24 septembre 2008

La lutte des classes

Entre les murs de Laurent Cantet.

Collège de France et cinéma de quartier. François Bégaudeau en fait des tonnes en adaptant lui-même son propre bouquin et en se réservant le rôle principal du prof principal. Et ça ne manque pas d'intérêt.

Dans un collège du vingtième arrondissement de Paris, un jeune prof de français se coltine une classe de quatrième haute en couleurs. L'essentiel du film se déroule dans la salle de classe, entre quatre murs, donc, et se concentre sur le dialogue à bâtons rompus qui s'instaure non sans difficultés entre le prof et ses élèves. Pour la Palme d'or, je sais pas, mais le personnage de Bégaudeau mérite largement la palme de la patience.

Ça n'est pas le premier film sur l'école et l'enfance, épargnons nous la liste de ses prédécesseurs. Et ça ne sera pas le dernier. Son intérêt réside tout entier dans son traitement quasi documentaire. C'est toute la qualité de la mise en scène de Laurent Cantet que de nous faire croire dur comme fer à la réalité de cette fiction. Ce traitement en cinéma-vérité fait malheureusement autant la force que les limites de cette œuvre. C'est à dire qu'hormis une succession de saynètes, le film, contrairement à un authentique docu, n'est pas animé par un véritable ressort dramatique : pas de véritable enjeu dans le récit, et somme toute peu d'émotion. Et c'est bien ça qu'on voudrait voir sur un grand écran.

Cette prétention à reproduire la vraie vie prend le risque du malentendu. Pour les enseignants, ils vont trouver là un miroir déformant de la réalité de leur métier, qui ne manquera toutefois pas de les interpeller sur leurs pratiques et leurs certitudes. Pour les autres, c'est un peu une cure de jouvence qui nous fait traverser une année scolaire comme si on y était, sauf qu'on ne voudrait pas vraiment y être. Risque de malentendu encore à paraître surfer sur une vogue de cinéma social "de banlieue" (terme tout à fait impropre pour un film qui se déroule en plein Paris), façon à la fois repoussante et rassurante de montrer les sauvageons au bourgeois-spectateur.

A mi-chemin entre l'école de Jules Ferry qui fait fantasmer les nostalgiques et les faits-divers parfois sanglants qui font les unes des journaux, Cantet et Bégaudeau donnent en tout cas une vision à la fois honnête et sincère. Vous pouvez le noter dans votre cahier de texte.

Crash-test :

13 commentaires:

Li-An a dit…

Ce qui est vaguement agaçant c'est que c'est une classe de français qui est montrée (je n'ai pas vu le film), matière propice à la discussion et à la confrontation d'idées. On remarquera que personne n'a jamais eu l'idée de filmer un cours de math, d'hist géo ou de SVT de manière intéressante. C'est vrai qu'il ne s'y passe rien: ou on s'u ennuie ou on y apprend (ce qui est scandaleux, il faut bien l'avouer).

Hobopok a dit…

Il faudrait qu'un ex prof de maths écrive un best-seller avant qu'un talentueux réalisateur ne puisse l'adapter au cinéma...

vivie69 a dit…

Non , li-an , je ne sis pas d'accord.Le cours d'histoire est un support fréquemment utilisé pour montrer la vie des collèges . je suis bien placée pour en parler , en ayant vu un nombre certain .j'ajouterai que lorsque les médias questionnent un prof pour un "événement scolaire" ( désordre , grève ..) , c'est 9 fois sur 10 un prof d'histoire.

Si de plus, tu penses que le cours d'histoire est celui où les élèves s'ennuient le plus, Tu te trompes. Il leur arrive de sortir en disant " déjà". ils n'aiment pas l'apprentissage des leçons ( normal), mais le cours les intéressent généralement.

Donc tourner dans un cours d'histoire géo ET éducation civique , ça aurait effectivement donné de quoi dire: une vraie mine d'or.


Mais comme Begaudeau est prof de français (et qu'il ne fait pas de fautes d'orthographe) , c'est un cours de français qui est présenté. De toutes façons , il n'est plus prof depuis 2006. il s'est reconverti " écrivain -acteur". Et fort opportunément pour lui , il se vend plutôt bien..

je trouve effectivement , "l'auteur - acteur" un peu omniprésent et omnipotent sur ce coup là . Il parle avec une belle assurance dans les médias , prétend tout et rien montrer en même temps quelque part, éviter la caricature , tout en forçant le trait ...

donc , je perçois bien " cette prétention à reproduire la vraie vie( qui) prend le risque du malentendu".
Car tous les cours ne se passent pas comme cela loin s'en faut ..
Même si comme le dit Hobopok , il faut beaucoup de patience ... et que ça rend un peu, complètement "neu-enu "à la fin .
: jugez sur pièce!

je retiens que pour Begaudau, le collège , c'est du passé ; il aurait pu verser dans l'inspection ou dans la formation continue ( IUFM ou institut universel de fainéantise mollassonne).

De toutes façons , un agrégé en collège , c'est de l'escroquerie pure , une aberration financière et un gaspillage intellectuel . Au départ , ils sont faits pour enseigner en lycée. 15 heures de cours pour des préparations niveau collège , c'est n'importe quoi..

c'est curieux de voir comment ceux qui ne supportent plus "les élèves" versent dans le "pédagogisme" à la Meirieux.

très curieux.


bon , je n'ai pas encore vu le film. j'irai , mais j'ai peur de ne pas être bien surprise ou séduite.

