10 mai 2008

Le temps béni des colonies

Alors voilà, le 10 mai on fête désormais la fin de l'esclavage. La date, mystérieusement choisie par Chirac, fait apparemment débat, certaines associations antillaises préférant tout aussi mystérieusement celle du 23 mai. Querelles byzantines autour du devoir de mémoire. L'enjeu m'a un peu échappé.

Par contre, j'ai vu une photo accompagant un article sur un site web gothique concurrent : photo d'une statue d'esclaves libérés érigée à Basse-Terre en Guadeloupe (à dire vrai c'était pas pile-poil la même photo, mais c'était bien la même statue). Notez le soin tout particulier apporté à l'environnement de l'œuvre, magnifiée par un écrin paysager de toute beauté.

A Basse-Terre en Guadeloupe.

Et là, mon sang n' a fait qu'un tour ! Nom d'un petit bwana, j'ai déjà vu cette statue quelque part par chez moi : à Drancy. Incroyable, le Neuf-Trois haut-lieu de la mémoire de l'esclavage. Pourtant, les trains ne partaient pas pour les Antilles... Notez le soin tout particulier apporté à l'environnement de l'œuvre, magnifiée par un écrin paysager de toute beauté.

A Drancy dans le Neuf-Trois.

Et donc renseignements pris, la statue a été posée en trois exemplaires : le premier à Gorée, cette île à une coudée au large de Dakar, dont la légende soigneusement entretenue voudrait qu'elle ait servie de base d'exportation du "bois d'ébène" (alors que plus vraisemblablement pas du tout, mais ne le répétez pas aux touristes noirs américains). Le second à Basse-Terre, oui, bon, d'accord, on suit toujours bien. Et donc à Drancy. A Drancy ! Y avait sans doute plus de place sous l'Arc de Triomphe, je vois que ça.

A Gorée, au milieu d'un écrin paysager cacté.

Bon, peu importe où elle a été posée, et la qualité de l'écrin paysager, on s'accordera pour dire qu'on a déjà vu statue plus inspirée. D'ailleurs mon clavier a fourché. "Inspirée", ai-je écrit ? C'est "pompée" qui aurait mieux convenu, à en juger par ce tableau, accroché sur un mur du château de Versailles, d'un certain François-Auguste Biard.

L'abolition de l'esclavage (dans son magnifique écrin allégorique).

8 commentaires:

vivie69 a dit…

là, cher hobopok , vous êtes très en beauté ..
Une forme resplendissante quelques jours " de pont" ragaillardissent particulièrement ce délicieux esprit , à la fois toujours érudit , mais très élégamment satirique point trop n'en faut.
Juste ce qu'il faut.
mon mari sursaute car je pouffe trop fort en te lisant .. c'est dire.

De l'équilibre , de la nuance, et bonne Foi et sa copine Lucidité seront sauvés, pour paraphraser notre cher Danton ( puisque nous sommes dans le devoir de mémoire...)

c'est toujours un grand plaisir que de lire tes " petits bijoux ciselés" qui font s'embrasser " culture" et " mise en culture des cerveaux du citoyen moyen" dans quelques cinglantes synthèse.

ça change , ma foi , de keith Haring , mais la variété , c'est bien sympa .

Pour ce qui est du devoir de mémoire , informons la "collectivité" , que notre cher ministre à très largement pensé à intégrer le sujet dans les nouveaux programmes , toujours plus inflationnistes , a rebours des exigences du socle commun ..
mais ça c'est le autre vaste problème de la schizophrénie de l'éducation nationale.

je sors du sujet.


nb : le 9 mai était deja pris par la journée de l'Europe.
triade chique de mai , donc ...

Viaducs en vue?


Personnellement , je préfèrerai nettement la peinture à la statue.
version Basquiat , ça collerait peut être aussi mieux au propos.( couleur , sincérité , monde brutal , violence.. )

c'est qui le glorieux " pompeur"?

Mais bon , déjà qu'il n'y a pas de quoi préparer" l'écrin paysager" digne de ce nom à la municipalité de Drancy...

vivie69 a dit…

que de fautes . pourquoi , je ne les vois jamais avant ..

Hobopok a dit…

Oui bon, dans les commentaires, on peut faire des fautes sinon c'est pas drôle.

J'avoue la brièveté de mes recherches qui ne m'ont pas permis de retrouver le nom du statuaire. Avis aux bonnes volontés.

Mais à y regarder de plus près, les trois statues ne sont pas copies conformes, il y là un pied, là un bras, là une courbure, qui trhissent une velleité de folle originalité.

Ou alors c'est le modèles qui ont bougé.

Appollo a dit…

La peinture met en scène l'abolition de l'esclavage à la Réunion par Sarda Garriga si je ne me trompe pas.
Pour la date de la commémoration officielle en métropole (pour les DOM, chacun sa date, et donc chez nous, ça reste le 20 décembre), j'ai un copain qui fait partie du comité qui a été chargé de la fixer et il m'a raconté que ça avait été un enfer, en particulier à cause des multitudes d'assoces antillaises qui se tiraient la bourre à ce sujet (pas les réunionaises qui n'avaient jamais réfléchi à la question, et qui avaient des pique-niques rougail-saucisses à s'occuper, alors ces histoires, hein...).
La date qui avait la préférence du comité était celle de la première abolition (celle de la Révolution) même si elle avait été sans effet, parce qu'elle était hautement symbolique. Finalement, on a opté pour la date de présentation de la loi Taubira à l'assemblée, mais on a peut-être changé depuis, j'ai du mal à suivre.
Les Antillais (enfin, certains) ne voulaient pas la date de la première abolition, car elle ne rendait pas compte du combat des esclaves eux-mêmes pour leur propre libération.

vive69 a dit…

décidément , ce blog a de la tenue..
merci a Appollo de ses précisions.

Hobopok a dit…

Le titre complet du tableau est L'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises, et le gentil blanc endimanché sur la gauche ferait plus ou moins référence à Victor Schoelcher.

Quant à la date du 11novembre, où l'on fête l'Armistice, elle a été choisie après accord des associations d'anciens combattants en mémoire du jour où Clemenceau a cassé son premier peigne à moustache.

vievie69 a dit…

une excllente anecdote, tout ce qu'il y a de plus historique sur Clémenceau , que je replacerai , bien sûr...

pari , fou rire du jour, rempli.

estelle denis a dit…

Une date qui mettra tout le monde d'accord: le 30 juin (1977) en mémoire du but de Marius Trésor contre le Brésil au Maracaña. Et puis c'est marre.