1 février 2009

Le nain de fer

Pinocchio de Winshluss.

Une fois encore, votre publication gothique en ligne préférée a eu le nez creux, car, avant même l'annonce du prix du meilleur album 2009 à Angoulême, cet ouvrage se voyait remettre un Hob d'Or lors d'une cérémonie à la bonne franquette dans un lieu tenu secret du Bourget. Rappelons qu'un Hob d'Or consiste en une canette de bière descendue par mes soins à la santé du récipiendaire à la mi-temps du match Croatie-France (et aussi à la bonne santé des handballeurs croates).


Encore un bon gros bouquin bien massif, pas loin de deux-cents pages, au coût un peu élevé, il faut quand même cracher trente brouzoufs, mais non seulement on a le sentiment d'en avoir largement pour son pognon, surtout ça n'est pour une fois pas pour engraisser une multinationale de l'édition, mais plutôt la seule cirrhose du sud-ouest qui ne produise pas de foie-gras, j'ai nommé les Requins-Marteaux, basés à Albi. Déjà rien que la couverture forcerait l'admiration même sans ses aplats métallisés réfléchissants, un choix technique peu banal.


Winshluss m'énerve un peu, avec ses airs de dandy intello-bobo post-punk, à jamais décrocher un sourire, et à théoriser et analyser en permanence la moindre de ses remontées de lunettes. Seulement voilà, derrière ces grosses lunettes piquées à Elvis Costello, y en a là-dedans, et ça redescend dans les terminaisons nerveuses digitales, et que voilà du papier noirci à bon escient !


Mais bon, déjà on savait le gars graphiquement à l'aise, il a trouvé avec cette adaptation ambitieuse et réussie du roman de Collodi un support de choix pour remâcher ses obsessions habituelles, recyclage de codes graphiques passéistes qui, rhabillés à la sauce trash, retrouvent ici une étonnante modernité. Winshluss donne l'air de savoir tout faire avec un crayon : de la ligne claire, de la ligne crade, du noir et blanc, de l'aquarelle, du dépouillé minimaliste ou le plafond de la chapelle Sixtine. Et d'ailleurs il nous le prouve avec ce livre où plusieurs traitements graphiques cohabitent. S'il y avait un petit reproche à lui faire serait de quelques fois se regarder un peu dessiner et de surcharger certaines images au point d'en compromettre la lisibilité et l'efficacité.


Mais ce qui fait aussi la force de ce livre, c'est son scénario, quasiment muet (encore ! souvenez vous de Shaun Tan l'an dernier) hormis quelques planches consacrées à un Jiminy Cafard qui a élu domicile dans la tête de Pinocchio. Lequel n'est pas un petit bonhomme en bois mais un petit robot en fer, de conception militaire, et qui va vivre des péripéties en tout point comparables à celles imaginées par Collodi, quoique radicalement différentes car pleines de sang, de larmes, et de divers autres fluides corporels ou non. En croisant une multitude de personnages, de points de vue, et d'intrigues qui finissent par se recouper, Winshluss peint une critique acerbe du monde moderne. Avec une prétention assumée à l'universel, égalant et dépassant même ainsi son modèle italien.

Il n' a donc pas volé son Hob d'Or. Tiens même je lui en file un autre pour fêter le nul des Verts à Lyon.


Sur cette même question retrouvez l'avis du Dernier des blogs , d'Appollo qui trouve le moyen d'en dire du mal, et celui de l'estimé Li-An quant à Wizz et Buzz du même Winshluss.

3 commentaires:

Totoche Tannenen a dit…

Patron,la même chose ! Rrrrôôôte.

Pinotoche a dit…

Oui mais est-ce qu'il y a un marque-page ?

Hobopok a dit…

Eh non, c'est là que la bât blesse, incroyable faute de goût d'une maison qui pourtant n'en manque pas (de goût) : pas de petit marque-page en tissu qui fait chic.