Pour ce que dit hobopok, il trouve le moyen de se démarquer des bien abondantes critiques qui inondent le marché cette semaine .. le propos des auteurs( annoncé chez Taddei) est de motiver le spectateur , de les faire entrer dans la vie de la classe , plus , disent ils que de porter un jugement sur l'école. un vrai moment de cinéma plutôt qu'un document x sur l'école.

cet objectif est il atteint?

d'après cet article , pas vraiment..

ps:
Coussinou , qui t'assure que je suis bien mariée , te conseille, je cite " de sortir de ta zone de confort"

Li-An a dit…

Non, non, je ne voulais pas dire du mal des cours d'histoire géo ! (loin de moi...). Je voulais parler de la représentation du collège/lycée dans les oeuvres culturelles (en fait, j'avais rajouté hist-géo pour ne pas faire trop défenseur des sciences mais c'est loupé :-)).

Hobopok a dit…

Ne vous en faites pas, je compte les points, depuis ma "zone de confort"...

badjack a dit…

"un agrégé en collège , c'est de l'escroquerie pure , une aberration financière et un gaspillage intellectuel"...
"IUFM ou institut universel de fainéantise mollassonne"...
"ceux qui ne supportent plus les élèves versent dans le pédagogisme à la Meirieux"...
Je ne savais pas que Darcos se cachait parmi les lecteurs d'Hobopok Dimanche, sous un pseudo qui frôle le tête à queue... Dieu merci (oui, Dieu...), les nouveaux programmes de l'école primaire, en revenant aux méthodes de grand-papa, vont sortir l'Education Nationale de l'ornière dans laquelle les pédagogistes l'ont précicipitée!

vivie69 a dit…

ha , si au moins j'étais ministre, je me ferai moins de souci pour ma retraite..
Malheureusement non.

Ce n'est pas bien de me faire dire ce que je n'ai pas dit, badjack.

Car je suis loin de partager les propos du ministre.

je prends donc cela comme une insulte gratuite.

Si tu trouves mon pseudo débile , sache que c'est Hobopok qui me l'a donné , il y a fort longtemps et il n'est pas sûr qu 'il y est mis cette connotation.

Es tu agrégé "planqué" en collège ? où as tu connu l'iufm?
As tu lu Rachel Boutonnet la dessus par exemple?
As tu côtoyé de jeunes collègues dégoutés par l'institution?
Es tu hébergé comme moi depuis pas mal d'années à l'éducation nationale?
si oui , explique toi.
sinon, va te détendre un coup.

il y a quelques chances que ton opinion soit au moins aussi subjective que la mienne.

vivie69 a dit…

li -an , y a pas de problème..

Hobopok a dit…

Je trouve ma "zone de confort" bien confortable... M. Madjack, la parole est à vous...

badjack a dit…

Je prends acte, Vivi69, que ton pseudo vient de l'infâme Hobopok, ce qui me conforte dans la traduction que j'en avais faite... Mais tes propos sur les agrégés en collège ressemblaient tellement à ceux de notre ministre bien-aimé sur les profs des écoles en maternelle (les couches en moins), que je m'y suis mépris. Je ne suis pas planqué du tout, puisque j'ai cette année une classe de 31 élèves en primaire, et je connais l'iufm pour y faire régulièrement des stages de formation continue (parfois avec des formateurs intéressants d'ailleurs). Ce que je voulais dire, c'est que de mettre tous les problèmes du système éducatif sur le dos des "pédagogistes", c'est un peu facile. Le remède proposé aujourd'hui, c'est à dire revenir aux leçons de morale et aux seuls exercices d'application, me semble pire que le mal. Mal bien réel, que je ne nie aucunement! Le gouvernement a 30000 postes de fonctionnaires à supprimer, et, méthode chère aux .....zystes, il allume des polémiques pour masquer ses faiblesses budgétaires en matière d'éducation. Quant à Mme Boutonnet, je n'ai pas l'heur de la connaître, mais il est dommage qu'elle ne se prénomme pas Daisy ou Dolorès, elle aurait pu m'aider à me détendre un coup...

Anonyme a dit…

pas d'accord du tout, même si votre éloge est mou. Le film lui pue le sarkosysme dur.

Plein de débats à ce sujet sur la république des livres de Pierre Assouline, et sur mon blogounet que le monde entier m'envie, d'abord...

Clopine Trouillefou, le blog c'est clopineries, et on y parle de bégaudeau, mais faut appporter sa cuvette, la maison ne fournit pas...

Glorb a dit…

J'ai l'impression que Bégaudeau est un drôle de personnage qui ne fait pas l'unanimité...

Je rebondis sur ce vieux post parce qu'on a vu le film hier et que je rejoins complètement ton point de vue Hobopok. A savoir que c'est drôlement bien réalisé en mode docu-fiction, on s'y croirait. Après le côté palmes d'or, arf. C'est bizarre pour moi d'encenser un film (aussi juste ou bien réalisé puisse t'il être) qui copie aussi justement la réalité. J'ai pas l'impression de m'envoler, d'être ému, même si on y croit à ce film et à ses persos.

4/5 c'est bien oui.

Hobopok a dit…

Bégaudeau est assez supportable tant qu'on lit pas ses chroniques de foot !