10 juin 2008

Le Michel-Ange de la caricature

Exposition Daumier à la Bibliothèque nationale de France (site Richelieu).

J'ai failli passer pour une grosse buse en allant voir cette expo deux jours seulement avant sa date prévue de fermeture. De quoi aurais-je eu l'air alors en chroniquant et en conseillant une expo fermée ? D'une grosse buse, je ne vous le fais pas dire. Heureusement, grâce à son succès mérité, l'exposition est prolongée jusqu'au 29 juin, et ma carrière dans la fauconnerie est remise à plus tard.

Honoré Daumier (1808-1879).

On aime Daumier sculpteur, on adore Daumier peintre, mais il faut vénérer Daumier roi de la caricature de presse, au point qu'on peut se demander s'il n'a pas défini à lui seul ce genre, au fil des quatre mille dessins qu'il réalisa au cours de sa prolifique carrière.

De ces planches lithographiques, la BnF en montre deux-cent vingt, des célèbres, et d'autres plus rarement montrées, ainsi que trois pierres, sélectionnnées avec soin, pour offrir un panorama aussi large et synthétique que possible du talent du bonhomme.

Et pour les buses qu'on aurait malgré tout laissées entrer, le commissaire a eu la bonne idée de rappeler en quoi consiste la technique de la lithographie. En fait je n'avais pas la moindre idée de comment ça marchait. Ou alors je pensais qu'il fallait graver la pierre. Genre au burin. Quelle buse ! En fait, l'artiste dessine au crayon gras, puis une solution acide est passée sur la surface, rendant la pierre poreuse, sauf les zones couvertes de gras. Puis la pierre est mouillée, nettoyée, et enfin et encrée, sauf que les zones mouillées repoussent l'encre. Du coup, seules les zones dessinées au départ retiennent l'encre. Je crois que c'est clair, non ? Un coup de presse, et hop, des centaines, des milliers de tirages ! Et le pékin qui achetait le Charivari pour quelques centimes repartait avec un tirage original de Daumier sous le bras. Une petite fortune aujourd'hui. La belle époque.


La difficulté était qu'il fallait dessiner à l'envers, et en ce qui concerne les lettrages, il est amusant de constater que Daumier s'oublie un peu parfois à merdouiller ses "N", ses "S", quand ce ne sont pas ses propres initiales "hD" qui se retrouvent dans le mauvais sens !


Les planches exposées sont donc soit des pages de journal, soit des épreuves d'imprimerie, appelés des "blancs". Et quelques uns de ces blancs ont été mis en couleurs par des aquarellistes qui en faisaient des modèles, que de petites mains se chargeaient ensuite de copier pour des éditions couleurs, vendues en option pour des recueils reliés.


On ne saurait dire si Daumier a dû son succès à l'excellence de son trait, d'abord appliqué, puis, de plus en plus, aussi libre que précis, ou à la finesse de son esprit, l'acuité de son sens de l'observation, la férocité des jugements qu'ils passait sur ses contemporains, puissants comme sans-grades. Sans doute est-ce surtout la conjonction des deux, dessin et esprit indissociables, qui a permis à Daumier d'élever son métier au rang d'art.


A noter qu'Anastasie l'a envoyé passer six mois de repos bien mérité à la prison de Sainte-Pélagie pour avoir en 1832 publié ce dessin intitulé Gargantua, qui ne flattait guère le bon roi bourgeois Louis-Philippe.


Dernier détail amusant : Daumier se contentait en général de légendes succintes et percutantes. Mais les journaux qui l'employaient utilisaient aussi des légendeurs professionnels, payés à la ligne, qui transformaient le texte en gros pâté indigeste, dévoyant parfois le sens voulu par l'auteur, quand ils ne se chargeaient pas carrément de "corriger" le dessin !


Mes excuses pour la foultitude des illustrations, mais quand on aime, on ne compte pas. Et encore je me suis retenu. On peut en voir davantage en visitant l'expo virtuelle de la BnF.


Je serai complet en mentionnant que l'excellent Totoche m'a pris de vitesse en publiant son avis sur cette expo sur son blog Plan B (D).

10 commentaires:

Totoche Tannenen a dit…

Franchement désolé.
...
Sinon, si j'ai bien tout compris, Daumier ne légendait qu'exceptionnellement ses caricatures ...
Tu prépares un billet sur Vallotton ?
:-)

Li-An a dit…

Il faut écrire "méchant Totoche". Assez étrangement, le dessin de Daumier ne me fait pas vibrer. Mais il parait que c'est normal...

Hobopok a dit…

Reprends du café , Li-An.

vivie69 a dit…

moi , j'aime bien .d'accord avec ton article/ moins âne aussi sur les techniques d'impression, de même.
même si le "style du dessin" fait très " 19éme". Et en histoire , c'est un document d'une richesse remarquable.

je vais donc de ce pas faire la visite virtuelle que tu proposes.

Totoche Tannenen a dit…

Je ne suis pas sûr, mais je pense que l'acide n'est pas utilisé sur les pierres et que c'est juste le gras du crayon qui empêche l'encre d'être absorbée par la pierre. Enfin, c'est ce que j'ai cru comprendre ...
Bon d'accord, ça ne change rien au talent de l'artiste, je m'en vais.

Hobopok a dit…

Et pour ne rien arranger, les explications de l'article de Wikipedia ne ressemble que d'assez loin aux explications données dans l'expo. Bon bref, c'est dessiné direct, c'est pas gravé, et sur cette pierre nous bâtirons notre église.

Frère Vasco a dit…

Ce n'est pas bien de copier son prochain !
Mais je vois que l'évangélisation fait son chemin... Bientôt tu adoreras Vallotton !

Frère Boyington a dit…

Ah ça c'est sûr!

Anonyme a dit…

Your blog keeps getting better and better! Your older articles are not as good as newer ones you have a lot more creativity and originality now keep it up!

Hobopok a dit…

Now ain't that sweet! And how about comments in French if you can read it?