent les plates excuses du dessinateur, mais pas encore le retrait du dessin de son site.

C'est encore trop d'égards pour ce gringo impérialiste, probable suppôt de Starbucks. Qu'on le serve en ceviche aux FARC !

6 janvier 2009

Chic planète

Le jour où la Terre s'arrêta de Scott Derrickson.

Rimec inutile. Un extra-terrestre qui a eu le bon goût de prendre forme humaine déboule sur notre planète, nous explique que ce n'est pas la nôtre, et décide que, eh, oh, puisqu'on veut pas le laisser aller causer à l'ONU devant l'assemblée des chefs d'Etat, il va éliminer la race humaine qui n'aura donc que ce qu'elle mérite, vu qu'elle sait pas sauver la Terre elle-même et qu'elle a mauvais fond au fond. Dieu soit loué, l'amour d'un enfant va le faire changer d'avis.

A la menace nucléaire qui terrorisait le monde de l'après-guerre, ce film a substitué l'angoisse environnementale qui l'a peu ou prou remplacée dans notre monde contemporain (alors que je le rappelle les missiles sont toujours là, prêts à décoller...). Ce n'est pas si mal vu. Mais toutes les invraisemblances du sujet, qui passaient pour des paraboles visionnaires dans le film de Robert Wise en 1951, deviennent autant de lourdeurs vaguement écolo new age, sans compter que Derrickson (mais d'où sort-il celui-là ?) rajoute encore d'autres invraisemblances plus invraisemblables encore, avec notamment une séquence prégénérique sans aucun intérêt. Et là où les effets spéciaux et le design des années 50 créaient une image poétique, ne reste que le sempiternel et indigeste gloubiboulga numérique, marque de fabrique d'Hollywood.

Avec ça le môme de l'histoire, interprété par celui de Will Smith dans la vraie vie, est tellement insupportable qu'on a envie de le baffer du début à la fin du film, et qu'on se demande bien ce qui a pu attendrir l'extra-terrestre. Notez que John Cleese s'est commis dans ce film : c'est le jour où Monty Python s'arrêta...

Crash-test :

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4 janvier 2009

La forêt enchantée

Mia et le Migou de Jacques-Rémy Girerd.

L'écologie expliquée à ma fille. Dans une forêt primaire qui a tout de l'Amazone, un chef de chantier se fait ensevelir sous un tunnel suite à de mystérieux accidents. A l'autre bout de la Terre, sa jeune fillette se met en route pour venir à son secours, et croisera celle du vilain promoteur qui veut privatiser ce bout de paradis terrestre, et celle de génies protecteurs bien sympathiques quoiqu'un peu schizophrènes.

L'un des talents de ce film est de mettre à la portée des jeunes enfants un certain nombre de thèmes liés à l'écologie, emballés dans une histoire fort bien ficelée, bien rythmée, mêlant avec bonheur humour et poésie, et parsemée de personnages attachants, sans pour autant verser dans le manichéisme qui entache régulièrement les productions américaines.

Produit du studio Folimage, à Valence dans la Drôme, auquel on doit La prophétie des grenouilles, du même Girerd, voilà un long-métrage qui fait honneur à l'animation française. Les graphismes (dûs à un certain Benoît Chieux) sont magnifiques, l'animation de bonne tenue, la musique efficace, et les voix tout à fait croquignolettes. Au générique : Miou-Miou, Jean-Pierre Coffe, Pierre Richard, Romain Bouteille, excusez du peu. Et comme si ça ne suffisait pas, Yolande Moreau donne l'accent belge à une sorcière, et Dany Boon un accent ch'ti débridé à un Migou hilarant. A l'heure de la normalisation mondialisée, il fallait oser.

Une fois de plus, j'étais le seul adulte non-accompagné dans la salle. Mais je n'étais pas le gamin le moins émerveillé.

Crash-test :

Allez du coup je signale même le site officiel joliment torché.

3 janvier 2009

En voiture Ramón !

