14 septembre 2008

Siné qua non

Vite un petit topo sur le premier numéro de Siné Hebdo, paru le 10 septembre, avant que le second numéro ne paraisse mercredi prochain, et que la routine s'installe.

La routine, on la souhaiterait presque pour ce nouvel hebdomadaire, tant ce premier numéro né dans l'urgence due aux circonstances que l'on sait est un numéro d'exception et à vrai dire un peu décousu. En réalité c'est Delfeil de Ton qui nous donne involontairement la clé dans sa chronique en révélant que Siné a demandé qu'aucune contribution ne dépasse 2500 signes. Résultat : un collage sympathique mais disparate de points de vue et d'opinions, où se retrouvent côte à côte gauchistes, anarchistes, situationnistes, anticapitalistes, trotskystes repentants ou non, et auquel manque cruellement une ligne claire, une intention éditoriale, une identité.


Retenons quelques jolies formules par Guy Bedos ("Guaino, le nègre le mieux traité du pays"), Jackie Berroyer ("Faut-il chaque fois qu'on dit quelque chose, ajouter : ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit ?"), Christophe Alévêque ("C'est même plus que la majorité des citoyens a baissé les bras, c'est qu'ils sont soudés au corps"). Et des dessins de certaines signatures parmi les plus prestigieuses qui égaient cette page, encore qu'on aurait pu espérer se plier un peu plus les côtes à la lecture des autres. Et ne comptez pas y trouver trop de Siné : à part la couve, il semblerait que le vieux était trop pris pour en faire beaucoup. Dommage quand le journal porte son nom.


Mais on se demande, malgré l'extrême sympathie que suscite la démarche, ce qui restera une fois que le soufflé sera un peu retombé. Combien de tous ces contributeurs aujourd'hui bénévoles auront la foi du charbonnier pour continuer l'aventure ? Quelle sera surtout l'âme de la publication et sa place dans la presse hebdomadaire ? Parce qu'entre afficher son soutien à Siné, et pleurnicher contre qui vous savez (pour encore quatre ans), on ne voit pas encore très bien le lien qui permettra à Siné Hebdo de se distinguer et de perdurer. Ce qui serait tout le mal qu'on lui souhaite.


Aujourd'hui, malgré la consigne de ne pas piper mot sur Charlie Hebdo et son directeur de la rédaction Philippe Val, on voit surtout une intention en creux : couper l'herbe sous le pied de cette concurrence honnie, en espérant que le diagnostic qui croit Charlie à bout de souffle voit juste. On peut douter que la France soit assez grande pour deux journaux similaires, appelant au même lectorat désormais scindé en deux chapelles. Peut-être si Siné Hebdo parvient à se décrisper et à se dégager de l'esprit de réaction de bêtes traquées qui a présidé à sa création, alors sera-t-il le dernier survivant... C'est un peu Koh Lanta sur Seine.

7 commentaires:

Li-An a dit…

Pour qu'il y ait une identité, il faudrait un rédac chef. Et il y a "chef" dans "rédac chef". Un paradoxe pas facile à résoudre :-)

Hobopok a dit…

C'est madame Siné qui a été bombardée rédac'chef. Position qu'elle n'avait plus occupée depuis l'émission Droit de réponse de Polac, ça fait un sacré bail, et c'était peut-être pas le même boulot non plus.

Kamrad Totoche a dit…

La couv' et un peu l'éditon quand-même.
Je sens que je vais bien aimer la rubrique "Le dessin refusé" (cette semaine Loup et "le président élu à 2 tours", refusé par 3 journaux le 12 septembre 2001).

Hobopok a dit…

Notre kamarade voulait sans doute écrire : l'édito. C'est vrai, j'oubliais.

totoche a dit…

J'ai récupéré des anciens numéros de "Zéro".
Là c'était vraiment de la provoc'...
J'hésite même à ressortir les dessins de Vuillemin sur le blog tellement c'est grave (mais qu'est-ce que c'est bon !).
Mais bon c'était au siècle dernier. "Siné Hebdo" à côté, c'est "La Semaine de Suzette" !

Hobopok a dit…

Ah ben nous attendons avec impatience alors, parce que je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

vivie69 a dit…

ha , je sens à travers la finesse de dentellière de ta prose comme un espoir déçu de" l'amoureux du dessin trompé."

tu restes cependant , comme tu le disais chez moi " très en beauté".

c'est toujours un bon moment de te lire ( à défaut de nous laisser sur notre faim pour ce qui est de tes productions picturales...)