26 septembre 2008

Tranche napolitaine

Gomorra de Matteo Garrone.

Devenue synonyme de décadence morale et de corruption, la cité biblique de Gomorrhe fut détruite par le feu du ciel en même temps que sa voisine Sodome. Une aubaine d'allitération pour évoquer la Camorra, organisation criminelle clanique de la région de Naples.

Ce film halluciné est une plongée dans les bas-fonds d'une Campanie désertée par l'Etat italien, description quasi documentaire des trafics de drogue, d'armes, de déchets toxiques, d'influence, et des ateliers de confection clandestins. Ici la peur de mourir tient lieu de raison de vivre. Car en effet, le déluge de feu n'est pas loin.

Plusieurs histoires se juxtaposent : deux mômes se rêvant en caïds à la Tony Montana (le Scarface de Brian de Palma) promis au même destin, un gamin embringué dans une guerre des gangs qui ravage les familles d'un quartier, un spécialiste du déchet propre sur lui mais prêt à tout, un chef d'atelier de confection qui n'arrive pas à joindre les deux bouts. Nul romantisme sur les bandits d'honneur, tout est laid, les gens et leurs vêtements (le parrain qu'on aperçoit ressemble davantage à un verrat en survêtement qu'à un dandy de l'Actors Studio), l'architecture lépreuse, la campagne balafrée par un urbanisme anarchique.

On se croit presque dans un film de science-fiction tant tout nous paraît déconnecté de toute réalité connue. On voudrait penser à une société du futur régie par ses lois dévoyées, dirigée par un pouvoir invisible totalitaire et ultra-violent, sauf que ça se passe aujourd'hui en Italie. Comme une prémonition déjà réalisée. Sans entrer dans des détails explicatifs, Garrone parvient à merveille à montrer comment la Camorra a déjà pris possession de la société entière et de chaque individu qui la compose, au point de se confondre avec elle. Et c'est bien ce qui rend le film effrayant.

A cause de ce portrait assez peu flatteur de la Camorra, Roberto Saviano, l'auteur du livre qui a servi de base au scénario, a un contrat sur sa tête et ne sort plus sans ses gardes du corps. Je crois que les truands n'auront pas aimé le film non plus. C'est vrai qu'on peut y regretter l'absence de mise en perspective politique ou le manque d'unité du récit, mais de là à occire l'auteur, c'est peut-être pousser la critique un peu trop loin.


Crash-test :

8 commentaires:

Li-An a dit…

Un film que j'ai loupé par pure fainéantise.

Anonyme a dit…

en projet à mon petit ciné près de chez moi bientôt. Après Begeaudeau.

ça n'a pas l'air d'une partie de plaisir, en tout cas.

ta critique confirme ce que j'ai entendu..

bon , j'ai un petit plat à la manière de Ponge à peaufiner avec fifi.

Hobopok a dit…

Je t'ai reconnue, Anonyme !

Totoche Tannenen a dit…

Au lieu de fumer la pipe en cachette, tu ferais mieux d'aller voir "Jar City" (***** au Totoche-Crash-test)

Hobopok a dit…

C'est pas le film islandais ou quoi ?

vivie l'unique a dit…

ha , c'est de l'anonymat parfaitement involontaire.

une espèce de blague de la machinerie informatique sans doute doute.
Bon , je laisse les commentaires sur le foot aux érudits , au cas où il y aurait un ballon perdu pour ma pomme..

vivie l'unique a dit…

je reviens de chez JADDO où je reclte ma dose de plaisanterie journalière , et que lis je?
je vois que tu pousses la courtoisie orthographique jusqu'à lui suggérer des corrections sur ces blanches lignes , si délicates ..mais c'est presque du toc , de la perversion, du délire psycho-orthographique, là .

ou alors une nouvelle stratégie de séduction peut être?

lol

Hobopok a dit…

On ne sait que choisir...