Des années durant, le Dakar est resté inflexible face à ses opposants qui osaient demander un peu de décence à tous ces jet-setteurs motorisés roulant des mécaniques hors de prix sous le nez et par fois sur les pieds des indigènes, s'achetant des indulgences en lançant aux indigents quelques pompes solaires depuis la plate-forme arrière de la voiture-balai. Et miracle, l'an dernier, le Dakar a courageusement plié bagage au premier coup de chevrotine tiré par des bandits de grand chemin se rêvant islamistes, hâtivement auto-labellisés Al Qaida pour se donner une contenance, et qui n'en espéraient pas tant. Peut-être sous la barbe drue du bédouin se cachait-il en fait un des ces opposants aigris qui en veulent au principal sponsor, l'ami de la Terre Total. Quoi qu'il en soit, l'organisateur, Amaury Sport Organisation, la main sur le cœur, mit en avant son souci absolu de sécurité, ce qui ne manquait pas de mil pour une épreuve qui affiche tout de même cinquante morts au compteur. ASO annula l'édition 2008, et décampa pour la pampa.

Ce n'est donc pas pour de bonnes raisons, mais au contraire les pires imaginables, que le Dakar 2009 qui s'élançait aujourd'hui, a délaissé le continent africain, dont vous l'aurez sans doute remarqué il tire malgré tout son nom, pour l'Amérique du Sud. A cette aune là, je propose d'ailleurs de rebaptiser le rallye des Pharaons rallye des Incas, et de faire disputer le rallye de Corse à Rodrigues (qui, au moins, a du cœur...).


Mais le ridicule, lui, ne tue pas, et le "Dakar", donc, semblant revisiter le tracé de l'Aéropostale, décrira une surréaliste boucle de Buenos Aires à Buenos Aires en passant par le Chili. L'occasion de vérifier si l'homme de la pampa, parfois rude, reste toujours courtois au passage des pétaradants chauffards, et si ceux-ci dont la courtoisie n'a pas laissé un souvenir impérissable au Sahel s'accommoderont du code de la route sud-américain avec la même grâce qu'ils écrabouillèrent les petits Mauritaniens.

En tout cas on peut d'ores et déjà gager qu'aucun petit Mauritanien ne sera écrabouillé cette année. C'est déjà ça. A moins bien sûr que, dépité d'être injustement privé de son rallye préféré, un petit Mauritanien ne passe ses vacances dans la pampa. Mais làààà... il l'aura vraiment cherché.

2 janvier 2009

Au fond de la piscine

Secret-défense de Philippe Haïm.

Shawarma cousu de fil blanc. Une jeune étudiante de Langues-O, option arabe, se retrouve embauchée par la DGSE pour une opération d'intox au Liban visant à déjouer un attentat de méchants islamistes à Paris, qui n'ont pas hésité pour leur part à recruter dans une prison française un pauvre jeune délinquant bien blond pour exécuter leurs basses œuvres. Où l'on tente finement de nous démontrer que les méthodes des uns ne sont pas loin de valoir celles des autres. Ah, mais que voulez-vous, ma bonne dame, à la guerre contre le terrorisme comme à la guerre contre le terrorisme.

Malgré certaines qualités de rythme et de mise en scène, le film n'arrive pas à concilier deux intentions un tantinet contradictoires : un scénario, écrit sous le contrôle d'anciens des services, qui se veut réaliste et croit apporter un approche nouvelle et plus crédible des techniques d'espionnage modernes, et d'autre part un style qui privilégie l'action (concédons qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer) et concentre un récit, qui aurait dans la vraie vie pris facilement un à deux ans, en quatre-vingt dix minutes de cascades et de retournements à répétition. Untel manipule unetelle qui croyait manipuler untel qui croyait avoir la situation bien en main alors que pas du tout. Ajoutez quelques clichés aux prises avec quelques contre-clichés sur les musulmans... Pfffou, faudrait savoir, hein !

Gérard Lanvin ne lanvine pas trop et fait sobrement le boulot, Vahina Giocante, que je découvrais, est charmante quoique prisonnière d'un rôle d'héroïne naïve mais désespérément patriote. La bonne surprise de l'interprétation c'est le méchant, Simon Abkarian, habitué aux seconds rôles, et qui s'en tire plutôt bien en islamiste queutard un peu tarte.

Notons enfin quelques dialogues finement ciselés qui ajoutent une touche d'authenticité particulièrement convaincante. Par exemple : "La seule bombe à bord de cet avion, c'est toi." Bon c'est vrai qu'elle est gironde, la Vahina. De là à en faire des brèves de comptoir phénicien...

Crash-test :